Excepter: « Throne »

324912EP? Album? Difficile de définir ce disque, car son format (quatre titres mais 33 minutes) sort des schémas traditionnels. Ce n’est d’ailleurs pas la seule façon par laquelle il sort des formats usuels: ainsi ici, et contrairement aux sorties ultérieures de ce groupe electro arty (notamment le fort sympathique Alternation et le très bon Debt Dept de l’an dernier), on ne tient pas réellement de morceaux, mais plutôt un découpage en quatre parties d’une construction sonore étendue sur plus d’une demie-heure.

Ainsi, Throne est avant tout une expérience: une nappe sonique, évoluant très lentement, se construisant et se métamorphosant peu à peu en de nouvelles formes, avançant vers d’autres territoires. C’est ici la fibre la plus ambiente du groupe qui ressort, à travers ces paysages auditifs troubles, vaporeux, évoquant parfois une masse fluide floutée, indiscernable, se transformant doucement, ou une lente explosion, prenant ou perdant de l’ampleur au cours du temps.

Jrone (Three) vous accueille avec une voix féminine éthérée, plaquée sur des synthétiseurs lancinants, qui vous fera progressivement entrer, cinq minutes durant, dans l’ambiance, puis c’est le décollage sur Jrone (Two): pendant un quart d’heure, vous êtes pris dans un flux sonore troublant, sur lesquelles viennent constamment s’ajouter de nouvelles couches évanescentes, amenant l’atmosphère vers des territoires saturés ou aériens, tandis que les anciennes strates disparaissent progressivement. Les rythmiques, simples et hypnotiques qui résonnent durant l’ensemble de la piste rendent l’ensemble très immersif, ce qui force un certain contraste quand les premiers tons de The Heart Beat se font entendre: très bien résumée par son titre seul, cette section s’engage sur des nappes très oppressantes,  sur fond de rythmique cardiaque. La voix, triturée et torturée, s’intègre parfaitement au tout, qui évoquerait presque Mouthus (pas étonnant que Throne soit paru sur Load!) s’ils troquaient leur batterie et leur guitare contre des samplers et des synthés. Puis, alors que les rythmes se complexifient et que les vagues s’intensifient, l’ambiance elle-même devient de plus en plus lumineuse au cours du morceau, jusqu’à déboucher sur l’ultime « mouvement » (car c’est ainsi que l’on pourrait les qualifier) de Throne, (The Ass) (bravo!), planant, retombant doucement vers des altitudes plus conventionnelles, comme si le brouillard se dissipait lentement. Le disque s’achève d’ailleurs avec une minute de bruit apaisant.

D’une construction impressionnante (tout s’enchaîne franchement parfaitement), très porté sur l’immersion – c’est le mot – de l’auditeur (tous les sons se fondant naturellement les uns dans les autres), Throne est une œuvre intriguante et exigeante. Si les sons utilisés ne sont pas spécialement novateurs (ce qui est tout de même important pour une œuvre ambiente), ils servent malgré tout très bien le propos du disque: les différentes atmosphères qui s’en dégagent s’expriment très nettement et sont remarquablement amenées. Très différent de leurs albums suivants donc (même s’il ne s’agit pas de leur premier effort discographique!), mais tout aussi (voire plus) intéressant.

Excepter – Throne (2005, Load Records)

  1. Jrone (Three)
  2. Jrone (Two)
  3. The Heart Beat
  4. (The Ass)

Myspace: Excepter

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~ par SyrFox sur 14 janvier 2009.

Une Réponse to “Excepter: « Throne »”

  1. EXCEPTER en concert aux Instants Chavirés le jeudi 12 juillet 2012 !
    http://www.instantschavires.com/spip.php?article599

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