Aphex Twin: « Drukqs »

Le Mozart de l’électro. C’est comme ça qu’on surnomme Richard D. James, plus connu sous le nom d’Aphex Twin, depuis que celui-ci c’est mis en tête de secouer ce petit monde en le retranchant dans ses plus extrêmes limites, en lui faisant tourner la tête jusqu’à l‘évanouissement, jusqu’à ce qu’il crache ses derniers restes. « Drukqs », double album imposant, est le point culminant dans toute l’œuvre du gaillard, celle qui lui permet d’imposer son propre univers, sombre, étrange, inimitable et inégalable.

Schizophrène et profondément intérieurs, ces trente morceaux sont ceux d’un cerveau malade, avec ses moments de fureur électronique, de folie épileptique, et ses instants d’accalmie, de calme réparateur. Deux mondes qui cohabitent, qui s’enchainent et se rencontrent pour finir liés l’un à l’autre, comme issus d’une même personnalité, d‘un même ensemble, d’une même entité. Fureur électronique, marque de fabrique du sieur James sur ces anciennes productions, qui est magnifiée ici, atteignant toute son intensité, d’une tension à couper le souffle, d’une richesse hallucinante. Aphex Twin est ici dans toute sa splendeur, déconstruisant et réassemblant des milliers de sons, les réorganisant à sa guise, formant un patchwork épileptique, syncopé, sauvage et d’une complexité à peine croyable, foisonnant d’idées, donnant tout simplement le vertige. C’est à se demander si ce type n’a pas passé trois jours sur chaque titre à les fignoler de bout en bout, recherchant la perfection d’une manière quasi-obsessionnelle. Par-dessus cette tornade vient se greffer ce synthé qu’on retrouve sur plusieurs morceaux, d’une tristesse presque glauque, fragile tant il peine à se frayer un chemin à travers les assauts percussifs de l’anglais, parfois d’une violence assez soutenue, allant chatouiller l’intensité de celle envoyée par quelques malades mentaux, très fort dans ce genre, comme Whitehouse. Ces morceaux deviennent alors de véritables monstres mécaniques, créateur d’un univers aussi fascinant que repoussant, hypnotisant alors qu’extrêmement difficile à assimiler, aussi beau dans sa folie désespéré et ultime que laid dans la manière dont celle-ci est transmise. Deux univers, deux dimensions, fureur électronique donc, mais aussi instants d’accalmie, propice à ce qui semble être sa nouvelle passion: le piano. Des plages courtes dédiées aux comptines créées par l’animal, contrastant totalement avec l’ambiance insaisissable et mentalement instable cité au-dessus. Non, ici, James lorgne au contraire vers la quiétude d’Erik Satie, par le biais de mélodies simples et mélancoliques, bricolant des sortes d’interludes ludiques qui permettent de respirer entre deux torgnoles. Mais, même là, le bougre ne te lâche pas d’une semelle, et n’hésite pas à te faire replonger dans ses ambiances angoissantes (lorsque celui-ci use d’un piano préparé à la manière de John Cage), limite morbide sur « Gwely Mernans », sublime ambient rappelant ses travaux de début de carrière.
« Drukqs » est l’œuvre la plus singulière de Richard D. James, dans laquelle il se révèle, se retrouve entièrement, et met en en place ce qu‘il a finalement toujours voulu créer. Trente morceaux cérébraux, sombres, dérangés, d’une puissance et d‘une profondeur magistrale. Et si ce double album est tout de même difficile à avaler d’une traite du fait de quelques longueurs, celui-ci, quoi qu’on en dise, reste une pièce majeur dans le monde de la musique électronique, trop souvent oublié.

 

 

Aphex Twin – Drukqs (2001, Warp)

pas de tracklist de l’album parcque j’ai la flemme


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~ par Pacush Blues sur 27 août 2009.

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