Manchester Orchestra + Billy Vincent + Dog Is Dead + David J. Roch @ Proud Camden Gallery (Londres, 13/04/11)

•16 avril 2011 • 2 commentaires

Ce soir, c’est la nouvelle sensation mocassins et chemise remontée jusqu’au col qui fait son entrée, Dog Is Dead est programmé au sein de la soirée Breakout, erratique et incertaine nuit se déroulant chaque mois au sein de la capitale anglaise, et réussissant le tour de force de convier à la fois atrocités rampantes et groupes tutoyant les limites de la perfection, comme elle nous le prouvera encore une nouvelle fois ce soir.

Camden, haut lieu de la hype anglaise, accueillera ce coup d’éclat, quartier que je découvre totalement et où il est apparemment possible de se promener une plume dans le cul et le nez rouge bien fixé sans avoir pour autant à se farcir des regards biaiseux et autres remontrances outrancières, assez impressionnant. La soirée est évidemment sold-out, la lutte se fait ardue pour pouvoir disposer de places en bonne et due forme, la récompense n’en sera que démultipliée tant Dog Is Dead a pu dépasser toute espérance ce soir. Placé dès l’entrée sur scène du groupe, le quintet n’hésitera pas une seconde à imposer sa pop de qualité supérieur à l’audience, renvoyant paître chaque pauvre brebis égarée dans son enclos, celles-ci mêmes pouvant penser que ce groupe ne tiendrait pas l’intervalle de deux sorties de NME. Dog Is Dead surprendra son monde ce soir, enchainant mélodies d’une évidence folle mais toujours classes avec lignes de voix incroyablement prenantes, ce groupe cache définitivement quelque chose de fort, c’est indéniable. Ils sont moches, portent des boucle d’oreilles, ont un sens de la mode aléatoire, mais te mettent bas en deux morceaux seulement: grande classe. Le membre de luxe étant ce guitariste de gauche, toujours apte à sortir les mélodies tueuses aux moment les plus opportuns, de celles qui pénètrent avec une insolente aisance ton système nerveux pour ne jamais y ressortir. L’ajout de cet instrument à vent (me rappelle plus du nom) étant également une excellente idée de la part du rouquin bouclé, soutenant avec brio ses camarades. L’affaire est pliée vite fait, à peine trente minutes de set, l’exact timing pour n’importe quel groupe qui sait ce qu’il veut. Il paraît que d’autres groupes ont également joué ce soir-là.

Dog Is Dead n’a encore rien sorti de physique mais rassure-toi, l’album débarque bientôt, et le groupe pourra finalement éclater son talent à la face du monde.

Poino + Ivy’s Witch + Common Deflection Problems + Heck Tate @ Urban Bar (Londres, 02/04/11)

•9 avril 2011 • Laisser un commentaire

La pression en interne, chez Nextkikoolol, ça fait un malheur. Me voilà donc dans un bar miteux, au fin fond de Londres, ne sachant pas spécialement où je vais dormir ce soir, à lâcher trois malheureuses livres pour avoir l’immense privilège d’assister à la prestation d’un groupe qui fait particulièrement mousser les jeunes punks à chiens en ce moment: les anglais de Poino.

