Le Top 2008

Voici nos tops de l’année 2008:

Pacush Blues

(sans ordre)

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Fuck Buttons – Street Horrrsing : Improbable mélange entre de furieuses stridences électroniques superposées à de superbes mélodies, douces et mélancoliques, Fuck Buttons s’affirme comme l’une des révélations indie 2008.

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Fiend – Agla : Français (même si ses membres sont d’origines diverses), Fiend est un groupe qui n’a rien à envier aux cadors du doom/sludge psychédélique, avec des riffs Melvinesques en diable, hypnotiques, impérial, massif, sublimé par le superbe chant d’Al Saiyed, Fiend est un groupe sur lequel il faudra compter dans les années à venir.

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Harvey Milk – Life… The Best Game In Town : Le quatuor redneck le plus sale et poisseux d’Athens, après une reformation aussi jouissive qu’inattendue (Special Wishes, en 2006), remet le couvert avec Life… et devient, à la surprise générale, plus accessible et accrocheur par rapport à ses albums des années 90’s. Mais, heureusement, son sludge reste toujours aussi écrasant et vicieux qu’avant.

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A.H. Kraken – Elle Avait Peut-Etre 19 ans, Mais Pour Moi Elle En Aura Toujours 12 :
Bien de chez nous, A.H. Kraken te cisaille les genoux avec sa noise crue, râpeuse, brute. Aucun compromis, que ce soit dans les textes ou la musique, ce groupe de Metz n’a pour simple objectif que de te faire passer un sale moment. Et c’est réussi.

young-widows-old-wounds Young Widows – Old Wounds : Young Widows signe le retour du noise-rock furieux (avec des groupes comme Pissed Jeans, Clockcleaner…) et frondeur des années 90, convoquant le meilleur de Jesus Lizard, Cherubs où encore Hammerhead. Un excellent album. _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

foals-antidotes Foals – Antidotes : Ne pas se fier à la hype puante autour de ce quintette d’Oxford, Foals propose une musique réellement intéressante, croisant des influences math-rock à un post-punk dansant, pour créer quelque chose de nouveau et frais, bien à eux.

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SyrFox

30+1, parce que je ne voulais pas exclure l’album d’Experimental Aircraft

experimental-aircraft-third-transmission31. Experimental Aircraft – Third Transmission : Malgré quelques longueurs sur la seconde partie du disque, Experimental Aircraft parvient encore, sur ce troisième album en onze ans, à nous accrocher pendant une heure avec son shoegaze planant et ses excellentes compositions, desquelles quelques perles se dégagent (Upper East Side, With A Gun) – le tout avec une production énorme, surtout au niveau des basses.

pivot-o-soundtrack-my-heart30. Pivot – O Soundtrack My Heart : Malgré des sons de synthés parmi les plus kitschs que vous entendrez cette année et quelques plans franchement dispensables, la nouvelle sensation de chez Warp propose suffisament d’éléments intéressants pour que sa mixture, aux confins du math-rock, du post-rock et de l’expérimental, reste largement recommandable – et en particulier, l’époustouflant enchaînement de Didn’t I Furious, Epsilon et Nothing Hurts Machine. Troublant.

railcars-cities-vs-submarines129. railcars – cities vs. submarines EP : En dix minutes et cinq compositions, le projet d’Aria C Jalali impose son univers, entre vocaux évoquant Xiu Xiu (l’EP a d’ailleurs été mixé par Jamie Stewart) et lo-fi, entre programmations électroniques et jolies mélodies, fourmillant de détails, déconstructivement mélodiques et mélodiquement déconstruites.
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tickley-feather-tickley-feather28. Tickley Feather – Tickley Feather : Trente minutes des chansons les plus lo-fi de l’année: des sons de synthétiseurs enfantins, des structures basiques, des mélodies simples, une production inexistante et un enregistrement digne d’une clé USB dictaphone. Mais Annie Sachs est suffisament douée pour parsemer cet éponyme de petites perles de simplicité, touchantes et accrocheuses (The Python).

sonic-youth-syr827. Sonic Youth, Merzbow & Mats Gustaffson – SYR8: Andre Sider Af Sonic Youth : Dans la veine des dernières productions SYR, ce huitième volume nous propose une heure d’ambiances bruitistes et expérimentales à souhait, quelque part entre noise, free jazz et rock expérimental. Si ce SYR8 est probablement le plus bruitiste de la série (la touche Merzbow probablement), il est tout aussi immersif que les autres, et c’est un vrai bonheur de se laisser emporter par ce torrent sonore abrasif.

