Gang Gang Dance: « Saint Dymphna »

Saint DymphnaEnfin, le nouveau Gang Gang Dance! Trois longues années se sont écoulées depuis la parution de l’exceptionnel God’s Money (à mon goût l’un des meilleurs albums de la décennie), durant lesquelles le groupe nous a distillé une poignée d’EPs caractérisés par une constante excellence (le meilleur restant le RAWWAR de l’an passé), mais aussi un grand nombre de nouveaux morceaux, géniaux, joués en concert – et notamment trouvables sur quelques bootlegs circulant sur Internet, sur lesquels je me suis jeté sans pitié.

Du coup, je ne m’attendais pas le moins du monde à être surpris par cet album, pensant déjà connaître la majorité des compositions, et supposant que le groupe new-yorkais ne toucherait plus jamais les sommets atteints sur God’s Money – même si la signature du groupe sur Warp pour la distribution de l’album en Europe était très prometteuse. Forcément, la première écoute m’a laissé tout étonné, car des morceaux joués en concert (en tout cas sur les bootlegs disponibles), seuls trois font surface ici (First Communion, Vacuum, House Jam).

L’album s’ouvre sur un chaos de sons entremêlés, superposés. On reconnaît le synthé de Brian DeGraw. La batterie se met lentement en place, et vous voilà plongé dans l’univers tribal auquel nous avait habitué le groupe. Les rythmiques sont percutantes, la mélodie aérienne, superbe. Le groupe vous fait progressivement rentrer dans son monde, mais rien ne vous prépare à ce qui va suivre. Car soudain, cette structure laisse place à un son quelque peu plus distordu. La voix familière de Liz se fait entendre, se répercutant d’un canal de la stéréo à l’autre. Tous les sons fusionnent. Et la batterie se lance dans un rythme dansant qui vous prend par surprise. Liz commence à chanter. La guitare démarre ce qui est le meilleur riff du groupe jusqu’à présent, le genre de riffs imparables que vous gardez dans la tête pendant deux jours et qui vous empêche d’écouter quoique ce soit d’autre (ce qui a, littéralement, été mon cas). First Communion, classique instantané, me fait déjà douter de mes certitudes. Un constat s’impose: si la voix de Liz a toujours été un des – nombreux – éléments qui font le charme de ce groupe, elle n’a jamais aussi sonné aussi bien! Ses incantations, qui virent ici vite à l’aigu, sont tout simplement irrésistibles. Les différentes intonations de sa voix viennent toujours à point nommé, à l’instant parfait. A la fin du morceau, la guitare vous attaque en piqué à coup de notes aériennes, tandis que le chant de Liz survole le tout, et il me parait difficile de rester de marbre à l’écoute de ce titre.

Et le mieux dans tout ça? C’est qu’après vous avoir proposé deux titres d’ouverture touchant à la perfection, le groupe ne connaîtra absolument aucune baisse d’intensité. Blue Nile et sa beatbox electro puissante nous laisse entendre pour la première fois la splendide voix du batteur (mais pas pour la dernière, si l’on en croit les récentes interviews du groupe) qui se marie parfaitement avec celle de Liz, pour un effet planant des plus réussis. Vacuum a une ambiance stellaire absolument incroyable, une mélodie magnifique. Princes, en collaboration avec le MC Tinchy Stryder, pourrait bien être le meilleur titre grime de l’année, avec un flow incomparable et une instrumentation psychédélique. Inners Pace nous évoque un improbable croisement entre Liquid Liquid (cette mélodie de simili-marimba…) et M.I.A. (les trompettes qui rappellent son XR2, la voix de Liz, ici trafiquée), tandis que le vaporeux Afoot laisse Liz déclamer un texte au-dessus d’une instrumentation atmosphérique et brumeuse. House Jam (single de l’album, qui avait tôt fait de m’inquiéter) touche presque à la dance avec ses synthés très 90’s, poursuivis sur Interlude (No Known Home), puis laissant la place à un Desert Storm en forme de montagne russe, se construisant et se déconstruisant en permanence. Enfin, Dust fait figure de point d’orgue parfait, comme pouvait l’être God’s Money IX, évoquant presque le spectre d’un certain collectif animal, terminant l’album comme il avait débuté, dans un calme relaxant.

Saint Dymphna n’a certes pas la cohérence de God’s Money, mais il présente un autre avantage: si ce dernier ne présentait aucun point faible, Saint Dymphna va plus loin: tous ses morceaux sont des points forts. Je suis incapable de vous citer un morceau préféré, car tous me semblent de qualité égale et indispensables. De plus, si les ambiances et les territoires musicaux abordés sont plus divers que par le passé (on passera ici du monde tribal habituel au grime, à la techno minimale – ou presque -, à la pop, etc), le groupe navigue toujours entre eux sans aucun complexe, enchaînant les morceaux les uns aux autres sans problème – l’enchaînement entre Blue Nile et Vacuum est d’ailleurs un modèle du genre. On se délecte toujours autant des improbables mélodies de synthé de Brian DeGraw, des rythmes tribaux de Tim Dewitt, des notes éparses de guitare de Josh Diamond (sa guitare n’a d’ailleurs jamais été aussi présente qu’ici), et bien sûr de la voix aigue de Liz Bougatsos, le tout sous une couche de percussions omniprésentes, mais tous ces éléments s’expriment ici sous des formes encore plus variées que par le passé.

On retrouve d’ailleurs dans le livret ce côté, puisque l’on retrouve les obsessions habituelles du groupe pour les gorilles, les collages ou les yeux vous fixant fermement (regardez la pochette de God’s Money, vous comprendrez ce que je veux dire), mais on y trouve aussi des photos du groupe, des images abstraites, les paroles mais aussi des mots griffonés sur un coin de feuille, etc. En somme, la conclusion qui s’impose après quelques écoutes attentives réfutent totalement toutes les pensées que j’avais avant d’écouter l’album: voilà que Gang Gang Dance parvient encore à se faire surprenant, et surtout à signer un album de la même qualité que God’s Money. Ce qui en fait, décidément, un groupe important.

Gang Gang Dance – Saint Dymphna (2008, The Social Registry / Warp)

  1. Bebey
  2. First Communion
  3. Blue Nile
  4. Vacuum
  5. Princes
  6. Inners Pace
  7. Afoot
  8. House Jam
  9. Interlude (No Known House)
  10. Desert Storm
  11. Dust

(note: cette liste de morceaux est à la fois la tracklist de l’album et la liste de mes morceaux préférés.)

Myspace: Gang Gang Dance

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~ par SyrFox sur 28 novembre 2008.

Une Réponse to “Gang Gang Dance: « Saint Dymphna »”

  1. […] 02. Gang Gang Dance – Saint Dymphna : J’avais du mal à penser que Gang Gang Dance puisse égaler son chef-d’œuvre God’s Money d’il y a trois ans. C’est pourtant chose faite avec ce Saint Dymphna, qui mélange allègrement une foule de genres, passant sans problème de l’un à l’autre, le tout avec une cohésion improbable: on a ici affaire à un album quasiment parfait de bout en bout, presque sans faiblesse. […]

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