En ce qui concerne l’environnement dans lequel évoluera le groupe, je classerais volontiers l’Urban Bar entre le médiocre et le proprement vomitif, mélangeant avec une joyeuse indécence et un mauvais goût de qualité supérieure une ambiance trek à dos d’hippopotame à travers la savane et musique d’ascenseur gitane. Toutes les conditions sont donc réunies pour que ce concert rentre sans forcer dans mon top de l’année. Le concert se déroule à l’étage, trois unités monétaires britanniques et une vessie demi-vide plus tard pour enfin me retrouver à l’aise: le premier Dillinger Esccape Plan déchirant les enceintes de la salle, trois chevelus qui discutent au fond de la salle, un verre remplie de bière, tout est donc idéal.
Malheureusement, le fait est que Poino ne jouera pas seul ce soir, trois groupes le précèdent, et comme le veut la logique de concert, ils n’hésiteront pas à chatouiller les limites de l’insignifiant tout au long de la soirée, arrivant à toucher du doigt le passable par moments mais sans réellement éveiller une quelconque envie de me mettre à poil. Heck Tate, en pôle position, un chanteur à la voix horripilante, un batteur raide comme un balai et un bassiste ressemblant à mon coiffeur, on passe. Common Deflection Problems, math-rock de base en trio, jusque-là, tout va bien, mais je suis prêt à parier qu’ils gagneraient au change en virant les parties zouks du bordel, et Ivy’s Itch, soit les chevelus qui bavardaient au fond de la salle quand je suis arrivé, le guitariste bedonnant, bandana à l’appui, ayant un t-shirt Faith No More, tout avis est impossible, j’ai passé leur concert à m’engoudronner les conduits pulmonaires aux abords du bar.
Toute cette interminable attente m’a permis d’observer la faune environnante, et notamment les membres de Poino. Le bassiste, ayant l’air à peine moins psychotique que les deux autres, ressemblerait au jeune professeur de physique que t’aimais martyriser au collège, mais qui t’attendrait devant chez toi à la sortie des cours pour sévèrement te punir de manière corporelle. Le batteur a passé toute la soirée à gigoter avec ses baguettes, tapant sur à peu près tout ce qu’il pouvait trouver, et le guitariste possède ce regard, tu lui demandes comment s’est déroulée sa tournée en France et lui te répond tranquillement tout en s’imaginant les châtiments qu’il va te faire subir lorsqu’il se retrouvera seul avec toi.

Le trio se met en place, la salle est presque vide, s’étant désemplie au fur et à mesure de la soirée, seulement quinze petites personnes, fait un peu triste sachant qu’ils jouent à domicile. Placé aux avant-postes, tendant la joue pour la claque qui ne va pas tarder à tomber, Poino se met doucement en marche, et la pitié n’a même plus sa place, le constat est clair, le groupe ne fera pas de prisonniers. Première chose, ce groupe à la classe, les trois membres savent parfaitement taquiner leurs instruments, et si le tout ressemble à un immense et insensé bordel, la discipline est primordiale, et ces gens-là la respectent au pas. Les influences sont là, évidentes, parfaitement décrites dans la chronique de l’autre demeuré, Al Johnson et Mark Shippy se roulent un patin dans la salle, mais Poino reste droit et fier, leur absurdo-noise reste incroyablement puissante et jouissive, enchaînant parties rythmiques démoniaques sur riffs stridents et pourfendeurs tandis que la basse te prend par derrière: un programme clairement alléchant. Le batteur est une brute de la pire espèce, labourant ses fûts avec une précision et un allant pleinement appréciables, il sue comme un cochon (d’anglais) et cache parfaitement ses deux paires de bras supplémentaires, l’illusion est totale. Le tout reste frondeur, agressif et prenant en diable, Poino est de la race des groupes influencés jusqu’à la moelle, mais te recrachant une mixture tellement efficace que tu ne peux nier ton envie de gigoter ta belle paire de fesses. Mon portable va vite me rappeler à l’ordre, l’heure fatidique approche avec insistance, la grande aventure commence, c’est donc trois morceaux du groupe que je raterai, au plaisir de rattraper ça quand ils veulent.

J.C. Satàn / Le Pécheur: « Split EP »

•31 mars 2011 • Laisser un commentaire

Split bienvenu entre deux groupes dotés d’un talent certain mais encore un poil trop méconnus, Le Pêcheur , groupe de Lyon, et J.C. Satàn, originaire de Bordeaux. Deux groupes qui surfent sur la vague garage/psyché en vogue en ce moment mais qui n’hésitent pas à pallier ce léger handicap en écrivant des morceaux d’une simplicité et d’une efficacité à t’en faire lâcher tes mots croisés. Un mot sur la pochette, superbe, dépliable, en forme de croix, le genre de truc que tu replies en une demi-heure et que tu niques en moins de trois ouvertures mais qui apporte toujours plus bon gôut non négligeable à ta collection de disques.

C’est Jean-Claude le Diable qui commence, face A : deux titres, deux morceaux d’honnête facture qui n’ont aucun mal à atteindre leur objectif et à s’installer dans ton système nerveux, mais qui manquent d’un petit quelque chose pour passer au niveau supérieur, du style, la mélodie qui te donne envie de te rouler dans la boue ou de sortir de chez toi tuer une petite vieille. Le truc qui fait passer une chanson d’un bon niveau à un degré quasiment essentiel. Guitare qui chauffe, batterie au taquet, ligne de voix affûtée, le tube est inévitable et le coup est tout de même réussi, dans une veine Brian Jonestown Massacre caverneuse.