blood-on-the-wall-liferz26. Blood On The Wall – Liferz : Onze morceaux de rock sale et distordu, puissant et efficace. C’est basique, voire stupide (Acid Fight), mais ravageur et imparable. Sans compter que quelques passages restent parmi les meilleurs morceaux de rock entendus ces dernières années: de Sorry Sorry Sarah à l’éponyme Liferz, ces trente minutes s’écoutent sans sentir le temps passer.

cheveu-cheveu25. Cheveu – Cheveu : Du post-punk lo-fi et électronique made in France, avec riffs redoutables et chant survolté, synthés stridents et boîtes à rythmes lo-fi. Onze pistes sans répit, du furieux tube Dog à l’hypnotique Superhero, cinglantes, et diablement réussies avec ça. Pas étonnant donc que leur notoriété dépasse déjà les frontières de l’hexagone – le disque a reçu une chronique de la part de Pitchfork.

the-hospitals-hairdryer-peace 24. The Hospitals – Hairdryer Peace :
Ces trois-là aiment la distorsion et nous le font savoir. Ainsi, leurs chansons squelettiques et lo-fi sont systématiquement désossées par un traitement à la distorsion chirurgicale (plutôt normal pour des Hopitaux). Elles restent malgré tout des chansons et si les premières écoutes sont difficiles, on finit par devenir accro aux compositions rageuses du groupe, entre punk garage, noise rock ou post-punk abrasif.

mogwai-the-hawk-is-howling23. Mogwai – The Hawk Is Howling : Le retour controversé de l’un des pionniers du post-rock. Si cet album peut paraître fatiguant, et le groupe sembler stagner, ce Hawk Is Howling se révèle à mon avis être l’un des meilleurs disques de Mogwai, porté par une mélancolie omniprésente, tout au long de ses dix compositions. Ce disque est l’antithèse de son affreuse pochette: beau et soigné.
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these-are-powers-taro-tarot22. These Are Powers – Taro Tarot EP : En apparence, du noise rock plutôt classique, certes. Mais les morceaux de ce trio américain (comprenant Pat Noecker – Liars, n0 Things) sont tellement efficaces qu’il serait dommage de se limiter à de telles considérations: du planant Cockles aux telluriques Chipping Ice et Peel Some Off, cet EP six titres regorge d’idées lumineuses, ce qui laisse présager le meilleur pour leur second album, en 2009 (le premier, paru l’an passé, étant déjà une franche réussite)

truckasauras-tea-parties-guns-valor 21. Truckasauras – Tea Parties, Guns & Valor :
Loin du délire pour nostalgiques des jeux vidéos des années 80 auquel on pourrait s’attendre, cet album à base de sons de Game Boy, Commodore 64 et autres machines désuettes est en fait probablement l’un des meilleurs disques electro de l’année, se faisant tour à tour dansant (l’énorme Fak!!!) ou chill-out (Up, Up, Down, Down, L, R, L, R). Et puis il y a une reprise du générique de Super Copter alors juste pour avoir osé, je dis bravo.

GD30OB.pdf20. Lucky Dragons – Dream Island Laughing Language : Fascinant, intriguant, obsédant, ce nouvel album des Lucky Dragons l’est sans conteste. Des percussions répétitives, des sons presque glitchs et mélancoliques, des voix discrètes: ce disque est une véritable session d’hypnose, coupée en 22 courts fragments. Une plongée de quarante minutes dans une atmosphère à part.
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wavves-wavves19. Wavves – Wavves : Si The Hospitals et No Age fusionnaient pour ne faire plus qu’une entité, il est probable que cela donnerait quelque chose comme Nathan Williams, unique membre de Wavves: bien plus mélodique que les premiers mais bien plus bruitiste que les seconds, la musique de Vvagues n’en dégage pas moins cette même efficacité ravageuse, qui donne furieusement envie de secouer la tête en rythme (Side Yr On)

