Jay Reatard: « Watch Me Fall »

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Watch Me Fall, titre d’album le plus perspicace de la sainte année 2010. Comme toute la communauté garage le sait, cette bonne vieille tête de poupon de Jay Reatard a un peu trop forcé sur la poudre et les breuvages de petites vertus, mixture qui lui aura valu la sentence suprême: un aller simple vers l’au-delà. Dernier album donc, collection de onze chansons qui aurait dû faire hurler les fans au sacrilège et au blasphème, embrassant avec allégresse le côté pop de la force, et qui respire la joie de vivre et le bonheur, les titres de morceaux sont là pour le prouver: It Ain’t Gonna Save Me, Rotten Mind, There Is No Sun, Before I Was Caught, Wounded… tout comme les textes, lorgnant vers la mort et l’autodépréciation, ou encore la pochette, d’un goût fameux. Guitare en retrait, moins débridé qu’avant, kiwi-pop en ligne de mire, violoncelle disparate et lignes de voix souples, la métamorphose de Jean le Retardé ne s’est pas faite sans mal, perdant certains petits points vitaux qui faisaient de lui un grand du garage: un son bien acide pour une agressivité juvénile frisant par de très nombreux moments le jouissif et pouvant aisément provoquer un circle pit dans ta chambre.

Malgré cela, Jay Reatard reste parfaitement reconnaissable. Et ce par deux points : des mélodies justifiant toujours son standing de petit génie, à se tirer une balle, entubant ton système nerveux avec une insolente facilité et, deuxième chose, on perçoit toujours cette intensité limite épileptique lorgnant vers les Pixies, cette espèce d’ardent point d’équilibre entre excitation, euphorie et urgence. Que tu peux par exemple ressentir lorsque que tu réalises que t’es en train de lâcher ta première bombe à eau sur ta coNNasse de voisine qui passe sous ton balcon.

Un LP de qualité prestige, concision, efficacité et détermination sont les matres mots de cet album qui fera figure de noble testament pour Jay Reatard. Gloire à lui.

Jay Reatard – Watch Me Fall (2010, Matador)

  1. It Ain’t Gonna Save Me
  2. Before I Was Caught
  3. Man Of Steel
  4. Can’t Do It Anymore
  5. Faking It
  6. I’m Watching You
  7. Wounded
  8. Rotten Mind
  9. Nothing Now
  10. My Reality
  11. Hang Them All
  12. There Is No Sun
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Cheveu + Tyvek + Pierre & Bastien @ Le Nouveau Casino (Paris, 12/03/11)

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Ce soir, tenue correcte de rigueur et échauffements pré-moshpit, c’est Cheveu qui embrase le Nouveau Casino avec son dernier album, « 1000 », LP que tu te feras évidemment une joie d’aller te procurer dès la fin de la lecture de ce pitoyable report, et ce par tous les moyens. Après m’être perdu avec une efficacité par-delà les limites du tolérable dans le 11ème arrondissement, mon puissant flair repère en un éclair la salle; chopage de skeuds, valise de cash et sandwich thon-mayonnaise juste avant de pénétrer dans celle-ci. Cheveu domine le monde, on le savait déjà, de plus en plus de chroniques au sein de magazines douteux commencent à chanter leurs louanges, cette date dans la capitale est donc sold-out, base de départ solide mais constituant un potentiel d’emmerdes aussi diverses que variés pour un jeune con comme moi, situation d’un chiant assez titanesque que je développerai plus tard, si t’arrives au bout de ce texte.

J’entre dans la salle en plein milieu de Pierre & Bastien, groupe de la région Centre au nom d’une originalité défiant toute concurrence. Ils sont trois (il s’appelle comment le troisième ?) et mixent avec une justesse et une précision diaboliques tous les éléments qui m’amèneront à m’engoudronner les conduits pulmonaires dans ce fameux fumoir, mesurant approximativement la taille du coffre de ta caisse, au lieu de rester mater leur prestation : chant en français, paroles niveau terminale littéraire (bande de hippies), riffs garage copiés-collés les uns sur les autres, public frange coupée-décalée, le repli se fait rapide.