Petit quelque chose en plus que j’attribuerais volontiers au Pêcheur, j’admets, deux morceaux en face B qui m’ont un peu plus emballé que la face A. Son lo-fi, guitare cristalline, deux tubes bouillants à écouter en traversant la Death Valley en caisse avec le soleil brûlant te massant amoureusement le sommet du crâne, deux morceaux qui font tourner la tête, bien détendu de l’arrière-train. Les gaziers aiment jouer sur la répétition, ils ont bien fait, gavage intégral, encore une victoire lyonnaise au compteur.

J.C. Satàn/Le Pécheur – Split EP (PRT Disques, 2010)

J.C. Satàn

  1. Bad Intention
  2. Consuela

Le Pécheur

  1. Torture
  2. Nothing Remains

Thee Oh Sees: « Blood In Your Ear b/w Friends Defined 7″ »

•31 mars 2011 • Laisser un commentaire

Tournées aléatoires mais régulières de par le monde, sorties discographiques hasardeuses, goût capillaire incertain: John « l’homme aux milliard de formations » Dwyer peut maintenant considérer avec certitude son groupe, Thee Oh Sees, comme le seul qui lui aura apporté une crédibilité Pitchfork indéniable; sa vie a donc retrouvé un sens, tout va bien. Pour l’heure, c’est un 7″ sorti en 2009 dont il est question ici, une chanson par face. Un temps intolérablement long pour différencier les deux putains de face, rien d’écrit sur les labels centraux, et on peut envoyer.

Face A : Blood In Your Ear. Le son est beaucoup plus sec, rêche et lo-fi que sur albums, la fuzz a complètement disparu de l’affaire. Deux coups de grattes, trois notes d’harmonica débiles, une batterie squelettique et une ligne de voix qui te traîne dans la tête pour la journée, c’est ce qui t’attend.

Face B : Friends Defined. Même combat, remplace juste l’harmonica par un synthé bas-du-front, visant la trisomie sur la fin du morceau et t’auras ton compte.

Un récréation plutôt sympa, mais largement moins indispensable que les albums principaux du groupe, sois-en sûr. Disponible en un milliard de couleurs différentes pour la (fort belle) pochette, le vinyle et les ronds centraux. J’ai évidemment hérité de la plus originale, vinyle noir et pochette noire.

Mogwai + Twilight Sad @ Brixton Academy (Londres, 25/02/11)

•31 mars 2011 • Laisser un commentaire

Ma conscience professionnelle étant développée par-delà les limites du sérieux, c’est donc avec une heure de retard et dans un état semi-alcoolisé que je débarque au sein de la grande et majestueuse Brixton Academy, tu peux donc déjà faire une croix sur un quelconque passage à propos des Twilight Sad, groupe qui ouvre pour Mogwaï sur cette tournée, deuxième fois que je les rate sur un concert des écossais, on ne change pas une équipe qui gagne.

Ce concert du quintet, confidence pour confidence, j’y allais franchement à reculons, un dernier album suintant la redite autant que la bouse bien fraîche n’aidant absolument pas, mon seul souhait était donc de voir Mogwaï flamber de nouveau avec pléthores d’anciens morceaux, histoire de revivre ces jeunes années, lorsque conquêtes féminines et vie sociale manquaient à l’appel (comment ça c’est toujours le cas ?). La Brixton, c’est la grosse salle de Londres, capacité maximale de 4500 places sans pour autant ressembler à un hangar sans vie, l’intérieur respire la classe anglaise, à base de moquette et de balcons intelligemment placés. Ma venue tardive m’empêchera de me glisser devant mes idoles d’antan, l’obligation de rester à couvert se fait sentir, je découvre donc avec joie que je vais pouvoir profiter des discussions m’entourant pendant les chansons ainsi que des hipsters hurlant au viol dès qu’on les effleure, ça s’annonce bien, tout en isolation du monde extérieur et en mouvements de tête contrôlés.