high-places-high-places18. High Places – High Places : Trente courtes minutes de pop électronique planante et nocturne, sonorités tribales et chant éthéré compris. Et contrairement à beaucoup de leurs contemporains indie-pop, ces new-yorkais n’ont pas oublié d’écrire des chansons sous l’effet de la hype, nous offrant donc dix compositions lumineuses et réussies.
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excepter-debt-dept17. Excepter – Debt Dept : Revoilà notre groupe d’electro expérimentale arty préféré, qui nous revient, après le bon Alternation il y a deux ans, au meilleur de sa forme avec un album très inspiré, lorgnant du côté du post-punk, rempli de lignes de basses immenses (le tube Burgers) et de paroles parlées, scandées ou répétées sans cesse pour mieux vous les faire comprendre (Kill People!). A ce propos, le groupe compte désormais deux chanteuses et déforme leur voix à tout va – en particulier, dans les aigus. Pour résumer: Excepter devient plus accessible tout en restant tout aussi bordellique. Et c’est excellent.

abe-vigoda-skeleton16. Abe Vigoda – Skeleton : Issus de la scène de Los Angeles, Abe Vigoda ouvrent avec Skeleton leur « tropical punk » à un son plus pop et plus lumineux, mais toujours aussi barré: les splendides mélodies du groupe sont ainsi en permanence touchées par des changements de structures, par des explosions imprévues, ou par des dissonances. Rempli d’excellentes mélodies, ce Skeleton et ses nombreuses perles mérite toute votre attention.

atlas-sound-let-the-blind15. Atlas Sound – Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel : Bradford Cox a du talent. Suffisament pour publier un excellent disque avec son groupe Deerhunter en 2007, et pour revenir en 2008 avec un nouveau double album de ce groupe et pour le debut-album de son projet solo, Atlas Sound, donc. Sous son titre romantique se cachent quatorze (vingt pour la réédition européenne!) morceaux en forme de puzzle noisy pop, formant un tout d’une cohérence incroyable. C’est planant, éthéré, et superbe. Et le pire, c’est qu’il en a déjà un autre de prêt pour l’an prochain.

animal-collective-water-curses14. Animal Collective – Water Curses EP : Quatre chansons à peine, issues des sessions d’enregistrement de Strawberry Jam, pour patienter avant Merriweather Post Pavilion, leur nouvel album, sortant dans une quinzaine de jours. Mais pour en revenir à ces quatre chansons, elles n’ont pas à palir à côté de l’immense catalogue de morceaux géniaux du collectif animal: après le fulgurant morceau éponyme, le groupe nous offre trois morceaux calmes et planants, donnant à cet EP une cohérence rarement atteinte pour ce genre d’exercice.

genghis-tron-board-up-the-house13. Genghis Tron – Board Up The House : Ou la fusion parfaite entre metal extrême et electronica complexe. D’une violence incroyable, ce disque n’en oublie pas pour autant de faire par moments retomber l’intensité, avec quelques passages plus planants tout simplement sublimes. La puissance des parties les plus hardcore n’en est que sublimée, les cris saturés du chanteur, riffs dissonants et programmations qui blastent se retrouvant renforcées par ce contraste. Fortement recommandé – pour peu que vous ne soyez pas allergiques aux cris hardcore.

Music Review Deerhunter12. Deerhunter – Microcastle / Weird Era Continued : Après l’excellent et mystérieux Cryptograms l’an passé, j’ai eu peur en lisant un peu partout que le groupe serait revenu à des schémas plus classiques. Et de fait, le groupe s’attelle ici à des territoires moins étranges que par le passé. Pour autant, rien n’est ici banal: chacune de ces chansons noisy pop recèle quelque chose qui la rend unique et accrocheuse, que ce soit les plus énergiques ou les plus ambientes, les plus classiques (pour la plupart regroupées sur le premier CD) ou les plus expérimentales (regroupées sur le second), et on se rend vite compte que cet album est finalement de la même classe que le précédent.

autechre-quaristice111. Autechre – Quaristice : Les maîtres de l’electronica nous reviennent avec un album résolument différent de leurs précédents: si leurs œuvres passées nous faisaient explorer des territoires se développant lentement, par petites touches, pendant de longues minutes, les anglais vont ici droit à l’essentiel, synthétisant leurs idées sur trois à quatre minutes maximum – et du coup, augmentant significativement le nombre de morceaux, et donc d’atmosphères, du disque. Un disque qui prendra du temps à s’apprivoiser donc – comme tout disque d’Autechre -, mais qui finit par livrer son lot de compositions magiques, d’une complexité sans faille cachant des mélodies et des ambiances abyssales. Bravo.

