Telepathe: « Dance Mother »

dance-motherTelepathe est un groupe intriguant. Il y a trois ans maintenant, elles sortaient dans l’indifférence la plus générale leur premier EP, Farewell Forest, développant une musique expérimentale et tribale, dans la veine de Gang Gang Dance ou d’Animal Collective. Et puis, en une poignée d’EPs, le groupe s’est métamorphosé en quelque chose de totalement différent, prenant une direction electropop, presque dance, aux sonorités 80’s, et voilà que David Sitek (TV on the Radio) s’en mêle, et qu’avec le fantastique Chrome’s On It paru l’an dernier, la machine hype se met en marche, Telepathe faisant la page d’accueil de Pitchfork et Drowned In Sound. Un an plus tard, l’album tant attendu est là, et voilà que le NME clâme qu’il est « immense » alors que les arrivistes (bon d’accord, je tire un peu sur l’ambulance) Inrockuptibles acclament un « sommet de pop électronique aérienne », voyant en eux les « MGMT de 2009 ». De quoi faire peur (précisons que je n’ai aucun problème avec la hype, mais que je ne vois aucun intérêt dans la musique de MGMT).

Attiré tout de même par Chrome’s On It, et par le fait que, quand même, depuis que je les connais (la sortie de Farewell Forest donc), les filles de Telepathe ne m’ont jamais déçu, j’ai écouté cet album que j’attendais moi aussi. Et finalement, cet album n’est à mon goût ni le chef-d’œuvre annoncé, ni une daube profonde comme on peut le lire ici est là: c’est tout simplement un bon premier album, avec ses qualités et ses défauts.

D’accord, ça ne vous dit rien. Allons-y franchement avec les défauts d’emblée, ça sera fait. Tout d’abord la production, signée David Sitek: oui, c’est certain, elle permet d’entendre chaque élément distinctement, de propulser les basses. Mais elle est tellement lisse, propre, que ça en devient parfois franchement dérangeant. D’autant que du coup, venons-en au second point faible, la place est laissée pour les sons les plus affreux de l’album: les synthés qui ouvrent l’album auraient clairement gagné à être bien plus cachés dans le mix – voire à être complètement effacé, parce que dans le genre « repoussons l’auditeur avec l’intro du disque », on ne fait pas mieux. Enfin, au niveau du songwriting aussi, il y a encore des progrès à faire: le passage presque hip hop sur Lights Go Down est passable; Drugged, moins bon morceau de l’album, est lui aussi plutôt dispensable.

Mais tout de même. Je ne boude pas mon plaisir, car malgré ces défauts, il y a du bon, et même du très bon, dans ce disque. Et la propreté de la production ne doit pas divertir l’auditeur, car finalement ce qui compte, c’est bien les chansons derrière. Et là quand même, il y a de quoi faire: entre le génial Chrome’s On It, décuplé par le nouveau mix (qui, après une première écoute surprenante – les basses de la seconde partie sont suramplifiées -, se révèle encore plus efficace que la première version), le superbe Can’t Stand It, étiré sur six minutes de pop aérienne, porté par des synthétiseurs éthérés, la perfection pop d’un In Your LineLights Go Down et son beat terrible (ces basses!), le speedé Devil’s Trident. Et plus encore, la remarquable Trilogy, ou la preuve par trois que Telepathe est capable du meilleur: une introduction kicks incroyablement amples avec Breath Of Life, doucement chantonnée, puis le virage, plus sombre, avec Crimes And Killings, où la production de David Sitek fait des merveilles, et la conclusion parfaite, Threads And Knives, dance enfumée, pop brouillardeuse, ce que vous voulez: c’est tout simplement excellent et irrésistible. Les transitions sont parfaites, la construction idéale, et bon sang, Threads And Knives est vraiment bon.

Parlons également du chant, l’un des éléments central de l’album (logique avec des instrumentations aussi dépouillées – synthétiseur, boîte à rythme, chant pour tout l’album): Busy Gangnes et Melissa Livaudais ne sont pas les meilleures chanteuses du monde (mais depuis quand faut il une technique irréprochable pour faire un bon album?), mais leurs voix entremêlées sont souvent du plus bel effet, et les apports des membres de TV on the Radio ou de Shanon de !!! sont réussis. On n’atteint pas les sommets de chez Out Hud (mais il faut dire que Let Us Never Speak Of It Again avait placé la barre très haut), mais ça reste très agréable, et leurs « oooh aaah » ne sont jamais agaçants.

En bref donc, ce Dance Mother n’est certainement pas un chef-d’œuvre, mais il reste un bon album, méritant que l’on s’y attarde. On frise parfois le superficiel mais qu’importe, on y passe franchement un bon moment. Et c’est déjà bien. Je ne regrette pas de l’avoir acheté.

Telepathe – Dance Mother (2009, V2)

  1. So Fine
  2. Chrome’s On It
  3. Devil’s Trident
  4. In Your Line
  5. Lights Go Down
  6. Can’t Stand It
  7. Michael
  8. Trilogy
    • Breath Of Life
    • Crimes And Killings
    • Threads And Knives
  9. Drugged

Myspace: Telepathe

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~ par SyrFox sur 27 février 2009.

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