La setlist que j’ai pu choper sur l’Internet ne mentait pas, les trois-quart du set sont composés du dernier album, morceaux d’une fadeur absolument inqualifiable, indigne d’un groupe comme Mogwaï et bon à plaire aux jeunes gens portant des chemises remontées jusqu’au col, c’est dit, passons, je m’intéresserai donc aux anciens titres du groupe.
C’est Friends of the Night qui me fait tiquer en premier, titre présent sur le très bon Mr. Beast, dernier album potable du groupe, morceau ici ravagé par la sono frisant avec joie les limites du désastreux, à tel point que j’ai failli le confondre avec Hunted By a Freak (honte à moi, je mérite le goudron et les plumes). Deux bières plus tard, trois notes, mélodie venimeuse, c’est 2 Rights Make 1 Wrong qui débarque, le son est un peu plus clair et permet de pleinement apprécier l’envolée du morceau, ce qui ne sera malheureusement pas le cas de la fin, tombant dans une bouillie sonore presque inécoutable. Je dois t’avouer qu’à ce moment là, mon porte-feuille commence à sérieusement gueuler à l’arnaque totale, jusqu’à ce que Stuart Brainwaithe balance l’accord de Christmas Steps. J’étais venu pour ce genre de chansons, grand bien m’en fasse, et sur le break, c’est toute la salle qui demande à son voisin le plus proche de la fermer; au moment où Dominic Aitchison enchaîne ses deux notes de basse, c’est toute la salle qui se met à trembler d’une rugissante explosion, et l’on retrouve l’ancien Mogwaï, celui qui arrivait à nous foutre des frissons sans même lever le petit doigt, à force de mélodies désarmantes et de déflagrations vrombissantes comme seuls les écossais en étaient capable. Un titre du dernier album plus loin, Brainwaithe lâche sa guitare contre une basse et pose ses fesses rebondies sur un tabouret nain, les die-hardcore fans captent tout de suite le manège et se regardent droit dans les yeux, non sans ressentir une pointe vivace d’émotion pré-pubère, c’est Helicon 1 qui va être joué, un frisson de jeune pucelle effarouché me parcourt l’échine, ce titre représente, pour moi, l’essence d’un groupe comme Mogwaï, avec une mélodie à faire chialer un caillou, une montée incroyablement prenante et un final à couper le souffle. Le son est juste comme il faut, ni trop fort ni trop faible, pile-poil au bon niveau pour regretter d’avoir laissé ces bouchons sur sa table de chevet mais aussi pour réveler certaines tendances masochistes qui pourraient someiller en toi.

Les gaziers se barrent, rappel obligatoire, on reprend les guitares, et pas pour n’importe quel titre, Mogwai Fear Satan, soit 16 minutes de bourrasques noisy sur une mélodie céleste, le quintet à au moins eu le soin de travailler sa sortie… où plutôt de préparer la mienne, car lorsqu’ils entament les quelques notes pas très fines de Batcat, c’est mon corps tout entier qui fait un bond vers la sortie, ne pouvant plus réellement supporter un tel gâchis.

Converge: « Axe To Fall »

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Comment ça tout le monde s’en fout de Converge en 2010 ? Tournées planétaires, signature sur Epitaph, surprésence au niveau 2.0: Converge est devenu une grosse machine, chose qui n’a échappé à personne. Un embourgeoisement qui n’a toujours pas affecté le style graphique du père Bannon, resservant encore la même recette au niveau de la pochette : prends donc n’importe quel artwork du groupe, rajoute un fond de couleur bleu/excrément et t’as ton compte.

Le Converge cru 2010 n’a donc rien d’exceptionnellement surprenant : Converge fait du Converge, rien de bien nouveau sous le soleil. Dans la continuité de No Heroes, Axe to Fall respecte en tout points la tradition bostonienne: riffs concassés et saignants, frappe sèche et double pédale vengeresse, variations entre voix de pourceau en phase terminale et pleurnicheries aphones. Le gros du contenu n’a pas vraiment évolué, le groupe reste sur ses acquis, malgré quelques tentatives accusant un manque grave de finesse et de classe, les solos un peu trop chevaleresques de Kurt Ballou et la masse d’invités quasiment inutile n’y étant pas pour rien. Certes, le groupe est toujours au taquet, mais on sent très vite que ces types commencent doucement à sortir des albums plus pour s’assurer d’avoir de quoi nourrir la famille le soir plus qu’autre chose, et c’est bien dommage, car le potentiel est là, certains riffs de Ballou sont toujours en haut du panier niveau décapitation et taillade de genoux, Koller tape toujours aussi fort et juste, mais, comme pour No Heroes, aucun morceau ne donne réellement envie de prendre sa boîte crânienne et de l’agiter frénétiquement d’avant en arrière vers un mur constitué de briques. Les mecs déroulent sans jamais proposer quelque chose de réellement nouveau ni atteindre les montagneux sommets de Jane Doe et You Fail Me, ce qui se révèle être d’une certaine tristesse tant ce groupe à pu traumatiser une génération de tatoués, à l’époque de Jane Doe…