no-age-nouns10. No Age – Nouns : Plus accessibles et moins bruitistes que par le passé, les punk rockeurs de No Age laissent ici la plupart du temps leur côté ambient au placard pour faire ressortir leur face la plus mélodique – et avec ça, leur potentiel. Si l’adaptation est difficile au début, le disque finit par dévoiler ses charmes, et au passage sa multitude de compositions géniales, en particulier cette exceptionnelle deuxième moitié d’album.

indian-jewelry-free-gold09. Indian Jewelry – Free Gold! : Après un Invasive Exotics d’excellente facture, Indian Jewelry sont de retour avec un album résolument influencé par le shoegaze. Pour autant, les Américains n’ont pas perdu de leurs capacités hypnotiques: que ce soit par le chant aérien ou par les rythmiques tribales et électroniques, ils vous font ici planer pendant quatorze pistes et autant de compositions réussies.

neptune-gong-lake08. Neptune – Gong Lake : Pour leur premier album chez Table Of Elements, les Bostoniens nous livrent un album noise rock de très grande classe, alternant entre élans expérimentaux et compositions synthétiques furieuses, le tout drappé dans une noirçeur palpable. Grey Shallows est l’un des meilleurs morceaux de l’année: des rythmes percussifs, un son strident, une basse massive, des explosions furieuses, tout est à sa place.

women-women07. Women – Women : Après à peine un an d’existence, Women nous publient avec cet éponyme l’un des meilleurs disques de l’année, entre mélodies magnifiques, harmonies vocales à tomber, le tout avec une production lo-fi irrésistible. Paraissant inoffensive au premier contact, cette musique devient très vite addictive, et il est très difficile de sortir ces airs de votre tête. Un bonheur.
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the-present-world-i-see06. The Present – World I See : D’une richesse incroyable, cet album se compose de six pistes à peine, mais chacune contient en fait un nombre d’idées hallucinant, passant sans ciller de sections tribales à des passages ambients, de subtiles mélodies bourrées de feedback à des segments dissonants et bruitistes. Très difficile d’accès, mais une fois que vous êtes rentrés dedans, vous n’en ressortirez plus.

fuck-buttons-street-horrrsing305. Fuck Buttons – Street Horrrsing : Mêlant la puissance de la noise abrasive à des sublimes mélodies post-rock, des cris hardcore au côté étouffant du doom, Fuck Buttons construit en six pistes un paysage sonore oppressant et saturé, mystérieux et intriguant: sous des couches de distorsion se cachent des mélodies pleines d’émotions. Fuck Buttons peut sans problème se vanter d’être l’une des révélations de l’année.

clark-turning-dragon04. Clark – Turning Dragon : Deux ans ont passé depuis le sublime Body Riddle, et Clark nous revient avec un album résolument différent: ouvertement techno, aux rythmiques dancefloor infernales (sur Volcan Veins par exemple, meilleur titre techno de 2008) et complexes, il n’en oublie pas pour autant les mélodies electronica qui ont fait son charme par le passé. Foudroyant, oppressant, et pourtant beau: c’est un chef-d’œuvre.

oneida-preteen-weaponry03. Oneida – Preteen Weaponry : Avec ce premier volume d’une trilogie qui se terminera l’an prochain, Oneida nous livrent une longue plongée de quarante minutes dans une atmosphère expérimentale et percussive, évoluant lentement, proche de la transe. Des longues montées en puissance, des mélodies se transformant lentement, comme un cousin moins inquiétant du Drum’s Not Dead des Liars.

gang-gang-dance-saint-dymphna02. Gang Gang Dance – Saint Dymphna : J’avais du mal à penser que Gang Gang Dance puisse égaler son chef-d’œuvre God’s Money d’il y a trois ans. C’est pourtant chose faite avec ce Saint Dymphna, qui mélange allègrement une foule de genres, passant sans problème de l’un à l’autre, le tout avec une cohésion improbable: on a ici affaire à un album quasiment parfait de bout en bout, presque sans faiblesse.

mahjongg-kontpab01. Mahjongg – Kontpab : Complètement fou, peuplé de polyrythmes étranges, de guitares bizarroïdes, de synthétiseurs rétromodernistes ou post-régressistes – comme vous préférez -, de chants venus d’ailleurs, déphasés, ce disque est pourtant improbablement dansant, efficace, du début à la fin. Des tubes impossibles comme s’il en pleuvait (Problems, Mercury, et surtout l’énorme Kottbusser Torr), . C’est original, cinglé, novateur, inclassable, mais aussi superbement groovy: il y a ici de quoi faire bouger à la fois vos neurones et vos jambes. En gros, c’est génial.

