Godspeed You! Black Emperor: « F#A#∞ »

F#A# infinityF#A#∞. Ou comment une dizaine de personnes peuvent créer l’un des albums les plus parfaits de tous les temps. Ou comment quelques notes peuvent suffire à vous bouleverser, à vous retourner. Ou comment en guise de premier album, un collectif vous livre une musique d’une puissance émotionnelle foudroyante. Lift Yr Skinny Fists Like Antennas To Heaven! et Yanqui U.X.O., les albums suivants des Québécois (avec tous les textes qui ont été écrits à leur sujet, dois-je vraiment refaire les présentations) sont eux aussi exceptionnels et sont d’une beauté incroyable, mais F#A#∞ leur est, à mon avis, infiniment supérieur.

« The car is on fire, and there’s no driver at the wheel
And the sewers are all muddied with a thousand lonely suicides
And a dark wind blows »

Car ici, Godspeed You! Black Emperor va bien plus loin: le groupe dépeint un univers. Un univers urbain délabré, apocalyptique, embrumé. Et tout se rejoint. De l’artwork (que ce soit la pochette ou les différents éléments du livret) aux différentes parties de spoken-word de l’album, qui décrivent une atmosphère de fin du monde. La profondeur de la voix grave qui introduit, sur fond d’infrabasse, le disque, vous fait brutalement entrer dans ce monde.

« The skyline was beautiful on fire
All twisted metal stretching upwards
Everything washed in a thin orange haze »

Des nappes ambientes terriblement oppressantes suggèrent cette ambiance que l’on suppose terrifiante. Les samples de chemin de fer ou de marché (un homme crie, sur fond de cornemuse et de divers bruits urbains), ou une vraie-fausse interview, où le journaliste demande à un individu s’il pense que la fin du monde arrive, parsemés ici ou là, ne rendent cette atmosphère que plus visuelle, voire réelle. Lorsque ces field-recordings laissent finalement la place à des instrumentaux, toute la tension accumulée est transcendée en beauté, en splendeur inouïe, incroyable. Et en désespoir. Qui ne se fait que plus retentissant lorsque le silence, assourdissant, succède à certains thèmes.

« – But do you think the end of the world is coming?
– No. so says the preacher man but… I don’t go by what he says. »

Mais derrière ce désespoir, il y a aussi, sous-jaçent, de l’espoir, omniprésent. Qui s’exprime au grand jour lorsqu’à quelques rares reprises, les longues montées, terrifiantes, qui jallonent le disque, cèdent leur place à des explosions d’une intensité remarquable (moins systématiques que dans le suite discographique du collectif). Des rayons de lumière semblent alors transparaître, pendant quelques fragiles moments, et percer ce brouillard dense qui surplombe ce monde chaotique.

« The government is corrupt
And we’re on so many drugs
With the radio on and the curtains drawn
We’re trapped in the belly of this horrible machine
And the machine is bleeding to death »

Mais on sent bien que cet espoir reste insuffisant, face à la dureté du monde auquel il est confronté. Qui laisse dès lors des impressions troubles. Ces impressions, ce sont exactement les mêmes que nous livrent l’album. Un flou nuageux entoure F#A#∞, jusqu’au calque que l’on trouve dans le livret. Au-delà de l’espoir et du désespoir, ce qui subsiste, c’est bien un sentiment trouble, indescriptible, mystérieux.

C’est précisément grâce à sa capacité à suggérer insinuer instantanément des images dans votre esprit que ce disque est aussi parfait. C’est un album jusqu’au-boutiste, formant réellement un tout, jusque dans les textes et la pochette. Un simple regard à cette dernière suffit d’ailleurs à pénétrer la sphère embrumée que constitue F#A#∞. Rarement un groupe ne sera parvenu à suggérer aussi totalement un autre monde. Rien que pour ça, cet album mérite le titre de chef-d’œuvre. Je lis souvent ici et là que ce disque pourrait être la bande-son idéale pour un film sur un univers de fin du monde ou de chaos urbain. En réalité, ce disque est la bande-son d’un tel documentaire. Le film? Il est dans votre âme.

Godspeed You! Black EmperorF#A#∞ (1998, Kranky/Constellation)

  1. The Dead Flag Blues
    • The Dead Flag Blues (Intro)
    • Slow Moving Trains
    • The Cowboy…
    • (;Outro)…
  2. East Hastings
    • « … Nothing’s Alrite In Our Life… » / Dead Flag Blues (Reprise)
    • The Sad Mafioso…
    • Drugs In Tokyo / Black Helicopter
  3. Providence
    • Divorce & Fever…
    • Dead Metheny..
    • Kicking Horse On Brokenhill
    • String Loop Manufactured During Downpour…

Note: Il s’agit ici de la version CD. La version vinyle, outre un packaging différent, diffère aussi par son tracklisting.

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~ par SyrFox sur 15 novembre 2008.

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