Les concerts de la rentrée

Religious Knives + Talibam! + Peeesseye + Zun Zun Egui + Corridors + Gala Drop @ La Maroquinerie, Paris, 17/09/08

Première partie du Fiasco System Festival à l’affiche alléchante : Religious Knives, soit deux Double Leopards et un Mouthus, jouent ce soir là. J’ai adoré leurs albums, mais le petit nouveau, The Door, tape trop à mon goût dans un rock à papa où la prise de risque est absente. Mais c’est avec Gala Drop que ça commence ce soir, et je n’arrive qu’en fin de set pour vérifier que je n’ai rien raté de transcendant : un kraut electro de bon goût, plutôt classique, ça a sans doute été un bon moment.
C’est le tour de Corridors. On ricane un peu quand le mec s’installe devant son Macbook, un cookie à la main. Les cybermusiciens c’est pas trop mon truc, mais c’était malgré tout pas mal : du drone ambient classique, plein de nappes de sons qui nettoient les conduits auditifs, on pense très fort à The Soul of the Rainbow and the Harmony of Light des incroyables Growing, et puis bon, que dire ? Non, ça ne casse pas des briques non plus.
Arrivent Peeesseye, trois gars à l’air sympa : il y a le petit autiste accroupi dans ses cables qui fait des drones avec une sorte d’accordéon bizarre, un mec soupère stylé qui fait de la guitare slide recroquevillé sur sa chaise, et le troisième, mon préféré, qui imite très bien le mec qui imite le fou. Durant tout le set, il fera le prédicateur lovecraftien avec force borborygmes, ambiance théâtrale garantie. Puis il s’installe à la batterie et fait semblant de faire n’importe quoi, et vas y que je frotte mon archet partout, et vas y que je fais tomber mes ustensiles bruyants et tape partout. Ok je ricane mais c’était vraiment pas mal, intense dans les meilleurs moments qui évoquaient une sorte de croisement pas net entre Double Leopards et Sun City Girls, le talent pour l’impro en moins.
Je suis très fatigué et j’aimerai bien sortir prendre l’air, mais haaaan trop tard Zun Zun Egui est déjà là. Ils sont beaucoup, ont de bonnes têtes et jouent une musique qui est une sorte d’indie rock festif bordélique qui met de bonne humeur et agace parfois, et c’est tentant de dire, comme le mec de Nextclues, « j’aime pas le zouk ». Mais je rentre bien dans leur jeu, la musique est bonne et je suis pris par le truc, d’autant plus que deux zigotos viennent faire des danses absurdes devant la scène, pendant qu’un couple craignos me fait gentiment badder (vous les avez sûrement remarqué si vous étiez là vous aussi).
On approche gentiment de l’heure de fermeture du métro alors que Talibam et leur invité de luxe Rhys Chattam débarquent. J’avais eu de bons échos sur le groupe, et je m’attendais à un Lightning Bolt synthétique, soit une nouvelle absurdité musicale généreuse en énergie. Préjugé renforcé par le mec au synthé, qui nous sort plein de sons rigolos avant que le set ne commence vraiment. Puis ça commence, et immédiatement je suis déçu : en fait de rock mongolien, on a droit à une impro total bordélique de jazzeux égoïste. L’énergie démente déployée par le trio se dilue pathétiquement dans la complexité, et on s’ennuie ferme pendant cette petite heure de concert, et je peux vous assurer qu’une heure c’est long quand on la passe à écouter une musique qui ne veut rien dire. Voilà, les Talibam se sont sans doute bien amusés ce soir et moi beaucoup moins, tant pis hein.