Axe to Fall est quasiment calqué sur No Heroes, une première partie bourrine et d’une finesse toute relative, deux morceaux sensibles à base d’invités et de guitare tremblotante pour prouver que ces types ont un coeur, le tout s’est très légèrement thrashisé, la production est (trop) lisse, amère déception. Le groupe assure pourtant comme il faut en live, le dernier passage à Paris s’approchait réellement du mortel, mais définitivement, sur disque, Converge retient de moins en moins l’attention et commence à se répéter avec une inquiétante régularité.

Vinyl jaune laser pour moi, aucune idée s’il existe d’autres couleurs.

Converge - Unloved and Weeded Out (2003)

Converge – Axe to Fall (2010, Epitaph)

  1. Dark Horse
  2. Reap What You Sow
  3. Axe to Fall
  4. Effigy
  5. Worms Will Feed
  6. Wishing Well
  7. Damages
  8. Losing Battle
  9. Dead Beat
  10. Cutter
  11. Slave Driver
  12. Cruel Bloom
  13. Wretched World
  14. On My Shield

Magnetix: « Positively Negative »

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Cheveu a détruit la majorité de toute forme de vie existante après la sortie de son premier LP, Magnetix s’occupera du reste avec conviction et détermination. Born Bad prend de plus en plus le pas sur le reste du monde en sortant avec une pointilleuse régularité de massive bombes, comprenant d’excellents groupes tels qu’Intelligence, A-Frames ou Crash Normal. Magnetix, c’est le même format que les White Stripes, version bordelaise, sans le côté pichasse et propre sur lui. Car fais bien attention, le duo aime l’impureté et ne prend pas de détours pour te le faire très rapidement comprendre.

Riffs mono-neuronaux, ambiance garage 60’s à base de gomina luisante, de perversité rampante et recouvert d’une couche de crasse non-négligeable, Magnetix représente certainement le groupe le plus souillé de Born Bad et tient à faire respecter ce statut comme il se doit. Guitare qui dégueule de la fuzz par tous les pores de ses cordes, mise en rotation par une batterie d’un binaire limite indécent, morceaux d’une simplicité contaminatrice, taper du pied là-dessus et tenter de danser un semblant de twist vicelard et libidineux n’est plus une option, c’est carrément une obligation tant certains tubes du duo tutoient avec facilité la qualité de certains poids lourds du genre, style Oblivians ou Gories, particulièrement lorsque le tout est parsemé de mélodies (gros mot !) destinées à casser nettement les couilles de ton entourage tellement tu les siffleras. C’est branlant, jouissif, direct, poisseux, même les chansons en français passent comme une lettre à la punk-poste, pose tes disques math-rock, pète un bon coup et laisse s’exprimer tes hanches, tu n’en seras que largement récompensé. Encore un bon point pour Born Bad.

Magnetix – Positively Negative (2009, Born Bad Records)

  1. Living in a Box
  2. Stranger in a Dark
  3. Stop to Think
  4. Mort Clinique
  5. Positively Negative
  6. Head Off
  7. Third Eye
  8. Real Man
  9. HTA-TNT
  10. Hand’s Lines
  11. Trop Tard
  12. Nonsense

Jay Reatard: « Watch Me Fall »

