Cannibal Ox: « The Cold Vein »

cannibal-ox-the-cold-vein1Il est assez curieux de constater qu’alors que les différentes frontières des genres du paysage musical actuel tendent à s’estomper – les inombrables hybridations de genres a priori inconciables sont là pour en témoigner -, le hip hop reste un courant boudé par toute une partie du public. D’autant plus curieux que cette décennie ne marque pas un affaiblissement du genre, bien au contraire: on ne compte plus les artistes ayant livré des chefs-d’œuvre, de Madvillain à Dälek, de Deltron 3030 à Dizzee Rascal, etc etc etc. Et Cannibal Ox, qui avec The Cold Vein signait en 2001 – n’ayons pas peur des mots – l’un des meilleurs albums de hip hop, toutes époques confondues.

Car c’est bien simple: il est bien difficile de trouver ici la moindre faute. Les flows des deux MCs se complètent à la perfection, le chant exubérant de Vast Aire étant le pendant de la voix plus grave de Vordul Mega. Les quelques featurings s’intègrent parfaitement à l’ensemble (le couplet de Cryptic One sur Atom m’a immédiatement poussé à m’intéresser à sa production solo, en particulier l’album The Anti-Mobius Strip Theory). Les paroles sont d’un niveau tout simplement remarquable (lorsque le Stylus Magazine comparait le texte de The F-Word à la poésie anglaise la plus rafinée, la vérité n’était franchement pas très loin – plutôt que de citer quelques lignes, je vous renvoie au texte intégral du morceau pour vous en rendre compte par vous même – ; et puis tout groupe qui est capable de penser à faire rimer « Sigmund Freud » avec « Steroid », comme ici sur Real Earth, est digne de respect.).

Et puis il y a les instrumentations. Produits par El-P, les quinze morceaux qui composent The Cold Vein sont d’une richesse proprement hallucinante, dégageant une atmosphère particulière, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Construites à partir de sons vaporeux (comme sur le refrain de The F-Word ou sur Scream Phoenix) ou futuristes (Vein), les mélodies touchent systématiquement leur but, et la plupart sont imparables (Scream Phoenix, Straight Off The D.I.C., Ox Out The Cage, Real Earth). Les rythmiques ne sont pas en reste, témoignant d’une inventivité peu commune, entre le beat saccadé d’Atom et les snares ne frappant jamais là où l’on s’y attend de Raspberry Fields.

Ajoutez le tout et vous obtenez quinze morceaux uniques, d’une complexité digne des meilleurs disques d’electronica, tout en contraste (le groupe enchaîne régulièrement plusieurs atmosphères radicalement opposées au sein d’un même morceau, par exemple sur Ridiculoid ou Scream Phoenix), propres à vous tirer des frissons et dont un bon paquet resteront logés dans votre tête pour un moment: de la noirçeur de Stress Rap à l’efficacité immédiate de Ox Out The Cage, des ambiances complexes de Scream Phoenix au flou et au trouble de Real Earth, en passant par le parfait (dans tous les sens du terme) The F-Word, l’imparable Straight Of The D.I.C., vous comprendrez qu’il y a ici de quoi faire. Et il est assez impressionant de remarquer que le groupe ne subit aucune baisse de tension sur l’intégralité des soixante-quinze minutes que dure The Cold Vein.

Après un disque d’une telle qualité, CanOx (pour les intimes) était voué à devenir presque mythique, légendaire. Et c’est exactement ce qui s’est passé, puisqu’après ce premier album magistral, l’encéphallogramme de la discographie du groupe est resté au calme plat, à l’exception d’une version instrumentale et d’un live – rien de nouveau donc. Vordul Mega et Vast Aire ont poursuivi leur carrière en solo, collaborant toujours au sein de la Atoms Family mais aussi sur leurs albums respectifs (l’an passé,  Vast Aire apparaissait à deux reprises sur le Megagraphitti de Vordul Mega, alors que Vordul Mega tenait le micro sur un morceau du Dueces Wild de Vast Aire), mais à l’instar de Madvillain ou Deltron 3030, l’entité Cannibal Ox reste au repos pour le moment, même si des rumeurs font régulièrement surface à propos d’un éventuel nouvel album. Ce qui n’en rend pas moins The Cold Vein tout simplement indispensable.

Cannibal Ox – The Cold Vein (2001, Definitive Jux)

  1. Iron Galaxy
  2. Ox Out The Cage
  3. Atom
  4. A B-Boys Alpha
  5. Raspberry Fields
  6. Straight Off The D.I.C.
  7. Vein
  8. The F-Word
  9. Stress Rap
  10. Battle For Asgard
  11. Real Earth
  12. Ridiculoid
  13. Painkillers
  14. Pigeon
  15. Scream Phoenix
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~ par SyrFox sur 17 mars 2009.

Une Réponse to “Cannibal Ox: « The Cold Vein »”

  1. Mes 2 fétiches de ce cd sont sans conteste The F-Word et Iron Galaxy, eclectique et space. C’est dommage qu’ils n’ont sortis qu’un cd il y avait un gros potentiel.

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