Don Caballero: « What Burns Never Returns »

what_burns_never_returns-don_cabellero_480« What Burns Never Returns », c’est un peu comme lancer en l’air un disque de rock, un autre de jazz, tirer dessus au fusil à pompe, puis tenter de recoller tout les morceaux. Déconstruction et reconstruction: deux mots qui semblent obnubiler le quatuor de Pittsburgh, qui fait même simplement de leur musique ce qu’elle est, et qui la teinte d’une étrange couleur (et là, je parle pas du vert pétant de la pochette). Car Don Caballero fait tout à l’envers. C’est la section rythmique, batterie en avant, qui assure la partie soliste alors que les deux guitares se mettent à la rythmique. Dit comme ça, ça a l’air complétement aberrant, et il faut pourtant entendre ces deux six-cordes, triturées, martelées, torturées jusqu’à leur en extraire des râles agonisants, peut-être peu abordable lors de la première confrontation avec le groupe, mais superbement inventif, se renouvelant continuellement. Solidifié par cette basse discrète, élastique mais nécessaire, le tout est envoyé sur orbite par Damon Che, fabuleux batteur de Don Caballero. Car ce type est un extra-terrestre qui, sous les deux bras surpuissants qu’il laisse apparaitre, en possède certainement deux ou trois paires de plus. Double pédale et contretemps vicieux, roulements incessants, il ne s’arrête jamais, structurant toute l’intensité du groupe, la maintenant en équilibre. Car le quatuor joue sur une corde d’équilibriste, une corde si fine, qui, constamment sous tension, peut lacher et s’effondrer à tout instants. Toujours au bord de l’extrême limite, la musique créée par Don Caballero devient fascinante en ce sens ou chaque riff est envoyé en l’air, triple saut périlleux arrière, et retombe sur ses grosse papattes, remodelé, redéfinit, concassé et repassé à la moulinette. Chaque idée lancée, se met à vivre petit à petit avant de crever tabassée, broyée, pulvérisée par les énormes frappes du Che, pour ensuite renaitre sous une autre forme, enchaînée parfaitement logiquement. Le tout sous une pression inaltérable, inébranlable et simplement impressionnante, pour peu que l’on passe le cap des premières écoutes, plutôt ardues. « What Burns Never Returns » est un de ces disques essentiels, car fondateurs d’une nouvelle voie à explorer (et qui l’a un peu trop été), qui a ouvert de nombreuses perspectives. Souvent copié, quasiment jamais égalé, cet album reste toujours absolument captivant, plus de 10 ans après sa sortie. Chapeau bas.

Don Caballero – What Burns Never Returns (Touch & Go, 1998)

1. Don Caballero 3
2. In the Abscence of Strong Evidence to the Contrary, One May Step Out of The Charging Bull
3. Delivering the Groceries at 138 Beats Per Minute
4. Slice Where You Live Like Pie
5. Room Temperature Suite
6. World in Perforated Lines
7. From the Desk of Elsewhere Go
8. June Is Finally Here

doncab99

Don Caballero

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~ par Pacush Blues sur 19 mars 2009.

2 Réponses to “Don Caballero: « What Burns Never Returns »”

  1. Peut-être mon préféré du groupe avec « 2 » (d’ailleurs, l’album commence par la même rythmique complexe qui terminait « 2 »). Et c’est vrai qu’il est plus difficile d’accès pour le néophyte car plus free et incontrôlable (quoique…) mais quel album!

  2. je pense aussi que celui ci est de loin le meilleur du groupe…

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