Cheveu + Big Pop @ Le Grand Mix, Tourcoing (30/01/09)

Ce soir, c’est le festival « Muzzix » au Grand Mix, qui aurait plutôt pu s’appeller la soirée « Trafique ton chant » avec deux groupes parisiens: Big Pop en première partie et Cheveu en tête d’affiche. Ouverture des portes à 20h, j’arrive vingt minutes plus tard en craignant de rater les premiers, mais finalement c’est seulement à 21h qu’arriveront sur scène les membres de Big Pop pour ouvrir cette soirée « Excentricités Vocales ».

Bon d’accord, j’exagère un peu, parce qu’en réalité, la majorité du set de Big Pop fut instrumentale. Je n’avais jamais entendu la moindre note de ce groupe avant le concert – je dois avouer que j’étais surtout venu pour Cheveu -, et du coup je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Et je dois bien avouer qu’encore aujourd’hui, j’aurais un peu du mal à définir leur musique. Ils sont trois: à gauche, un claviériste / saxophoniste, qui a aussi un laptop, au milieu, le batteur, qui a aussi un synthé et un laptop, qui chante, mais qui commence le set sur une guitare, et à droite, le bassiste / chanteur. Ca commence avec un sample de musique classique, sur lequel viennent progressivement se poser des notes dissonantes, ça monte lentement, le son se construit. Et après ça? Difficile à décrire. Il y a de la no-wave dans la mixture du groupe (ça me fait parfois penser au Sonic Youth du Noisefest, en 1981), mais aussi du free-jazz, de la noise, du math-rock, des incursions psychédéliques ou électroniques, et encore tout un tas d’autres choses; et précisément, ces excentricités vocales avec lesquelles  j’ouvrais la chronique, car il faut avouer que dans ce genre là, Big Pop va loin: lorsqu’il chante, les intonations du bassiste vont du grognement death metal à des jappements aigus, en passant par quelques tons plus rock par moments; le batteur n’est pas en reste, n’hésitant pas à placer un micro sur son cou pour en sortir des sons tordus. Ca va parfois trop loin à mon goût, je n’accroche pas à tout, mais globalement ça passe bien. Sans compter que les trois maîtrisent parfaitement leurs instruments: le saxophoniste gère parfaitement ses quelques solos, les riffs du bassiste sont parfois très techniques, et le batteur, peut être le membre le plus impressionant (mais c’est peut être parce qu’il est au centre), assure à 100% ses rythmes polycomplexes, les déstructure quand il faut, même s’il n’a de cesse de devoir remettre en place sa grosse caisse qui n’a de cesse de vouloir se barrer en avant. Et pour autant, le  tout ne se résume pas à une démonstration technique: il y a là des choses drôlement inventives, le bassiste utilise tout ce qui lui passe sous la main sur sa basse (un archer, un genre de vase étrange, une barre de fer – ou d’aluminium?), et si quelques passages ne me plaisent que moyennement, c’est tout de même un fort bon concert que Big Pop nous a offert, à grand renfort de compositions bien ficelées. Le set se clôt une heure après son départ, sur un furieux et malsain morceau noise en 11/8, et voilà que les lumières se rallument.

Quinze minutes, le temps de changer le matos sur scène, et Cheveu prend place. Du coup, la scène parait nettement plus vide: le trio se contente du strict minimum, avec quelques machines électroniques (synthé et boite à rythmes) à gauche, les trois micros et les pédales du chanteur vers le centre, et le guitariste à droite. C’est tout. Le groupe démarre en duo, sur le Unemployment Blues qui ferme leur album éponyme. Le chanteur est tout d’abord parmi les ingés son, puis arrive dans le public (je dirais, allez, une centaine de personnes), beugle un bon coup dans le vide pour annoncer la couleur, et monte sur scène. Et c’est parti. Je dois avouer que même les mots les plus forts ne pourraient pas rendre compte du chaos représenté par Cheveu sur scène. Des riffs punk fracassants, des rythmiques basiques qui groovent et qui blastent, et puis ce chanteur complètement dingue, qui débite ses paroles à 200 à l’heure, prend ses libertés par rapport à l’album, ajoutant des paroles ici et là, en supprimant d’autres, voire remplaçant des couplets complets par des onomatopées, qui triture son chant et ses cris – et ses T-shirts – sans arrêt, qui n’hésite pas à crier dans le vide même s’il n’a pas moins de trois micros, qui est partout en même temps, etc etc etc. On range son cerveau au placard, la tornade Cheveu est sur scène et c’est tout simplement jouissif: le public apprécie, ça danse dans tous les sens (en tout cas, deux ou trois personnes autour de moi livrent des performances dignes d’un Michael Jackson), le jeu de lumières est génial (merci le Grand Mix!), épileptique, c’est ravageur. Le groupe nous déballe et sublime tous les tubes de son album: on aura le droit à cette apocalyptique version de l’Unemployment Blues, mais aussi à Clara Venus, Lola Langusta, une version antho, que dis-je, mythologique de Hello Friends, le redoutable Superhero, un paquet de nouveaux morceaux, et puis « la chanson pop… pour les jeunes… vous allez voir c’est bien formaté et tout », l’inévitable et génial Dog. D’ailleurs, en parlant de citations du chanteur, il faut noter que celui-ci s’en donne à cœur joie, le nombre de conneries qu’il raconte entre les morceaux est incomptable, ce n’est pas très fin mais franchement très drôle la plupart du temps (comment s’attendre à autre chose de la part d’un groupe portant un tel nom?). « Maintenant on va jouer un morceau sur les pangolins, un animal que personne ne connaît… ». On ne comprend pas toujours très bien ce qu’il se passe dans les morceaux, certains enchainements sont hasardeux, mais à vrai dire on ne cherche pas à comprendre: c’est ce côté presque amateur qui fait tout le charme du groupe et qui donne l’envie irrépressible de se secouer dans tous les sens. Cheveu propose une synthèse parfaite d’electro et de rock, assure tant musicalement que visuellement, bref vous l’aurez compris c’était franchement excellent. Un vrai foutoir, du grand n’importe quoi, mais dans le bon sens. La furie s’éclipse de la scène, puis revient pour un rappel bien senti composé d' »un morceau sur les mexicains, et puis un morceau pour… pour… pour l’avortement », et c’est fini, malgré les cris du public demandant un second rappel. Il est 23h30, j’ai la voix brisée et les jambes en compote mais bon sang, je ne regrette pas le déplacement, qui confirme que Cheveu méritent tout à fait les critiques largement positives qu’ils suscitent.

Myspace: Cheveu
Myspace: Big Pop

Video: Cheveu – Dog

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~ par SyrFox sur 31 janvier 2009.

Une Réponse to “Cheveu + Big Pop @ Le Grand Mix, Tourcoing (30/01/09)”

  1. J’avais aussi vu les Cheveu en concert. Et c’était bien mieux que les Black Lips qui jouaient après. Moi le chanteur me fait penser à un croisement entre le comique (je ne sais même pas s’ils sont vraiment comiques) Derec et Angus Andrew des Liars. Grrrrr

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