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golden teeth

growing-lateral15- Growing : « Lateral EP » : Je n’ai pas écouté le dernier album de Growing, mais ce petit EP qui a précédé la sortie de All the Way est idéal en tous points.
Quatres petites pièces rugueuses et crachotantes, des arpèges filtrés perdus entre les câbles à haute tension, des micro mélodies parasites qui s’infiltrent dans un flux électrique bourdonnant. A mis chemin entre les débuts drone du groupe et les expérimentations rythmiques de Vision Swim.

social-junk-concussion-summer14- Social Junk : « Concussion Summer » : Ces nouveaux venus sur la grande scène expérimentale ont sorti cet album sur Not Not Fun et se sont fait faire une jolie pochette par Robert Beatty, raison pour laquelle j’ai choisi ce vinyle dans le bac à disquaire plutôt qu’un autre. Et qu’est-ce que ça donne ? Des martèlements de percussions trouvées, des voix coupées qui se répondent, des tentatives de chanson au milieu d’un marécage noisy. Menaçant et prometteur.

robedoor-shrine-to-the-possessor13- Robedoor : « Shrine to the Possessor » : Ces californiens héritiers des Double Leopards et hyperactifs comme tout groupe souterrain qui se respecte ont sorti un paquet d’enregistrements cette année, et beaucoup sont bons. Je cite cet LP sorti sur Music Fellowship sans raison particulière, ça aurait très bien pu être Endlessly Blazing par exemple. Qu’entend-t-on sur Shrine to the Possessor ? Des arcs électriques sans début ni fin, des voix lointaines pleines d’échos, des drones profonds comme la caverne de Cthulhu, bref un parfait maëlstrom post-psychédélique pour hippie satanique.

pocahaunted-chains12- Pocahaunted : « Chains » : Ce que j’ai dit sur Robedoor s’applique aussi à leurs copines de Pocahaunted, et ce Chains aura été accompagné cette année d’une bonne dizaine d’autres sorties tous supports confondus. On retrouve les soeurs Olsen du drone extatique en pleine montée orgasmique en début d’album, avec l’épique « The Weight » qui mêle une batterie conquérante à l’habituel brouillard « saturations+guitare claire+voix de squaws sous peyotl ». Mais Pocahaunted évolue, et la deuxième face du vinyle voit apparaître des éléments nouveaux chez elles : une grosse ligne de basse tortillante sur « Oh Woe », des éléments dub ou dansants ailleurs. Drôle de mélange, mais la sauce prend même si le mystère se dissipe un peu. Cela dit Pocahaunted est un merveilleux groupe, longue vie à elles.

mount-eerie-black-wooden-ceiling-opening111- Mount Eerie : « Black Wooden Ceiling Opening EP » : Phil Elverum est présent à deux reprises dans ce top, c’est parce que cet EP, sans être aussi génial que son autre grosse sortie de l’année, m’est extrêmement sympathique. L’idée sur BWCO, c’est de reprendre différentes chansons de Mount Eerie en y ajoutant une bonne dose de saturations. On se retrouve donc avec une sorte de punk bizarre, plein de crasse et de larsens, mais avec la voix fragile d’Elverum qui lâche des cris rauques et murmure au fond. L’atmosphère est ambigüe, entre montées épiques et trous béants qui laissent passer le vent, moments de lâchage total où tout semble se casser la gueule et retombées inquiétantes.

woods-family-creeps-st10- Woods Family Creeps : « s/t » : Ce groupe de Brooklyn s’appelait simplement Woods avant, ils ont joué avec Raccoo-oo-oon et fait de bonnes choses paraît-il, mais moi je n’en sais rien. Woods Family Creeps est leur nouvelle incarnation, et ce premier album sous ce nom bizarre est excellent. On y trouve du folk déglingué de redneck urbains, des collages sonores inquiétants, des tentatives de chansons pop très réussies (« Twisted Tongue ») en même temps qu’une contrepartie, des plages instrumentales plongées dans le noir (« Family ») et des monstres de Frankeinstein musicaux où des percussions motorisées se mêlent aux gémissements aigus du chanteur et à des arpèges folk absurdes (« Sleep Sleep Sleep »). L’atmosphère est pesante, malgré la fausse joie affichée par tout le monde. Derrière les sourires guillerets, des gouffres béants.