Changement de plateau, je constate avec plaisir que les consommations parisiennes affichent toujours des prix aussi insultants, c’est un plaisir de se faire enculer en achetant son demi, surtout quand devoir se le payer représente une putain de mission, les premiers effets d’une salle pleine à craquer se font déjà ressentir. Tyvek se met tranquillement en place, formation offensive avec la présence de deux guitaristes, comprenant le sosie officiel blond péroxydé de Jay Mascis et un type portant la réplique officielle des lunettes de nerd de Jay Mascis, d’une bassiste et d’un batteur moustachu. Les Tyvek viennent de Detroit et je te le donne en mille, ces types ne font ni du zouk, ni de la polka, ni de la balearic-house mais bien du garage, une soirée pleine de surprises en tout genre. Un garage de qualité certifiée, ces types ne renverseront pas l’histoire de la musique mais ont le mérite de s’en sortir plus qu’honnêtement: riffs qui tuent quand il le faut, lignes de voix assassines à la pelle et mouvements rotatifs du bassin puant le contact corporel rapproché par la bassiste. Ces jeunes gens accomplissent le boulot avec sérieux, le batteur semble avoir perdu quinze années d’âge mental, le guitariste nerd fait même preuve d’un admirable professionnalisme en arrosant le premier rang d’une variété de postillons absolument impressionnante, s’agitant comme un lutin sous LSD avec sa guitare et lançant moult boutades incompréhensibles entre les morceaux. Les tubes défilent, tout se passe parfaitement bien jusqu’à ce que Jay ait la bonne idée de niquer sa six-cordes, plus aucun son ne sort de celle-ci, le gadjo met cinq bonnes minutes à s’en rendre compte et mettra un temps absolument interminable à en changer, te presse pas l’ami, c’est pas comme si tu jouais devant une salle blindée. Dommage, car les riffs qu’il sortait de celle-ci me défrisait bien le conduit auditif. Tyvek continue donc en formation réduite, mais l’intérêt s’en trouve proprement réduit, on retombe au niveau de n’importe quel groupe pouilleux tentant de réveiller sans succès le tas de veaux amorphes que peut constituer un public moyen. Jay rebranchera sa guitare pour deux derniers morceaux, trop tard , l’effet de surprise est passé, final brouillon inutile, une vautre dans les règles de l’art, félicitations.

Au tour de Cheveu d’envahir la salle de par ses multiples radiations nucléaires aussi évasives qu’intransigeantes. La tension monte d’un cran, Pavement défile dans les enceintes et mon demi est quasiment fini : la pression s’installe, personne n’en sortira vivant. Le trio se met en place, commence avec Quattro Stagioni, fabuleux titre qui débute leur dernier LP et… et c’est tout ? Qu’est ce que c’est que ce son ? La guitare peine à se faire entendre, la boîte à rythme sonne comme un moteur de tractopelle et le chant reste limite. En tant que groupie absolue de la chose, la déception est illimitée. Le concert n’est pas si mauvais en soi, Cheveu assure tranquillement, mais on reste sensiblement loin du dérèglement cosmique frisant la démence que ces types avaient provoqué à Mains d’Oeuvres en septembre 2009.

Les éléments sont contre moi, j’aurais dû écouter mon horoscope ce matin, car qui vient coller son beau derrière contre ma petite personne ? Le coNNard. Tu le connais. Tout le monde l’a au moins croisé une fois dans sa vie. Celui qui applaudit, siffle et gueule comme un pourceau qu’on égorgerait pendant les morceaux, raconte sa non-vie à ses non-connaissances entre, se croit seul dans la salle, mosh-pit comme s’il se trouvait à un concert de Pig Destroyer, porte des lunettes de soleil, renverse ta bière avec l’élégance d’un raton-laveur sous ecstasy, sourire niais collé au visage, bref, un concentré de caractéristiques extrêmement bien agencées et destinées à te faire foirer un concert qui était déjà mal parti. Ce concert de Cheveu ne décollera malheureusement jamais, et ce malgré une présence bougrement élevée d’éléments féminins dans le public. Les tubes passent, Charlie Sheen, Like a Deer in the Headlights, La Fin au Début, mais le tout n’est clairement pas assez velu et le regret se fait intense. Le rappel arrive vite, un énième beigne du coNNard suscité évitée de peu impose le repli à l’arrière, je monte les marches menant au balcon, mate Superhero, miracle, le son se fait beaucoup plus puissant et compact, le groupe étire son titre jusqu’à l’éclatement, mes globes oculaires commencent à regorger d’étoiles, continuez comme ça, la demie-molle arrive… et non, c’était le dernier morceau. Bordel.


What doesn’t kill you, eventually kills you.

•30 mars 2011 • Laisser un commentaire

Comme tu as certainement pu le constater, Syrfox, le blog qui t’aidait à t’endormir le soir, s’était doucement mis en mode veille et réorganisation motrice, postant de moins en moins d’articles au jour le jour.

Que ta patience soit récompensée l’ami, les affaires reprennent enfin, moults articles aussi mal écrits qu’inintéressants sont en préparation, fait chauffer les zygomatiques, tu n’auras jamais autant perdu de temps de ta vie.

