VisualMix III: Toys’R’Noise + Pavan vs Mesak vs Wankers United [+VJ Set: Traumabikini] + Mouse On Mars @ Le Tri Postal, Lille, 29/11/08

VisualMix

Les VisualMix, sortes de « rencontres audiovisuelles », ont eu lieu dans le cadre du Festival International du Court Métrage, organisé à Lille. Si les trois soirées présentent des programmations intéressantes, le troisième se démarque nettement à mes yeux avec notamment les Lillois de Toys’R’Noise et surtout les Allemands de Mouse On Mars. Malgré ça et une place à neuf euros à peine, j’ai longtemps hésité à m’y rendre, jusqu’à ce qu’un heureux événement, cinq jours avant la soirée, me décide: je gagne deux places sur Internet. Autrement dit, je n’avais plus aucune excuse de rater ça.

J’arrive un peu en retard au Tri Postal (qui ouvrait ses portes à 22h), où les quatre membres de Toys’R’Noise ont déjà commencé à napper les spectateurs (en faible nombre) de vagues bruitistes. Les projections créées par le groupe (à base de bandes distordues et d’images filmées en direct) sont cette fois projetées sur deux écrans géants derrière la scène, qui seront opérationnels durant toute la soirée. Je constate immédiatement que le groupe a progressé depuis leur excellent concert à La Malterie il y a un mois: cette fois-ci, ils ont une roue de vélo, qui leur servira de percussion, en plus de leurs Teletubbies, ordinateurs Winnie L’Ourson, etc, circuit-bendés. D’ailleurs globalement, et pour mon plus grand bonheur, le groupe s’oriente vers un son beaucoup plus percussif que le mois dernier. Je reconnais également quelques morceaux du concert précédent, qui ont pas mal évolué, notamment un morceau calme aux sons clairs, auquel les Lillois ont ajouté pas mal de chant – mais, malheureusement, cela n’est pas forcément très réussi, et en tout cas clairement pas indispensable. La voix se fera plus présente que la dernière fois tout au long du set, et ça sera à mon avis l’un des points faibles, car le chanteur (qui n’a cette fois-ci pas ses lunettes de chimiste mais un masque vissé sur le côté de la tête digne d’un film d’horreur) en fait parfois un peu trop, tombant presque dans le théâtral. Autre problème, là où le set de La Malterie était d’une cohérence remarquable, les nappes drone/noise s’enchaînant parfaitement avec les quelques compositions régulières, le groupe donne ici parfois l’impression de n’aller un peu nulle part, et c’est un peu frustrant par moments.  Bon, je pinaille, on peut avoir l’impression que mon avis est très négatif mais d’une manière générale le concert a tout de même été un bon moment (surtout dans quelques passages extrêmement bruitistes – avec guitare –  des plus réussis), mais quand même un peu moins intéressant que la dernière fois. A suivre!

Le temps d’installer le matos du concert suivant, et c’est aux alentours de 23h30 que commence la grande messe du skweee. Quoi, vous ne savez pas ce qu’est le skweee? Et bien à vrai dire, moi non plus, jusqu’à ce que j’apprenne avant le concert qu’il s’agit d’une electro instrumentale aux sons soul, funk et R’n’B, venue du Nord de l’Europe (une autre description annonce que le skweee, c’est quand ça fait « skweee ». Chouette.). Au vu de cette description et des quelques extraits glanés sur Myspace ici et là, j’étais plutôt sceptique, mais finalement je dois avouer que le set était plutôt bon. On a donc droit à Pavan (Suède) et Mesak (Finlande), apparemment deux artistes importants de cette scène, signés sur les deux principaux labels de skweee, Flogsta Danshall et Harmönia, mais aussi au seul représentant français de la scène, Wankers United. Comme on est bien dans un cadre de rencontres audiovisuelles, les trois sont accompagnés de Traumabikini qui se chargera du VJ Set. Pour tout dire, j’ai du mal à voir lE rapport avec la soul ou le R’n’B: concrètement, la musique que nous proposent les trois artistes se rapproche d’une electro instrumentale et très dépouillée, aux beats presque déstructurés (ça ne tombe jamais là où on l’attendrait), qui se construit et se déconstruit lentement, et aux sons volontairement cheap. Les trois se relaient, jouant chacun à leur tour un morceau (avant, finalement, une collaboration à la fin du set), ce qui a l’air d’être la norme du genre, tandis que Traumabikini innonde les écrans géants de motifs psychédéliques entrecoupés d’images subliminales – on peut d’ailleurs le féliciter, car son VJ Set est réellement réussi, en parfaite harmonie avec la musique. Ca me fait presque penser à du chiptune – d’ailleurs, à un moment, le gars du milieu nous refait la musique de Sonic 2 (ou en tout cas, c’est l’impression qu’il donne) -, et c’est assez intéressant, les compositions sont bonnes (quelques moments en particulier sont vraiment excellents), mais je regrette juste que la musique ne décolle pas plus: à l’exception de deux ou trois fois dans le set où les trois osent se lâcher, le tout reste la plupart du temps sur ce même tempo lent et sur des rythmiques un peu trop répétitives que l’on aimerait voir évoluer plus.  Ca reste un bon concert, une jolie surprise, car je n’en attendais vraiment rien, et une découverte, pourquoi pas.

