Poino + Ivy’s Witch + Common Deflection Problems + Heck Tate @ Urban Bar (Londres, 02/04/11)

La pression en interne, chez Nextkikoolol, ça fait un malheur. Me voilà donc dans un bar miteux, au fin fond de Londres, ne sachant pas spécialement où je vais dormir ce soir, à lâcher trois malheureuses livres pour avoir l’immense privilège d’assister à la prestation d’un groupe qui fait particulièrement mousser les jeunes punks à chiens en ce moment: les anglais de Poino.

En ce qui concerne l’environnement dans lequel évoluera le groupe, je classerais volontiers l’Urban Bar entre le médiocre et le proprement vomitif, mélangeant avec une joyeuse indécence et un mauvais goût de qualité supérieure une ambiance trek à dos d’hippopotame à travers la savane et musique d’ascenseur gitane. Toutes les conditions sont donc réunies pour que ce concert rentre sans forcer dans mon top de l’année. Le concert se déroule à l’étage, trois unités monétaires britanniques et une vessie demi-vide plus tard pour enfin me retrouver à l’aise: le premier Dillinger Esccape Plan déchirant les enceintes de la salle, trois chevelus qui discutent au fond de la salle, un verre remplie de bière, tout est donc idéal.
Malheureusement, le fait est que Poino ne jouera pas seul ce soir, trois groupes le précèdent, et comme le veut la logique de concert, ils n’hésiteront pas à chatouiller les limites de l’insignifiant tout au long de la soirée, arrivant à toucher du doigt le passable par moments mais sans réellement éveiller une quelconque envie de me mettre à poil. Heck Tate, en pôle position, un chanteur à la voix horripilante, un batteur raide comme un balai et un bassiste ressemblant à mon coiffeur, on passe. Common Deflection Problems, math-rock de base en trio, jusque-là, tout va bien, mais je suis prêt à parier qu’ils gagneraient au change en virant les parties zouks du bordel, et Ivy’s Itch, soit les chevelus qui bavardaient au fond de la salle quand je suis arrivé, le guitariste bedonnant, bandana à l’appui, ayant un t-shirt Faith No More, tout avis est impossible, j’ai passé leur concert à m’engoudronner les conduits pulmonaires aux abords du bar.
Toute cette interminable attente m’a permis d’observer la faune environnante, et notamment les membres de Poino. Le bassiste, ayant l’air à peine moins psychotique que les deux autres, ressemblerait au jeune professeur de physique que t’aimais martyriser au collège, mais qui t’attendrait devant chez toi à la sortie des cours pour sévèrement te punir de manière corporelle. Le batteur a passé toute la soirée à gigoter avec ses baguettes, tapant sur à peu près tout ce qu’il pouvait trouver, et le guitariste possède ce regard, tu lui demandes comment s’est déroulée sa tournée en France et lui te répond tranquillement tout en s’imaginant les châtiments qu’il va te faire subir lorsqu’il se retrouvera seul avec toi.

Le trio se met en place, la salle est presque vide, s’étant désemplie au fur et à mesure de la soirée, seulement quinze petites personnes, fait un peu triste sachant qu’ils jouent à domicile. Placé aux avant-postes, tendant la joue pour la claque qui ne va pas tarder à tomber, Poino se met doucement en marche, et la pitié n’a même plus sa place, le constat est clair, le groupe ne fera pas de prisonniers. Première chose, ce groupe à la classe, les trois membres savent parfaitement taquiner leurs instruments, et si le tout ressemble à un immense et insensé bordel, la discipline est primordiale, et ces gens-là la respectent au pas. Les influences sont là, évidentes, parfaitement décrites dans la chronique de l’autre demeuré, Al Johnson et Mark Shippy se roulent un patin dans la salle, mais Poino reste droit et fier, leur absurdo-noise reste incroyablement puissante et jouissive, enchaînant parties rythmiques démoniaques sur riffs stridents et pourfendeurs tandis que la basse te prend par derrière: un programme clairement alléchant. Le batteur est une brute de la pire espèce, labourant ses fûts avec une précision et un allant pleinement appréciables, il sue comme un cochon (d’anglais) et cache parfaitement ses deux paires de bras supplémentaires, l’illusion est totale. Le tout reste frondeur, agressif et prenant en diable, Poino est de la race des groupes influencés jusqu’à la moelle, mais te recrachant une mixture tellement efficace que tu ne peux nier ton envie de gigoter ta belle paire de fesses. Mon portable va vite me rappeler à l’ordre, l’heure fatidique approche avec insistance, la grande aventure commence, c’est donc trois morceaux du groupe que je raterai, au plaisir de rattraper ça quand ils veulent.

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~ par Pacush Blues sur 9 avril 2011.

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