The Present + Puce Moment @ La Malterie, Lille, 20/12/08

J’ai bien failli lamentablement rater ce concert. Car à vrai dire, jusqu’à la veille du concert, je n’avais jamais entendu parler ni de The Present, ni de Puce Moment. Mais le hasard fait bien les choses, et je tombe ce Vendredi matin, en jetant un regard de biais sur le 20 Minutes dans le métro, sur l’annonce d’un concert expérimental, qui décrit The Present comme le projet de Rusty Santos, le bien connu producteur du Person Pitch de Panda Bear et du Sung Tongs d’Animal Collective, activiste proche du collectif animal ou de Black Dice donc, et qui passe en concert le lendemain. Je m’étonne de n’en n’avoir jamais entendu parler, j’écoute des extraits sur myspace en rentrant, ça a l’air bien sympathique, et je décide d’assister au concert.

Et j’arrive en retard. L’ouverture des portes étaient annoncée à 20h30, soit quinze minutes avant mon arrivée, mais je me rends vite compte pour mon plus grand bonheur que la soirée n’a pas encore commencé. Le temps de me procurer ma place pour 5€ au lieu de 7 parce que je suis lycéen (merci la Malterie!), et me voilà dans la salle, dans laquelle on passe pour le moment de la musique plutôt chill-out (des ballades de Radiohead extraites d’Amnesiac, par exemple). Et je ne suis en fait vraiment pas arrivé en retard: vers 21h, commencent à retentir les premières notes de l’excellent Drum’s Not Dead des Liars, dont on va nous passer  les cinq premiers morceaux en intégralité pour nous faire patienter – j’adore cet album, je ne vais pas me plaindre.

Et c’est donc à 21h30 que les membres de Puce Moment arrivent sur scène. Ils sont deux, un gars qui a un Macbook, mais surtout des guitares et énormément de pédales d’effets, et une fille, assise la plupart du temps, sur une multitude de synthés, tables de mixages et autres instruments électroniques, tous deux extraits de Cercueil, éminent et fort sympathique groupe lillois dont vous entendrez probablement parler en 2009. Ils commencent doucement, devant une trentaine de personnes, avec une structure ambiente qui se met peu à peu en place, avec une guitare répétitive, des synthés hypnotiques. Dis donc, ça a l’air sympa ce qu’ils font ces gens-là! Et puis ça continue, ça devient franchement hypnotique, et puis voilà les premières rythmiques envoyées par je ne sais quelle machine, et c’est très tribal et c’est prenant, et vas-y que je joue de la guitare avec un truc qui clignote (un stroboscope?), mais dis donc, c’est vraiment bien ce qu’ils font ces gens-là! Les rythmiques sont très chouettes, entre percussif tribal et electronica downtempo, et l’instrumentation est bien souvent magnifique. Le set est joué sans discontinuité, les plans s’enchaînant les uns aux autres, dans une atmosphère ambiente et expérimentale, des morceaux surgissent des superpositions de textures sonores. La  fille finit par se lever et prend une basse, joue un riff pesant pendant quelques minutes, avant de lancer une rythmique martiale surpuissante (kick, snare, kick, snare), pour que le groupe entame le meilleur moment du concert: le guitariste se met à jouer un riff mélancolique, basé sur quelques notes et d’harmoniques sublimes, ponctué par moments d’explosions noisy, c’est vraiment splendide et hypnotique (le stroboscope que le guitariste a reposé par terre depuis un moment continue de clignoter), dis-donc, c’est vraiment génial ce qu’ils font ces gens-là! Le guitariste dégaine ensuite une autre guitare, fort maltraitée, puisqu’elle est peuplée de clous. Il en joue avec un archer, ce qui donne des sons assez intéressants, tandis que l’autre musicienne retourne à ses synthétiseurs, jusqu’à la fin du concert où elle se lèvera pour un nouveau moment exceptionnel, où elle nous laissera entendre sa voix, sur un morceau franchement excellent. Si je connaissais déjà Cercueil avant le concert, je n’avais jamais entendu parler de Puce Moment, et j’avais du mal à retenir leur nom avant 21h30: je ne l’oublierai plus. Qu’on vienne me dire qu’il n’y a pas de supers groupes en France!