wolf-parade-at-mount-zoomer19- Wolf Parade : « At Mount Zoomer » : Certains pourront rigoler et dire que cet album est le plus gay de l’année, il se trouve que je l’aime beaucoup, malgré ses défauts. A savoir un synthé qui revisite les sonorités les plus kitsch de toute l’histoire de la pop, un chanteur barbu à la voix éraillée approuvé par la Blogothèque, et une prétention malvenue qui fait se prendre le groupe pour les Fiery Furnaces, en pondant un morceau final de 10 minutes (Green Day l’a fait aussi ceci dit). Au final, on se fout pas mal de tout ça et on profite de l’écriture pop parfaite, des structures qui ignorent le format chanson classique, des mélodies sublimes et on tient le meilleur album pop de l’année.

grouper-dragging-up-a-dead-deer-up-a-hill8- Grouper : « Dragging up a dead deer up a hill » : Liz Harris est une musicienne de Portland qui jusqu’ici avait sorti deux très bons album d’ambient inquiétant, dans la lignée du Brian Eno de On Land. Sur « Dragging up a dead deer… », elle tente de faire des chansons, et sa magnifique voix est enfin discernable, en même temps qu’une guitare folk dont les accords flous accompagnent des morceaux qui se ressemblent tous. Les étendues bourdonnantes et noires d’avant ne s’entendent plus, elles se devinent, derrière Liz qu’on imagine jouant sa musique dans une vieille cabane, pliant sous les attaques d’une tempête tropicale.

wet-hair7- Wet Hair : Shawn Reed s’est visiblement remis du split de son groupe Raccoo-oo-oon, et son nouveau projet Wet Hair (en compagnie de Ryan Garbes) a déjà eu le temps de bien se développer, du LP rachitique et extrême du début de l’année jusqu’à une très belle cassette récente, où Reed conjugue ses drones d’orgue électrique et ses orages magnétiques à une écriture proto-pop, agitant ses clochettes et ses petites boucles mélodiques en même temps qu’il improvise son chant halluciné et ses grincements analogiques. Pas grand chose qui ressemble à Raccoo-oo-oon ici, Wet Hair est moins psyché, plus macabre, plus minimal, mais tout aussi excellent.

zach-hill-astrological-straits6- Zach Hill : « Astrological Straits » : Le batteur virtuose et épileptique de Hella s’est mis en tête de sortir son album solo, et ça donne ça, une heure de bruit et de fureur, de la batterie partout tout le temps, qui tape très vite et très fort, dans tous les sens. Par dessus, des idées partout, un chant vocoderisé qui rappelle Wayne Coyne, des mélodies, des sons absurdes. Un morceau peut commencer comme une chanson punk guillerette et se tranformer en Lightning Bolt synthétique, un gros bordel de sons et de coups laisser place à une cavalcade pop. Écouter l’album sur vinyle peut aider, ça permet de se ménager des pauses, pour rester bien attentif et profiter au maximum de cette explosion géniale. Chaque chanson a son petit truc, son idée qui permet d’accrocher au débalage qui suit. Les mélodies sont souvent terribles.
Beaucoup trouveront le disque trop ambivalent, incapable de se décider entre pop et gros bordel expérimental, mais c’est qui fait toute la qualité de cet Astrological Straits à mon avis, sa richesse et sa folie, comme si les Fiery Furnaces et les Flaming Lips se faisaient remixer par Black Dice et Lightning Bolt !

atlas-sound-let-the-blind25- Atlas Sound : « let the blind lead those who can see but cannot feel » : Les boucles aquatiques et les sons cotonneux d’Atlas Sound noient magnifiquement les paroles de Bradford Cox dans ce premier album terriblement dépressif. Des complaintes angoissées et des grincements de dents qui se perdent dans un océan psychédélique flou, comme si Animal Collective tombait en dépression et composait des petites chansons dans un hôpital en bord de mer. Entre les souvenirs d’une enfance atroce et les angoisses nourries aux calmants, on trouve des plages de calme pur, des éclairs lumineux et un soleil froid qui nous innonde de ses rayons.

