Dizzee Rascal: « Showtime »

dizzee_rascal_album_cover_showtimeAvec un Mercury Prize en poche et 250 000 copies écoulées de son premier album (à à peine 18 ans!), devenu un classique du courant grime, Boy In Da Corner, la voie semblait toute traçée pour Dylan Mills, alias Dizzee Rascal: MTV, singles rentrant dans les charts anglais, grosse production sur les albums suivants, etc. Et en fait, c’est à peu près exactement ce qui s’est passé. Effectivement, Dizzee a ensuite enchaîné les disques à succès, avec un son bien plus puissant que sur son premier effort. Seulement ici, ce n’est absolument pas au détriment de la qualité de composition de l’Anglais: au contraire, cette production bien plus conséquente que sur son premier disque se met au service de ses morceaux. Car il faut bien l’avouer, si Boy In Da Corner proposait des compositions absolument imparables et était lyriquement impeccable, le son manquait cruellement de puissance – même si cela pouvait avoir son charme. Ici, dès les premiers morceaux, la force qui se dégage des beats presque electro est impressionante. La profondeur des basses en particulier est tout simplement hallucinante.

Mais comme je le soulignais plus haut, cela n’empêche pas les compositions à proprement parler d’être d’une efficacité terrible: les programmations et les sons utilisés (surtout ces nappes de synthés presque evanescentes, sur Knock Knock ou Flyin’ par exemple!) sont – comme d’habitude dans le grime – d’un éclectisme et d’une qualité à tomber (sur Hype Talk, on aurait pour peu l’impression d’être dans un disque d’electronica), le flow haché et l’accent anglais marqué du Raskit (c’est pratique les artistes qui ont plein d’alias pour éviter les répétitions!) sont toujours bien présents, ainsi que ses paroles qui alternent entre des textes d’un réalisme poignant (« Deep in the mind, there’s all kinds of different people, minorities still struggle to be equal, so many characters, four main types: the good, the bad, the ugly, and the evil. Deep in the manna where the poverty’s visible, there’s not a lot of sweet, so most look miserable« ) sur son quartier (Bow E3, dont vous entendrez le nom à peu près 64 fois dans 97% des albums de grime), sa ville (Londres), sa vie, etc, et d’autres d’une stupidité – mais toujours avec une certaine dose d’ironie – à toute épreuve (« Showtime main event you can’t beef me, Dizzee Rascal hotter than Nelly I can’t lose« ).

Certes, aucun titre ici n’atteint le Fix Up, Look Sharp de l’album précédent en termes de « morceaux qui vous donne envie de tout casser rien qu’à entendre le beat », mais Stand Up Tall ne se débrouille quand même pas mal de ce côté là (ce beat!). Surtout, Dylan laisse supposer l’ouverture d’esprit qui prédominera sur le successeur de Showtime, Maths + English (qui présente des titres purement rock, reggae, etc), en s’ouvrant plus clairement que par le passé à l’electro, mais aussi à une multitude d’autres influences, par exemple, le R’n’B (chacun ses goûts, mais personnellement, c’est loin d’être mon genre de prédilection – pour rester poli) sur le refrain de Get By, en parvenant à rester tout à fait correct, et même beau! Car justement, au milieu de ses titres les plus pop et les plus accessibles (Stand Up Tall, le délirant Dream et son ambiance de parc d’attraction, ou Girls – avec la voix vraiment étrange de Marga Man en soutien), Dizzee a eu la bonne idée de glisser des morceaux plus posés (Respect Me, Imagine, …) et parfois capables de vous tirer les frissons. A ce titre, Flyin’ est probablement le meilleur morceau signé par le Londonien, tous albums confondus: un beat qui sent bon le hip hop old-school, mais remis au goût du jour, des sons de synthés planants absolument géniaux, et un flow à tomber, on tient là une petite perle de hip-hop moderne.

Et plus généralement, c’est l’album entier qui peut être qualifié de ce titre, car on tient bien là un des meilleurs disques du genre de ces dernières années, en marge des aberrations dont nous abreuvent à pleins flots les médias à longueur d’année. Indispensable, quoi.

Dizzee Rascal – Showtime (2004, XL / Matador)

  1. Showtime
  2. Stand Up Tall
  3. Everywhere
  4. Graftin’
  5. Learn
  6. Hype Talk
  7. Face
  8. Respect Me
  9. Get By
  10. Knock Knock
  11. Dream
  12. Girls
  13. Imagine
  14. Flyin’
  15. Fickle

Myspace: Dizzee Rascal

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~ par SyrFox sur 19 novembre 2008.

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