Animal Collective: « Merriweather Post Pavilion »

2966286733_1ed347e68f2Qu’il est difficile de parler d’un tel disque! Tout semble déjà avoir été dit sur ce Merriweather Post Pavilion – et pourtant il reste beaucoup à dire. Attendu comme le messie par une horde de fans obsessionnels (je reconnais, j’en fais moi-même partie), et même bien plus, ce nouvel album d’Animal Collective a déchaîné une frénésie hors du commun entre l’annonce de l’album en Octobre et sa sortie physique début Janvier. Le leak tant espéré par les internautes du monde entier (« Want. Leak. Now » est, pour résumer, le genre de messages que l’on pouvait trouver sur les forums de la toile) est finalement arrivé le jour même de Noël, mais pour ma part j’ai attendu la sortie CD de l’album, le 12 Janvier, pour le découvrir. C’est donc les oreilles encore vierges de toute trace studio de MPP (pour les intimes) que je me suis procuré l’objet, à 9h30 le jour de sa parution (promis, j’en ai fini avec l’égotrip).  Emballé dans une jolie boîte décorée de la pochette en illusion d’optique, le tout s’ouvrant pour dévoiler un mini digipack contenant le CD, c’est presque religieusement (bon ok, j’exagère) que l’on place le disque dans son lecteur.

Première écoute. Les premiers sons s’immiscent dans vos conduits auditifs, la mélodie simple de In The Flowers perce lentement son chemin dans ce tourbillon aquatique, Avey Tare fait entendre sa voix pour la première fois de l’album, gorgée d’effets, un couplet, deux couplets, le fameux « If I could just leave my body for the night », et l’explosion. Impressionante, tribale au début pour vite évoluer vers une rythmique techno. Et vous voilà embarqué  pour 55 minutes situées quelque part entre électronique expérimentale et psychédélisme pop.

Ce qui frappe lors de cette première écoute, c’est qu’Animal Collective sait se faire surprenant, y compris pour ceux qui connaissaient d’avance la plupart des morceaux par cœur (c’est mon cas) – dix d’entre eux (seul Bluish étant inconnu avant l’album) étant joués en live depuis un ou deux ans. Des microtransformations, comme l’ajout d’une ligne de paroles sur Daily Routine, d’une rythmique nouvelle pendant un refrain (My Girls), ou des évolutions plus conséquentes (l’explosion nouvellement techno de In The Flowers et ses sons aux réminiscences de TB-303, le remaniement total de Taste), viennent perturber ce que vous pensiez savoir de ces compositions. Mais surtout, le groupe est ici parvenu à retranscrire, à restituer, l’énergie de ses concerts extraordinaires: là où Strawberry Jam pouvait décevoir aux premières écoutes, par le manque de puissance par rapport aux versions lives des morceaux, Merriweather Post Pavilion ne souffre absolument pas de ce défaut.

Du coup, là où les premières écoutes de l’album précédent servaient à s’habituer aux versions studio des morceaux, les premières écoutes de ce nouveau disque permettront au contraire de déceler toute la richesse de ces compositions, bourrées jusqu’à la moelle de petits éléments que l’on découvre au fil du temps: des samples cachés sous le flux mélodique, des rythmes planqués dans le coin de votre oreille gauche, des harmonies vocales que vous aviez ignorées jusque-là… Car à l’instar de ses camarades de Black Dice, le collectif animal s’est toujours fait une joie de brouiller les pistes en utilisant des sons inattendus, en superposant des textures (le fabuleux Two Sails On A Sound, sur Here Comes The Indian, était d’ailleurs un modèle du genre).

Mais la particularité d’Animal Collective, c’est précisément que ces assemblements de sons complètent la face mélodique du groupe. Ainsi, les mélodies sont malgré tout omniprésentes, que ce soit dans les pistes les plus directes (l’aérien Bluish ou le calme No More Runnin) ou les plus ouvertement expérimentales (Taste, Lion In A Coma, avec son rythme en 9/4), résidant de manière plus ou moins floutée, plus ou moins cachée: la structure, les mélodies ne sont jamais exclues des compositions.

Et c’est ce mélange des deux facettes du groupe, entre thèmes pop et assemblage de textures, qui donne à ces compositions leur caractère si particulier, mais aussi leur charme : des planants Bluish et No More Runnin au percussif Brother Sport, des tubes acides My Girls et Summertime Clothes aux étranges Taste et Lion In A Coma, de la splendide ligne vocale de Daily Routine (peut-être le meilleur morceau du disque) à la succession folk déstructuré / séance d’hypnose sur Guys Eyes ou encore aux explosions de Also Frightened et In The Flowers, chaque morceau ici, à travers une palette émotionnelle très variée (allant de l’euphorie à la mélancolie, et avec toutes les nuances situées entre les deux), se révèle finalement irrésistible.