Et maintenant, Mouse On Mars. Je ne connais la musique des Allemands que par quelques morceaux – et par l’album de Von Südenfed, avec Mark E Smith -, mais j’attendais ce concert de pied ferme, connaissant la réputation du duo sur scène. Andi et Jan prennent possession de la scène peu avant une heure du matin. Ils se placent derrière leur matériel, nous servent quelques minutes de sons electronica hypnotiques et d’un coup SCHBAM un gros breakbeat débarque, et c’est parti pour une heure et demie de set d’une puissance ahurissante, aux beats jungle, techno, ou break, des sons acides et distordus vous attaquent de partout, et c’est d’une efficacité redoutable. Le groupe joue sans répit, enchaînant plan sur plan, beat sur beat – ces derniers font littéralement (je veux dire, littéralement, vraiment) trembler le sol sous mes pieds. Bon sang, ces gens-là savent électrifier une salle – et mes jambes par la même occasion. Quelques courts breaks laissent entrevoir des fragments mélodiques du plus bel effet, avant de repartir de plus belle sur d’autres beats toujours plus puissants, toujours plus frénétiques – certains passages atteignent des tempos insoutenables. Ces basses, ces basses! Les délires vocaux de l’excellent Actionist Respoke sont étirés sur de longues minutes, revenant sans cesse. Le set est accompagné d’une image d’une sorte de squelette sur lequel défilent des messages politiques pessimistes, mais aussi de gros coups de stroboscope ou de fumée orange. C’est tout simplement imparable, et ça passe à une vitesse folle. Le groupe finit par quitter la scène… pour revenir vite, sous les applaudissements des spectateurs (le public a d’ailleurs probablement été multiplié par dix par rapport aux groupes précédents), et nous livrer une version exceptionnelle du Flooded de l’album de Von Südenfed – sans la voix du leader de The Fall, bien sûr. Vous voyez le Flat Beat de Mr. Oizo? Imaginez la même chose, puissance mille. Les basses sont d’une puissance incroyable, le beat est toujours aussi ravageur. Le morceau est étiré pendant – je pense – plus de dix minutes tout en parvenant à rester captivant du début à la fin. Le duo finit par nous laisser définitivement, et j’en redemanderai bien le double – mes jambes et mon cou meurtris par les flexions/hochements saccadés en redemandent nettement moins par contre.

L’Oeuf Raide, ex punk reconverti dans le turntablism/abstract hip hop (de ce que j’en ai compris) joue ensuite, mais je quitte la salle avant son set, car:
1) il est 2h30 du matin
2) le set de Mouse On Mars a épuisé toutes mes réserves d’énergies
3) il est probable que, même si son set s’annonçait sympathique, il soit diminué après celui des Allemands
Une très bonne soirée donc, avec deux bons concerts de la part de Toys’R’Noise et des artistes skweee, et un concert exceptionnel de Mouse On Mars. C’est malin, maintenant je vais devoir apprivoiser la discographie des Allemands.

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~ par SyrFox sur 30 novembre 2008.

3 Réponses to “VisualMix III: Toys’R’Noise + Pavan vs Mesak vs Wankers United [+VJ Set: Traumabikini] + Mouse On Mars @ Le Tri Postal, Lille, 29/11/08”

  1. Je connaissais Mouse on Mars pour « Autoditacker » (1997), bien sûr, mais surtout pour « Niun Niggung » (1999), que j’ai beaucoup écouté et que je ré-écoute même à l’occasion. La collection de EP « Rost Pocks » est assez recommandable, aussi. Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais vraiment accroché sur « Idiology » (2001).

  2. Pour ceux qui voudraient découvrir Toys R Noise, il y a un morceau sur la nouvelle compilation du label lillois « Et pourtant ça avait bien commencé » là : http://www.last.fm/music/Various+Artists/Et+pourtant+%3A+2
    Pas mal de bonnes choses d’ailleurs à écouter chez ces gens !

  3. Merci pour le lien! Je n’avais pas entendu parler de cette compilation, j’écouterai ça

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