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Watch Me Fall, titre d’album le plus perspicace de la sainte année 2010. Comme toute la communauté garage le sait, cette bonne vieille tête de poupon de Jay Reatard a un peu trop forcé sur la poudre et les breuvages de petites vertus, mixture qui lui aura valu la sentence suprême: un aller simple vers l’au-delà. Dernier album donc, collection de onze chansons qui aurait dû faire hurler les fans au sacrilège et au blasphème, embrassant avec allégresse le côté pop de la force, et qui respire la joie de vivre et le bonheur, les titres de morceaux sont là pour le prouver: It Ain’t Gonna Save Me, Rotten Mind, There Is No Sun, Before I Was Caught, Wounded… tout comme les textes, lorgnant vers la mort et l’autodépréciation, ou encore la pochette, d’un goût fameux. Guitare en retrait, moins débridé qu’avant, kiwi-pop en ligne de mire, violoncelle disparate et lignes de voix souples, la métamorphose de Jean le Retardé ne s’est pas faite sans mal, perdant certains petits points vitaux qui faisaient de lui un grand du garage: un son bien acide pour une agressivité juvénile frisant par de très nombreux moments le jouissif et pouvant aisément provoquer un circle pit dans ta chambre.

Malgré cela, Jay Reatard reste parfaitement reconnaissable. Et ce par deux points : des mélodies justifiant toujours son standing de petit génie, à se tirer une balle, entubant ton système nerveux avec une insolente facilité et, deuxième chose, on perçoit toujours cette intensité limite épileptique lorgnant vers les Pixies, cette espèce d’ardent point d’équilibre entre excitation, euphorie et urgence. Que tu peux par exemple ressentir lorsque que tu réalises que t’es en train de lâcher ta première bombe à eau sur ta coNNasse de voisine qui passe sous ton balcon.

Un LP de qualité prestige, concision, efficacité et détermination sont les matres mots de cet album qui fera figure de noble testament pour Jay Reatard. Gloire à lui.

Jay Reatard – Watch Me Fall (2010, Matador)

  1. It Ain’t Gonna Save Me
  2. Before I Was Caught
  3. Man Of Steel
  4. Can’t Do It Anymore
  5. Faking It
  6. I’m Watching You
  7. Wounded
  8. Rotten Mind
  9. Nothing Now
  10. My Reality
  11. Hang Them All
  12. There Is No Sun

Cheveu + Tyvek + Pierre & Bastien @ Le Nouveau Casino (Paris, 12/03/11)

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Ce soir, tenue correcte de rigueur et échauffements pré-moshpit, c’est Cheveu qui embrase le Nouveau Casino avec son dernier album, « 1000 », LP que tu te feras évidemment une joie d’aller te procurer dès la fin de la lecture de ce pitoyable report, et ce par tous les moyens. Après m’être perdu avec une efficacité par-delà les limites du tolérable dans le 11ème arrondissement, mon puissant flair repère en un éclair la salle; chopage de skeuds, valise de cash et sandwich thon-mayonnaise juste avant de pénétrer dans celle-ci. Cheveu domine le monde, on le savait déjà, de plus en plus de chroniques au sein de magazines douteux commencent à chanter leurs louanges, cette date dans la capitale est donc sold-out, base de départ solide mais constituant un potentiel d’emmerdes aussi diverses que variés pour un jeune con comme moi, situation d’un chiant assez titanesque que je développerai plus tard, si t’arrives au bout de ce texte.

J’entre dans la salle en plein milieu de Pierre & Bastien, groupe de la région Centre au nom d’une originalité défiant toute concurrence. Ils sont trois (il s’appelle comment le troisième ?) et mixent avec une justesse et une précision diaboliques tous les éléments qui m’amèneront à m’engoudronner les conduits pulmonaires dans ce fameux fumoir, mesurant approximativement la taille du coffre de ta caisse, au lieu de rester mater leur prestation : chant en français, paroles niveau terminale littéraire (bande de hippies), riffs garage copiés-collés les uns sur les autres, public frange coupée-décalée, le repli se fait rapide.

