La Route Du Rock n°20 (13,14 et 15 août 2010)

20ème édition, édition prestige de la Route du Rock, l’un des meilleurs festivals de musiques indépendantes en France qui se devait de fêter cet anniversaire comme il se doit. Chose faite avec une programmation allant tutoyer les limites du délectable dont l’affiche comprenait, entres autres, des têtes d’affiches telles que Flaming Lips ou Massive Attack.

Vendredi 13 août

Le premier soir se déroule sous un soleil bienveillant, et après une prestation légèrement fadasse de Yann Tiersen, ce sont les Black Angels qui prennent place sur la grande scène du Fort. Psychédélisme lénifiant mais sentencieux, les texans ne se feront pas prier pour envoyer toute l’audience droit dans les bas-fonds de leur tourbe hypnotisante. Guitares vigoureusement fuzzées, riffs vengeurs et rythmes d’outre-tombes s’entrecroisent derrière cette voix toujours aussi prenante et lancinante d’Alex Mass. La mixture prend très facilement et la transe n’est pas loin, bourdonnante et grisante, trip convoquant hallucinations et autres voyages sous substances chimiques. En digne cousin du Velvet et des 13th Floor Elevator, le quintet américain aura parfaitement réussi son coup, chapeau bas.

Suivent les Liars, auteurs d’un récent Sisterworld, plutôt pas mal même si légèrement déroutant au premier abord, les gaziers sont donc attendus au tournant. Cinq sur scène, le doute ne planera pas longtemps dans l’assistance, ces types maîtrisent leur affaire et le prouvent avec une aisance presque insolente. On retrouve avec plaisir ce grand échalas d’Angus, toujours au point en ce qui concerne grimaces insupportables, gymnastique souple et voix élastique, mais le gros du boulot est toujours fourni par le reste du groupe, balançant une bouillie post-punk triturée jusqu’à la moëlle foutrement efficace.

Les morceaux les plus directs du petit dernier y passent tous, quasiment taillés pour le live, ambiance punk mutante avec ce son de guitare ferrailleux, crade et férocement jouissif. Le gros du set sera composé de ces titres, plus quelques chansons du sans-titre (Plaster Casts of Everything et Sailing to Byzantium) et quelques oldies, avec A Visit From Drum bien réussi compensant la berceuse The Other Side of Mt. Heart Attack, légèrement chiante en live et cassant un peu trop le rythme. Pas grave, le concert des new-yorkais aura été excellent, aucun regret.

La nuit est déja tombée depuis longtemps sur le site, l’affluence commence à se faire sentir, l’alcool également, et c’est dans cette situation que Caribou fera son entrée. Trio, chaque membre regroupé au milieu de la scène, électro fortement teintée de psychédélisme acide, transe, danse désarticulée. La fatigue et les nombreuses bières ingurgitées aidant, les souvenirs se sont légèrement envolés avec, mais vu le sourire niais et bidon qu’il affichait en rentrant au camping, votre serviteur pourra au moins vous affirmer que le set des canadiens était tout de même de bonne qualité.

Samedi 14 août

FOALS, cinq lettres, soit le nom du groupe qui aura bluffé tout le monde ce soir-là au Fort, bien loin devant les pouilleux de Massive Attack. Eux aussi étaient attendus au tournant, on avait toutes les raisons de penser que les oxfordiens allaient se vautrer avec conviction et profondeur, un pronostic qui s’est révèle fort heureusement totalement faux à mesure que le set des britons s’avançait. Le premier doute concernait l’équilibre entre les morceaux bouge-ton-corps du premier album et ceux plus complexes et subtils du deuxième, Total Life Forever, sorti il y a quelques mois.

Doute qui s’efface dès l’entrée du quintet, le tout reste bien compact, réhaussé pour la scène et balancé à fond, doté d’un groove du feu de dieu grâce à ce batteur produisant roulements meurtriers et contretemps vengeurs. Chaque nouveau titre joué provoque frissons et hochements de têtes épileptiques, mention spéciale à Spanish Sahara qui, si l’on pouvait craindre une montée qui met trois plombes à s’installer, se révèle être en live une petite bombe profondément intense et prenante. Le groupe déroule d’une façon assez hallucinante, c’est la quasi-démonstration, chacun danse jusqu’à la mort, les pieds dans la boue sur une véritable version 2.0 d’un This Heat qui aurait versé sa mixture post-punk/expé dans un grand bol pop sans pour autant perdre de sa pertinence. Meilleur concert du festival.

Tu l’auras compris lecteur, l’auteur de cet article ne fait pas forcément partie des plus fervents fans du duo de Bristol, nous passerons donc sur ce concert malgré sa qualité de tête d’affiche, et les messages d’une portée poétique absolument inquantifiable diffusés sur l’écran au fond de la scène (messages tels que «Sarkozy aime les beignets» et autres fulgurances de ce style). Bref, la lune brille maintenant depuis quelques heures sur le Fort, la fosse s’est transformée en marécage instable et dangereux depuis que la pluie s’est installée ce matin sur le site, pluie qui s’est heureusement arrêtée pile poil pour le début des concerts, les Dieux Météo France sont avec nous. Ce sont dans ces conditions que les Two Door Cinema Club prennent place, quatuor irlandais ayant récemment signé un album sur Kitsuné. Soyons clairs : ce groupe ne vaut (presque) rien, n’a pas inventé l’eau chaude, ne révolutionnera pas la musique, mais soyons également réalistes, est parfaitement à sa place dans ce contexte-ci, c’est à dire passé minuit, avec deux grammes dans le sang. Personne n’aura donc honte de secouer du postérieur sur Something Good Can Work et de lever les bras en criant comme un veau sur Undercover Martin.