Aucun morceau ici n’est donc passable, et au-delà, on pourrait même dire qu’aucun passage, aucune seconde de musique n’est à oublier:  chaque instant recèle son lot d’éléments indispensables à l’ensemble, tout les samples, mélodies, rythmes, chants, se fondant finalement dans un tout. Le souci du détail est franchement impressionnant, et se découvre au fil des écoutes (que vous vous imposerez de toute façon probablement de vous même, tant cet album est addictif). Des segments qui, ailleurs, passeraient inaperçus, parviennent ici à attirer l’attention, et à devenir eux aussi des moments imparables de l’album: l’introduction de Also Frightened (woo! woo!), la transition sur un sample de flûte entre Guys Eyes et Taste (dernier reste de l’ancienne version de ce morceau), …

Merriweather Post Pavilion serait-il donc bien l’album parfait que l’on décrit un peu partout? Car à la réflexion, je n’arrive pas à penser à un seul moment dispensable: chaque élément, chaque section, chaque morceau, du début à la fin est là où il le faut, à sa place idéale. Et si on pourrait penser que ce côté pourrait en fait n’être qu’un polissage extrême, longuement étudié et finalement fatiguant car trop sophistiqué, il n’en est rien: le tout sonne de la façon la plus naturelle possible. Les compositions, la production, les sons utilisés, et même le packaging, sont génialement réalisés. Parfait, quoi.

Et dire que les morceaux de Merriweather Post Pavilion ont pour la plupart été écrits en à peine deux semaines! Animal Collective, meilleur groupe de la décennie? Je ne vois franchement personne pour les concurrencer à ce titre. Le succès – en tout cas critique – de cet album est largement mérité.

Animal Collective – Merriweather Post Pavilion (2009, Domino)

  1. In The Flowers
  2. My Girls
  3. Also Frightened
  4. Summertime Clothes
  5. Daily Routine
  6. Bluish
  7. Guys Eyes
  8. Taste
  9. Lion In A Coma
  10. No More Runnin
  11. Brother Sport

Myspace: Animal Collective

Quelques notes:

Les titres et des éléments de certains morceaux ont été modifiés depuis cet article ; afin de pouvoir vous y retrouver dans les nombreux bootlegs des deux dernières années, voilà un petit récapitulatif des changements:

  • Dancer, Flowers In Her Hair ou Dancer With Flowers In Her Hair est In The Flowers sur l’album (avant 2008, ce morceau a des paroles complètement différentes de la version album)
  • House, ou Material Things, est My Girls
  • The Dreamer ou Frightened est Also Frightened
  • Bearhug est Summertime Clothes (là aussi, les lives d’avant 2008 contiennent des paroles totalement différentes)
  • Song For Ariel est Guys Eyes (comme Daily Routine, Panda Bear jouait ce morceau en solo avant qu’il ne soit intégré aux sets du groupe)
  • Les versions lives de Taste sont radicalement différentes de la version studio: elles sont basées sur un autre sample, rendant la mélodie beaucoup plus directe
  • Brother Sport est parfois référencé, dans les plus anciens bootlegs, en tant que Will To Joy

Trois autres morceaux datant de cette époque n’ont pas été inclus sur l’album, et seront peut être utilisés comme B-sides: Grace (jouée de nombreuses fois en live), From A Beach (jouée une fois en live, et une fois en BBC Session) et On A Highway (jouée en BBC Session). Enfin, le groupe joue sur sa tournée actuelle un nouveau morceau, intitulé Sky sur les setlists, ou plus volontairement Blue Sky par les fans, inconnu jusque là, basé sur des boucles vocales.

Finalement, notons que le groupe travaille actuellement sur un album visuel, beaucoup plus expérimental, sorte de collaboration audiovisuelle entre le groupe et Danny Perez, et qui sortira a priori cette année également. A suivre donc!

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~ par SyrFox sur 21 janvier 2009.

2 Réponses to “Animal Collective: « Merriweather Post Pavilion »”

  1. Alors moi je dis: jolie chronique à la hauteur du parfait album qu’est MPP. Assurément meilleur album de l’année et très certainement de la décénie.

  2. Mouais. Perso, je dois bien avouer que je ne suis pas convaincue. Meilleur groupe de la décennie? Ou groupe le plus surestimé de la décennie? J’hésite encore.

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