sun-araw-beach-head4- Sun Araw : « Beach Head » : Le guitariste membre du collectif psychédélique Magic Lantern qui se cache derrière le nom de Sun Araw vient de sortir l’un des plus beaux albums de l’année, un rayon laser massif qui vient réchauffer les coeurs en ces temps de grand froid. Panda Bear rencontre White Rainbow et ça donne ce Beach Head, quatre longs morceaux entre drone hindou, musique concrète des îles et pop diluée à l’acide. Sun Araw ressemble à un sorcier vaudou qui invoquerait les plus belles mélodies dans une explosion de lumière et de chaleur dont les vibrations s’étendraient jusqu’au soleil, et c’est dans l’espace, ralentie et alourdie par l’éther, qu’on entendrait sa musique.

super-minerals-the-pelagics3- Super Minerals : « The Pelagics » : Ambient des abysses, qui démarre dans des clapots sous le soleil et pendant près d’une heure s’enfonce dans l’obscurité la plus totale.
Des échos glacés s’étirent à l’infini, des ombres de calamars se profilent sur les parois de la fosse des mariannes. Au fond, des choses aveugles géantes et des ruines mayas. Meilleur album drone de l’année, de loin !

mount-eerie-dawn2- Mount Eerie : « Dawn » : C’est une sorte de recueil, un disque qui regroupe les chansons écrites par Phil Elverum pendant un hiver passé en ermite dans une cabine, au nord de la Norvège, dans la neige et le vent. Un hiver passé à combattre les fantômes et à ramasser du bois, à tenter d’oublier le passé et la douleur. Vingt chansons, jouées à la guitare folk, dans le plus simple appareil. Pour apprécier le plus possible ce disque, mieux vaut être familier de l’univers de Mount Eerie. Sinon autant commencer par le début, à savoir le beau Don’t Wake Me Up des Microphones.
Dawn n’est pas un très grand album de Phil Elverum, c’est plus un document, une sorte de journal intime. Pourtant, tout dedans est d’une telle beauté que n’importe qui sortira bouleversé de l’écoute de ce disque. Elverum est probablement le seul artiste actuel a être entièrement possédé par le génie.

raccoo-oo-oon-st1- Raccoo-oo-oon : « s/t » : Le meilleur groupe du monde splitte, et ce disque est le dernier de leur discographie étrange. Étrange parce que, d’un Is Night People qui laissait entrevoir un potentiel pop, jamais Raccoo-oo-oon ne s’est montré, de disque en disque, plus accessible que par le passé. Au contraire, le groupe est allé vers une déconstruction toujours plus extrême, livrant avec le récent Behold Secret Kingdom une musique plus abstraite, plus complexe, plus expérimentale que tout ce qu’il avait alors fait. Cet ultime double album, sans titre, tout comme les sept morceaux qu’il abrite, est donc le moins facilement abordable. Plus long, plus complexe, c’est aussi le plus génial, le plus surprenant, le plus passionnant. En une heure, le groupe passe en revue toute son oeuvre et, au détour de morceaux toujours plus longs, livre une musique sublime qui rappelle autant le heavy psyché de Behold Secret Kingdom que les convulsions gorgées d’effets et d’échos des premiers disques, en passant par le drone, ou la synth-pop pour vampire de Wet Hair. L’heure est au désespoir, et du premier morceau, presque normal, on s’enfonce dans l’irréalité la plus totale, avec en point d’orgue deux pièces de 20 minutes qui viennent submerger de sonorités étrange la fin du disque.
Raccoo-oo-oon est plus mystérieux que jamais, et ressemble de plus en plus aux paysages mentaux pleins de symboles primitifs dessinés par Shawn Reed, membre pilier et leader spirituel. Cet ultime album regorge de magie noire et de prières païennes, c’est de très loin leur meilleur. Il fallait bien ça pour leur pardonner leur séparation.

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~ par SyrFox sur 31 décembre 2008.

2 Réponses to “Le Top 2008”

  1. Syrfox, je me reconnais complètement dans ton Top. Il est incroyable. C’est rare de voir quelqu’un qui pense aux Mahjongg, Fuck Buttons, Indian Jewelry et Women. Plus Wavves et Lucky Dragons. Pas des noms qu’on a vu partout dans les classements!

  2. Merci beaucoup!
    Je n’ai découvert les Lucky Dragons que tardivement (malheureusement), mais cet album est vraiment incroyable. Mirror Friends et I Keep Waiting For Earthquake sont vraiment des morceaux magnifiques

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