Shout Out Louds @ Marché Gare, Lyon (16/10/10)

•14 novembre 2010 • Laisser un commentaire

Ce soir, c’est Shout Out Louds, quintette venant tout droit de la froide et rugueuse Suède, qui vient fouler le sol lyonnais, un nouvel album (Work) sous le bras. Le Marché Gare, salle lyonnaise à la programmation aussi erratique qu’incertaine, les accueille à bras ouverts en ce saint 16 octobre 2010.

Arrivée malheureusement trop tardive pour apprécier la première partie, Baden Baden, mais la salle est déjà bien blindée et la lutte se fait ardue afin de pouvoir profiter du show des Nordiques dans des conditions optimales. Places assurées, la patience est de mise en attendant le changement de plateau. Le doute s’installe vite, le groupe met un temps par-delà les limites de la décence à s’installer, un mauvais présage qui, malheureusement, ne fera qu’annoncer la teneur du set, car je ne vais pas te le cacher plus longtemps, lecteur, la performance des Suédois a été au-dessous de toute espérance, visant avec une incroyable et très nette précision le minimum syndical.

Certes, on ne peut nier qu’en studio, Shout Out Louds est un groupe qui sait se défendre avec de nobles armes (mélodies qui se fixent au cerveau à la première écoute, lyrics décentes, production raffinée…), mais la prestation live, si elle ressert les morceaux du groupe dans l’approximatif même état, s’écrase avec classe et conviction, retombant pour le coup au niveau de n’importe quelle pouilleuserie pop insipide pullulant aujourd’hui. Je commence par quoi ? Le son est juste assez fort pour ressortir en ayant perdu les trois quarts de ses capacités auditives, juste assez mal équilibré pour ne pas entendre le clavier, le groupe joue avec juste ce qu’il faut de conviction pour penser qu’ils s’en battent littéralement les reins avec une vigueur non négligeable, Adam Olenius, au micro, oubliant les paroles de ses morceaux avec une régularité métronomique… Un concentré de « juste »  qui suffira à Shout Out Louds pour livrer un set précisément mou du fion et sans saveur aucune. Dommage, car lorsqu’on connait les qualités du groupe, la déception s’avère réellement légitime, on arrive d’ailleurs à percevoir le talent mélodique des Suédois par moment, petites poches d’espoirs vites éclatées par un gros pain du batteur ou la remise en place de la mèche défaillante du chanteur, oubliant d’un coup qu’il se trouvait devant un micro.

Le tout reste donc fastidieux, le genre de groupe qui parait à peu près intéressant vu du bar avec la dose de bière de secours en sus. Déconvenue si large que la seule solution reste la fuite, on passera donc sur le rappel afin de noyer son chagrin à base de séries Z bancales et de plats de pâtes douteux…

Crédits photo :  Alexandre Roth-Grisard

Shout Out Louds

Shellac @ l’Épicerie Moderne (Feyzin, 04/10/10)

•20 octobre 2010 • Laisser un commentaire

Dijon et Lyon. Seulement deux dates françaises, bien raide et profond dans l’anus de nos amis habitant la capitale, un genre d’enculade toujours largement appréciable pour nous autres, pauvres pouilleux provinciaux. Cette date partait donc sur de bons rails, ma dernière sanction par Shellac remontait à la Villette Sonique, en 2008, avec Melt Banana, énorme date si il en était, je partais donc avec confiance et transpiration vers ce grand frigidaire industriel fourvoyé au milieu de nulle part qu’est l’Épicerie Moderne.

Décollage à 20h15 pétantes grâce à la Turbo GTI de l’ami Euphrate, arrivée à la salle à 20h17 après un dérapage sur une trentaine de mètres ayant éclaboussé de classe toute la file de besogneux attendant vainement de choper une place, Sebastien Loeb n’a qu’à bien se tenir. File déjà bien garnie si il en est, un vigile me fait signe qu’il ne reste plus beaucoup de place et que tout le monde ne rentrera pas, la tension monte donc peu à peu, chacun s’observe en silence et la question essentielle se pose pour chaque personne composant cette queue: Todd Trainer ressemble t-il toujours à ce mix facial incertain entre Chantal Goya et E.T? Rude interrogation.