Changement de plateau, je constate avec plaisir que les consommations parisiennes affichent toujours des prix aussi insultants, c’est un plaisir de se faire enculer en achetant son demi, surtout quand devoir se le payer représente une putain de mission, les premiers effets d’une salle pleine à craquer se font déjà ressentir. Tyvek se met tranquillement en place, formation offensive avec la présence de deux guitaristes, comprenant le sosie officiel blond péroxydé de Jay Mascis et un type portant la réplique officielle des lunettes de nerd de Jay Mascis, d’une bassiste et d’un batteur moustachu. Les Tyvek viennent de Detroit et je te le donne en mille, ces types ne font ni du zouk, ni de la polka, ni de la balearic-house mais bien du garage, une soirée pleine de surprises en tout genre. Un garage de qualité certifiée, ces types ne renverseront pas l’histoire de la musique mais ont le mérite de s’en sortir plus qu’honnêtement: riffs qui tuent quand il le faut, lignes de voix assassines à la pelle et mouvements rotatifs du bassin puant le contact corporel rapproché par la bassiste. Ces jeunes gens accomplissent le boulot avec sérieux, le batteur semble avoir perdu quinze années d’âge mental, le guitariste nerd fait même preuve d’un admirable professionnalisme en arrosant le premier rang d’une variété de postillons absolument impressionnante, s’agitant comme un lutin sous LSD avec sa guitare et lançant moult boutades incompréhensibles entre les morceaux. Les tubes défilent, tout se passe parfaitement bien jusqu’à ce que Jay ait la bonne idée de niquer sa six-cordes, plus aucun son ne sort de celle-ci, le gadjo met cinq bonnes minutes à s’en rendre compte et mettra un temps absolument interminable à en changer, te presse pas l’ami, c’est pas comme si tu jouais devant une salle blindée. Dommage, car les riffs qu’il sortait de celle-ci me défrisait bien le conduit auditif. Tyvek continue donc en formation réduite, mais l’intérêt s’en trouve proprement réduit, on retombe au niveau de n’importe quel groupe pouilleux tentant de réveiller sans succès le tas de veaux amorphes que peut constituer un public moyen. Jay rebranchera sa guitare pour deux derniers morceaux, trop tard , l’effet de surprise est passé, final brouillon inutile, une vautre dans les règles de l’art, félicitations.

Au tour de Cheveu d’envahir la salle de par ses multiples radiations nucléaires aussi évasives qu’intransigeantes. La tension monte d’un cran, Pavement défile dans les enceintes et mon demi est quasiment fini : la pression s’installe, personne n’en sortira vivant. Le trio se met en place, commence avec Quattro Stagioni, fabuleux titre qui débute leur dernier LP et… et c’est tout ? Qu’est ce que c’est que ce son ? La guitare peine à se faire entendre, la boîte à rythme sonne comme un moteur de tractopelle et le chant reste limite. En tant que groupie absolue de la chose, la déception est illimitée. Le concert n’est pas si mauvais en soi, Cheveu assure tranquillement, mais on reste sensiblement loin du dérèglement cosmique frisant la démence que ces types avaient provoqué à Mains d’Oeuvres en septembre 2009.

Les éléments sont contre moi, j’aurais dû écouter mon horoscope ce matin, car qui vient coller son beau derrière contre ma petite personne ? Le coNNard. Tu le connais. Tout le monde l’a au moins croisé une fois dans sa vie. Celui qui applaudit, siffle et gueule comme un pourceau qu’on égorgerait pendant les morceaux, raconte sa non-vie à ses non-connaissances entre, se croit seul dans la salle, mosh-pit comme s’il se trouvait à un concert de Pig Destroyer, porte des lunettes de soleil, renverse ta bière avec l’élégance d’un raton-laveur sous ecstasy, sourire niais collé au visage, bref, un concentré de caractéristiques extrêmement bien agencées et destinées à te faire foirer un concert qui était déjà mal parti. Ce concert de Cheveu ne décollera malheureusement jamais, et ce malgré une présence bougrement élevée d’éléments féminins dans le public. Les tubes passent, Charlie Sheen, Like a Deer in the Headlights, La Fin au Début, mais le tout n’est clairement pas assez velu et le regret se fait intense. Le rappel arrive vite, un énième beigne du coNNard suscité évitée de peu impose le repli à l’arrière, je monte les marches menant au balcon, mate Superhero, miracle, le son se fait beaucoup plus puissant et compact, le groupe étire son titre jusqu’à l’éclatement, mes globes oculaires commencent à regorger d’étoiles, continuez comme ça, la demie-molle arrive… et non, c’était le dernier morceau. Bordel.


What doesn’t kill you, eventually kills you.

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Comme tu as certainement pu le constater, Syrfox, le blog qui t’aidait à t’endormir le soir, s’était doucement mis en mode veille et réorganisation motrice, postant de moins en moins d’articles au jour le jour.

Que ta patience soit récompensée l’ami, les affaires reprennent enfin, moults articles aussi mal écrits qu’inintéressants sont en préparation, fait chauffer les zygomatiques, tu n’auras jamais autant perdu de temps de ta vie.