Sightings: « Through The Panama »

Through The Panama« Play ». Une nuée saturée, menaçante, vous englobe rapidement. Inquiet, vous ne vous doutez absolument pas de ce qui va arriver. Vous êtes soudain assailli par des attaques de distorsions chirurgicales, d’une puissance terrassante, incessantes. Oppressé, vous tentez de vous rattacher à cette ligne de basse qui groove, là-bas dans le fond, à cette voix qui prononce des paroles obscures, à cette batterie qui vient structurer le tout. Et vous vous laissez emporter par cet ouragan d’une noirceur inouie.

Voilà un peu comment on pourrait décrire le premier titre, A Rest, de Through The Panama, le dernier album en date de Sightings, groupe new-yorkais réputé pour ses concerts et ses albums d’une puissance incroyable. Mais ici, le trio marque une évolution significative dans sa carrière, en nous proposant à véritablement parler des compositions beaucoup plus structurées – même si le le Arrived In Gold de 2004 marquait déjà une avancée dans ce sens. Si la distorsion appliquée à la guitare est toujours aussi extrême (au point de se rapprocher finalement beaucoup plus d’un son de scie que d’une guitare), elle ne sert désormais plus uniquement à batir des murs de sons bruitistes: le dosage est ici beaucoup plus subtil. La section rythmique se met à groover sérieusement. La voix de Mark Morgan (rappellant certains moments de chez Liars) se dégage un peu plus, les paroles ne sont plus inintelligibles. Le groupe ne perd rien de sa puissance – au contraire, la production d’Andrew W.K. la décuple – mais gagne en tension. Les explosions, lorsqu’elles surviennent, en deviennent salvatrices, d’une intensité exceptionnelle. En somme, le groupe rajoute du rock à sa noise.

Le groupe parvient aussi à proposer des atmosphères variées: si les deux premiers morceaux jouent sur l’hypnose (le refrain de Debt Depths est un modèle du genre), on passera ensuite par des morceaux plus oppressants (Cloven Hoof), voire carrément furieux lorsque le chanteur se décide à hurler (This Most Real Of Hells, ou Through The Panama – où « cracher » serait d’ailleurs plus juste que hurler), mais aussi, étrangement, apaisants (Degraded Hours, où le groupe se permet même l’incorporation – réussie! – d’un piano!). Mais surtout, ce que le groupe nous offre ici, ce sont dix compositions réussies, avec surtout quelques véritables coups d’éclat: tout d’abord les introductifs et excellents A Rest et Debt Depths, à mon goût les meilleurs moments de l’album (avec une grosse préférence pour A Rest), mais aussi Perforated ou l’enragé This Most Real Of Hells (cette basse!), ou encore le final Black Peter, très no-wave, mais globalement on ne trouve pas ici de morceau raté, et chaque composition trouve sa place dans l’album, y compris les morceaux instrumentaux plus ambient. Enfin, croyez-moi ou pas, mais cette musique n’est pas particulièrement difficile d’accès. Bien sûr, on n’est pas près d’entendre Through The Panama à la radio, mais pour peu que l’on apprécie un tant soit peu le noise-rock, même les plus réticents au harsh noise pourront ici trouver leur compte. En fin de compte, un très bon album sur lequel on revient assez souvent – en tout cas, pour ma part.

Sightings – Through The Panama (2007, Load Records)

  1. A Rest
  2. Debt Depths
  3. Cloven Hoof
  4. The Electrician
  5. This Most Real Of Hells
  6. Perforated
  7. Certificate Of No Effect
  8. Through The Panama
  9. Degraded Hours
  10. Black Peter

Myspace: Sightings
MP3: Sightings – Perforated (sur le site du label)

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~ par SyrFox sur 14 novembre 2008.

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