Place achetée, direction le bar pour compenser l’attente, rencontre furtive mais nécessaire avec Crashtaz ayant effectué le déplacement, celui-ci a d’ailleurs eu la bonne idée et la conscience professionnelle d’aller jeter un œil à cette première partie que l’on m’avait poétiquement présenté comme « un truc affreux de Berlin », voici donc son petit résumé:

ON S’EN BRANLE

Ce sera d’ailleurs lui, encore une fois, qui me sauvera la vie en me prévenant qu’Albini et ses copains étaient déjà sur scène alors que je comptais encore m’houblonner le bide avec rigueur, grâce lui soit rendu. J’entre donc dans la salle sur Paco et son pattern de batterie aussi ample que jouissif, fendant la foule à coups de kicks frontaux d’une violence à peine soutenable et autres mawashi-geris sournois afin de pouvoir me placer avec droiture et justesse devant l’homme de ma vie: Todd Trainer.

La sentence ne se fera pas attendre, le constat est net, clair et précis: ce type respire toujours autant la classe et l’excellence. Chaque coup de trique porté sur son kit, raide comme la justice, est d’une précision et d’une puissance tutoyant le divin: groove profondément indécent, baguettes retournées, sourire d’autiste profond, sudations aléatoires, pupilles dilatées, tout y est. Ce gars n’a pourtant pas une technique intouchable ou démentielle, il est simplement doté d’une faculté propre à très peu de batteurs: taper où il faut, quand il faut, avec rudesse et intransigeance, sans aucunement penser à son prochain.

Globalement, Shellac Of North America ira taper tout ses tubes interplanétaires, piochant de manière éparse dans leurs quatre albums, donnant donc en pâture à quelque huit cent personnes des titres n’ayant pas pris une putain de ride et s’élevant toujours à un très haut niveau qualitatif, en vrac et parmi mes souvenirs: Copper, Ghost Song, My Black Ass, The Admiral, Canada, Paco, Steady As She Goes, Prayer to God, Squirrel Song… Le show reste calé sur ce qu’ils pouvaient faire avant, se foutant avec une évidence exquise de la gueule du monde, mais comment leur en vouloir? Les morceaux restent hautement tendus, incisifs, puissants et intenses, Albini est toujours planté là, affichant ses joues de hamster à l’envie, mais compensant par un son de guitare bien saillant et métallique comme jamais, ce gros porc de Weston reste comme d’habitude bien ancré sur ses bonnes papattes mais enchaîne les riffs de basse poutraux et pourfendeurs comme des perles, avec un son à se damner, et Trainer, magnétique derrière ses fûts, j’ai déjà taillé son portrait.

On fait l’avion sur Wingwalker (I’m a plane! I’M A PLANE!), on tape le break lunaire sur Ghost Song (pendant lequel on entendra distinctement un « allez Marvin! », je ne citerai pas de nom), le bon Todd manque de se gaufrer sur End Of The Radio (chacun son tour) pesant et lourd (dans le bon sens du terme) comme un bon gros morceau de barbaque, les questions débiles interviennent à deux reprises (trois questions geeks inside à base de potards et d’amplis et: « Why do you wear ridiculous t-shirts? »), démontage de batterie live sur Spoke, rien de réellement neuf… attends, j’ai dit rien de nouveau? « We have five new songs, we’re gonna play four of it tonight ». Tuerie. Quatre morceaux à foutre indéniablement en haut du panier, un concentré de ce que le trio sait faire de mieux nous rappelant simplement que Shellac reste ce qui se fait de meilleur depuis un paquet d’années niveau noise-rock, se bonifiant comme le bon vin: intense, électrique, un bon coup derrière la nuque et bonne nuit. Des titres qui ne détonnaient nullement au milieu des classiques, inscrit dans un set de qualité sûr et avéré par le trio, il est toujours bon de retrouver ses premiers amours.

Chose absolument également remarquable à noter pour le public lyonnais, de furtifs mouvements de bassins aux abords de la scène donneraient presque l’impression qu’il y ait de l’ambiance, mais non, on est à Lyon, ceci n’est même pas imaginable, j’ai du rêver. Gros concert du groupe en tout cas, plaisir et satisfaction confirmé, Shellac est toujours là, j’ai les oreilles qui sifflent, un sourire débile collé sur la tronche et demain, je me lève à 7h.

 

Cheveu: « Like a Deer In the Headlights 7″ »

•27 septembre 2010 • Laisser un commentaire

Légère variation de pochette, le bleu azur a laissé place à l’obscurité, le symbole est clair: Cheveu est passé du côté obscur de la force. Fini la rigolade, après un premier LP fatal et nucléaire, le monde se demandait comment le trio pouvait élever le niveau. Un 7″ sorti en toute discrétion sur Born Bad va remettre les pendules à l’heure. Le trio parisien ne s’est même pas contenté de faire simplement mieux: il a quasiment annulé, par la seule force de cette face A, toute la puissance fractale présente sur son premier album. Car ce titre, « Like a Deer in the Headlights », synthétise à peu près tout ce qui fait le jouissif et l’essentielle présence de ce groupe, résumé ici avec une précision tutoyant le divin.