Les riffs rentrent directement dans le cerveau, pas besoin de trop y réfléchir, le batteur tente de concurrencer une boîte à rythme en terme de constance discoïde, les morceaux filent, un peu fadasses et loin d’être folichons, mais le bonheur de danser dans la gadoue en tentant de faire des croches-pattes sournois à son voisin compensera. Sympathique.

Dimanche 15 août

Une pluie plus disparate mais toujours présente pour cette dernière journée, ce qui permettra aux festivaliers de respirer quelque peu avant de reprendre les hostilités pour un trio de groupes allant chatouiller le dantesque ce soir-là: The National, Flaming Lips et The Rapture. Après des prestations brouillonnes et molles du genou d’Archie Bronson Outfit et de Serena Maneesh, ce sont les new-yorkais de The National qui s’installent sur la grande scène. Ce groupe m’a toujours impressionné dans le sens où ces types ont toujours tracé leur petit bonhomme de chemin, faisant de leur musique ce qu’ils voulaient, bien loin de quelconques modes passagères. Pas besoin de piailler dans le vide, ce soir, la sentence sera de toute façon claire, précise et sans discussions possible : ce groupe est effectivement touché par la grâce. Cette musique est belle, il n’y a de toute façon rien d’autre à dire, à expliquer, tenter de la décrire resterait vain, mais le constat est là, chaque frisson ressenti le prouve, chaque petite larme versée aussi, et on ne peut de toute façon rien objecter face à des titres comme Secret Meeting ou England, d’une élégance et d’une beauté simplement hallucinantes et incroyablement prenantes.

La voix de Matt Berninger est toujours aussi classe, profonde, chaude, rauque, rejoignant celle d’un Leonard Cohen, se posant doucement sur l’indie-rock touchant, puissant et intense de ses collègues et le concert semblera durer une seconde, emportant chaque membre du public dans sa petite bulle, loin, très loin de la mare de boue dans laquelle il patauge ce soir. Ces types sont grands, ils méritent amplement leur reconnaissance, gloire à The National.

Mais place aux grandes stars de la soirée, The Flaming Lips, têtes d’affiche affirmées de cette 20ème édition de la Route du Rock. Ces gars ont toujours traîné une réputation de concerts grand spectacle où tout le monde festoyait à coups de ballons géants, de déguisements improbables et autres canons à cotillons ; le trio était donc attendu. Et le trio contentera avec une évidence simple toute l’assemblée, chaque membre sort à tour de rôle de l’écran géant disposé au fond de la scène pour prendre place, Wayne Coyne n’attend pas une seconde avant de s’enfermer dans sa bulle géante et de marcher sur la foule, les canons gerbent leur lots de cotillons et de ballons géants, des dizaines de types en combinaison orange dansent telle une escouade d’écureuils volants sous LSD, on voit bien que la carte du fun est jouée à fond par les Lips.

Tellement que tout cela paraît limite cache-misère par moments, le son est bien brouillon, on peine à tout entendre distinctement et les morceaux du groupe n’ont rien d’absolument transcendants non plus, même si bien psychés et de bonne facture, mais rien que le fait de voir Cone nous demander de faire tour à tour le babouin, le lion, l’ours, le chat et le chien est d’un tel pied qu’on passera sur ces petits détails. Bon concert cependant, un bon moment bien fun passé en leur compagnie.

Petits derniers de la programmation, The Rapture auront la lourde tâche de clôre ce festival. Le quatuor vient de sortir de studio, prêt à balancer son dernier album droit dans les dents de chaque festivalier présent ce soir, mais, à la surprise générale, les new-yorkais ce fendront de quatre morceaux de Pieces of the People We Love pour débuter leur set. Excellente surprise, ces morceaux butent, tout simplement, niveau machine de guerre type Panzer, danser n’est plus accessoire, c’est devenu un quasi-devoir tant le groove se fait rude et tendu. Ils enchaînent avec leurs singles habituels, Echoes et House of the Jealous Lovers avec une rigueur, une classe et une détermination à l’épreuve des balles ; le tout est férocement dansant, extatique, profondément jouissif. Le quatuor finira sur un morceau bien plus electro que ce qu’ils ont l’habitude de faire, batteur et bassiste finiront seuls aux machines face à six milles personnes ayant eu leur lot de transpiration, de boue, de bière et de bonne humeur pour les quelques mois à venir. Bravo, merci et joyeux anniversaire à la Route du Rock, édition réussie.

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~ par Pacush Blues sur 27 août 2010.

Une Réponse to “La Route Du Rock n°20 (13,14 et 15 août 2010)”

  1. foals en concert, j’ en frisonne encore.

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