22h10 donc, le duo sort de l’espace réservé au groupe (puisque comme je l’avais déjà expliqué ici, à la Malterie, il n’y a pas de scène – le plafond est à deux mètres -, le groupe jouant à même le sol), enlève son matériel, pendant que The Present vient installer le sien: deux synthétiseurs, une batterie placée à même le sol, une table sur laquelle on place divers instruments électroniques, dont un Roland SP-404, un autre synthé par terre, des micros, une guitare… Pendant ce temps, on nous passe la fin de Drum’s Not Dead, puis le début d’un autre CD que je ne reconnais pas, très déconstruit et expérimental, assez sympa – le batteur de The Present a l’air de connaître et d’adorer.

Vers 22h30, The Present démarre sans prévenir, devant le public qui, comme pour Puce Moment, est majoritairement assis par terre, avec un flot ambient construit autour de synthés, de la guitare et des voix trafiquées de Rusty et de Mina, la fille qui est derrière ses synthés/pianos numériques, pianiste classique de formation. Cette nappe ambiente prend peu à peu de l’ampleur, c’est très joli, et finalement le batteur, qui joue à genoux, aux antipodes de John Stanier (Battles) et sa cymbale stratosphérique donc, et dont le set est réduit à une grosse caisse, une caisse claire, une cymbale et deux autres cymbales posées à même le sol, démarre une rythmique tribale – et on se rend vite compte que la batterie a ce soir une puissance impressionante. L’ensemble va alors lentement monter en puissance, finissant par atteindre une intensité presque insoutenable, sous couvert de saturation, alors que les musiciens ont l’air d’être vraiment dans leur musique. Par la suite, le concert va continuer avec cette alternance entre successions de vagues ambientes et passages plus rythmés et donc plus tribaux, le tout enchaîné une nouvelle fois presque sans s’arrêter (il y aura une pause aux trois quarts du concert), et c’est très réussi, il y a vraiment quelque chose qui passe dans cette musique, de l’énergie, des émotions. Les compositions sont bien construites, on pense tour à tour à Animal Collective – évidemment -, pour certaines harmonies ou parties vocales, à Liars pour les rythmiques hypnotisantes, à Battles pour cette voix constament triturée (surtout lorsqu’elle part dans les aigus), à Black Dice et Eric Copeland pour l’assemblage de strates, à Deerhunter et Atlas Sound lorsqu’il y a ce côté « voix pleine d’écho et guitare sous feedback », mais finalement ça ressemble surtout à The Present: ce qui ressort de ce magma, c’est une vraie personnalité originale, entre expérimental et ambient, entre compositions de qualité et superpositions de textures sonores, aux atmosphères variées, passant de la mélancolie au joyeux, du dissonant au mélodique, d’ambiances inquiétantes à d’autres plus relaxantes.

Le concert s’achève sur un morceau survolté, et voilà, il est 23h30 et cette soirée était vraiment un bon moment. Un petit tour par le merchandising pour me procurer l’album de The Present – qui se révèle très différent du concert, plus ambient globalement, très difficile d’accès mais que je commence après quelques écoutes à assimiler, même s’il va sûrement m’en falloir beaucoup plus, et il est temps de rentrer. Bref, merci à la Malterie pour ce concert: allez j’ose, Puce Moment et The Present, c’était vraiment un cadeau.

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~ par SyrFox sur 21 décembre 2008.

2 Réponses to “The Present + Puce Moment @ La Malterie, Lille, 20/12/08”

  1. Bonjour, une info qui devrait vous intéresser : « Puce Moment » est le titre d’un court-métrage génial de Kenneth Anger, de 1949, d’une durée de 6’49, et auquel Anger lui-même a ajouté dans les années 60 une assez fantastique bande-son (impression d’écouter les Television Personalities vingt ans avant les Television Personalities), collant incroyablement aux images à quinze ou vingt ans d’écart.
    Or, ce bijou absolu, vous pouvez le voir (et l’entendre) ici :

  2. […] Merci le 20 Minutes, bis. Parce qu’une nouvelle fois, si je n’avais pas eu la bonne idée de jeter un œil sur la page “Concerts” du journal (je précise que je n’ai pas d’actions chez eux, on ne sait jamais), je n’aurais probablement jamais entendu parler de cette soirée ou d’Electric Electric ou John Makay, dont je n’avais jamais entendu la moindre note auparavant. Bref, la mention “Noise Rock” attire mon regard, et quelques heures plus tard – et un paquet de recherches sur Internet au passage -, je décide de me rendre au concert. […]

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