Ligne de clavier terminale, guitare pernicieuse puis frontale, boite à rythme punitive, et surtout, cette voix de branleur, concentré de chaude lose, absolument inarrêtable, pourvoyeur d’un rien à foutre absolument décisif et jubilatoire. Cocktail on ne peut plus précis qui ne te laisse à peu près aucune chance de survie, la situation se fait très nette: danse ou crève. Face B, « C’est ça l’Amour », complètement écrasé par son grand frère, ne tiendra pas bien longtemps. Bon titre, néanmoins, affublé de paroles très pédagogiques à propos de tout ce qui concerne l’attirance physique réciproque.

Un intermède plus que sympathique en attendant le deuxième LP des parisiens, qu’on se le dise.

Cheveu


Foals: « Total Life Forever »

•19 septembre 2010 • Un commentaire

Un « grower » qu’ils disent. Un album qui grandit et prend tout son sens d’écoute en écoute. Après un « Antidotes » aussi frais qu’inattendu, le quintet d’Oxford se devait de passer cette deuxième étape de la même manière que la première: avec classe, force et vigueur. Car le groupe était attendu au tournant, et possédait toutes les cartes en main pour se vautrer avec profondeur et conviction, sans aucune forme de procès.

Nom d’album couillon, pochette ambigüe, single par-delà les limites de l’abominable (« Miami »): le Foals cuvée 2010 s’annonçait donc comme une prise de risque fatale, menant droit vers l’oubli et la disgrâce. Fait qui, après moults écoutes répétées, s’est révélé fort heureusement totalement caduque, car « Total Life Forever » est un album qui prend son temps pour se développer, grandir et réellement finir par occuper ta boîte cranienne. Beaucoup plus riche et subtil que son prédécesseur, l’ouverture traîtresse de « Blue Blood » est à l’image du tout dans lequel il s’inscrit: atmosphérique, prenant son temps pour s’installer, mélancolique, mais n’oubliant pas les tendances remuantes qui faisaient leur réputation. « Spanish Sahara », l’autre single, beaucoup plus respectable, en est également le parfait exemple: certes trois plombes pour se mettre en place, mais l’attente paye et le groupe est là pour te remttre dans le droit chemin au moment le plus opportun: montée extatique, intensité dramatique, tension biblique, mélodie à se tirer une balle, simplement et incroyablement prenant, le meilleur morceau du groupe jusque là.

L’album titille d’ailleurs à plusieurs reprises ce niveau d’excellence, mais les deux maîtres mots pour en savourer la plus pure essence sont à respecter avec ferveur: patience et implication. Plus aérien, moins direct qu' »Antidotes », le chant de cette tête à claque de Phillipakis se fait beaucoup plus présent, c’est lui qui mène les morceaux, ce qui faisait la force du quintet sur le premier n’a pas été foutu au frigidaire mais le léger changement de cap est à appréhender comme il se doit. Le ton est vraiment plus éthéré, triste et vaporeux même si les occasions de secouer du bassin ne manquent pas, le quintet à réellement décider de passer au niveau supérieur en terme d’écriture, mettant la mélodie au-dessus du rhytme (le batteur n’est pas devenu manchot, on sent simplement un léger revirement par rapport à l’équilibre mélodie/rhytme). Le spleen se fait donc véritablement collant, jusqu’à atteindre des sommets, particulièrement sur les quatre derniers morceaux, arrivant sans soucis à te faire proprement tirer la larme à l’œil. Seule ombre au tableau, « Miami », totalement incompréhensible, sorte de tentative désespérée de funk moisi jusqu’à la moelle, à supprimer définitivement de ton cerveau à la seconde même où cet étron indigne aura traverser ton système auditif.

 Tu l’auras compris, les petits d’Oxford auront retenu la leçon et fournir un « Antidotes » de plus leur aurait été plus que funeste. Mission accomplie, les gaziers ont légèrement épicé leur tambouille, et le tout, si il se révèle au début assez déroutant, prend toute sa saveur quelques écoutes attentives passés. Tu seras prévenu.

Foals – Total Life Forever (2010, Sub Pop)

  1. Blue Blood
  2. Miami
  3. Total Life Forever
  4. Black Gold
  5. Spanish Sahara
  6. This Orient
  7. Fugue
  8. After Glow
  9. Alabaster
  10. 2 Trees
  11. What Remains

Foals