Allez, les Couteaux Sacrés s’intallent enfin, ils sont quatre désormais puisqu’ils se sont offert un bassiste. Ils mettent du temps à commencer, et quand enfin résonnent les premières notes de Downstairs, je suis immédiatement calmé. Oui, le nouvel album de RK est gentiment raté, et ce n’est pas ce concert qui vient me rassurer. Ca enchaîne avec d’autres morceaux de The Door, et pendant que mes amis songent à rentrer j’angoisse en attendant la chanson qui viendra relever le niveau. Et elle arrive, c’est The Storm, pourtant morceau le plus faible de l’album qui se retrouve ici transcendé par une atmosphère orageuse (c’est le cas de le dire HIHIHI) très réussie, plus un pont improvisé en plein milieu qui me scotche doucement. Les RK continuent sur leur lancée, bien meilleurs que pendant leur première moitié de set, et finissent, hô bonheur, sur un The Sun qui ne vaut pas la version sur Resin mais me permet quand même de rentrer chez moi un peu rassuré sur la santé artistique de Mike, Maya et Nate.

Mouthus + Axolotl + Stellar OM Source @ Le Cleub, Paris, 09/10/08

C’est pas tout les jours que j’ai l’occasion de voir mon groupe noise fétiche en concert, et l’occasion tombait à pic puisque je venais de découvrir le génial Axolotl. C’est lui qui débute le set ce soir : Karl Bauer est seul à ses machines, jongle entre violon, synthé, pédales et batterie électronique pour une performance d’à peine un quart d’heure mais d’une perfection troublante. Sa musique est plus abordable que ce que j’en avais entendu jusqu’alors, plus mélodique et racée, et Bauer nous met une sacré claque ce soir là. Mouthus débarque juste après : Brian à la guitare et à la voix, Nate qui devra se contenter d’une batterie électronique ce soir. Les brooklynois commencent avec un long morceau franchement stressant puisque seules des basses gargouillantes sortent des amplis de Brian, tandis que Nate fait sortir de sa batterie des échos industriels, avec par dessus ça une voix rappelant ce chef d’oeuvre d’oppression qu’est le Hamburger Lady de Throbbing Gristle.
Pas aisé de raconter la suite tant la musique de Mouthus trouble ma perception temporelle, on dira que leur set aura oscillé entre violence rentrée et agression saturée, avec pour résultat une heure de bonheur bruyant remplie de craquements d’amplis, de grésillements de cables et de bourdonnements de cordes.
Je passe volontairement sur la performance de Stellar OM Source, de qualité mais vraiment pas dans mon trip. Allez, pour résumer : une fille seule au clavier assistée d’effets en tout genre, une bonne demie heure d’impro psyché qui me lasse bien trop vite, avec en bonus un faux fou caché au fond de la salle qui hurle dans un porte-voix en carton. Rigolo.

Gang Gang Dance @ La Flèche D’Or, Paris, 12/10/08

J’ai jamais été un adepte de GGD, groupe qui se vautre un peu trop dans le kitsch et les clichés exotiques à mon goût. Pourtant je viens au concert avec une ferveur peu commune, comme si je savais à l’avance que ce soir là, les Gang Gang Dance allaient déchirer grave. Je passe les groupes de premières partie qui ne cassent pas trois pattes à un canard et je rentre tout de suite dans le vif du sujet.
Alors, ce concert de GGD ? Epique, d’une intensité à couper le souffle, complexe et ultra impressionant. Le premier morceau est une longue montée de plus de dix minutes qui tournent autour de bribes électroniques qui parcourent toute la salle, soutenues par des percus de bon aloi. La première claque, c’est Egowar, qui profite du bourrinage hallucinant du batteur, impressionnant dans les breaks. Je connais pas les autres morceaux de GGD mais je peux vous assurer que ce qui a suivi pendant près d’une heure m’a littéralement scotché. Ces mecs maîtrisent à mort, c’est certain. L’apport électronique s’avère indispensable, et c’est vraiment impressionant d’entendre cette musique exploser de toutes part pour se reconstruire à l’envers. Vraiment très, très fort.

Jackie-O Motherfucker + Valet @ La Flèche D’Or, Paris, 21/10/08

Deuxième concert à la Flèche D’Or, j’arrive juste à temps pour assister aux trois dernières secondes du concert d’Inca Ore, histoire de m’en vouloir d’avoir raté un set qui visiblement était très bon. Je le regrette d’autant plus que Valet, dont j’avais beaucoup aimé l’album, se vautre sur scène pour une demie heure de soupe drone dans laquelle se dilue une jolie voix et des echos de guitare. C’est vraiment incolore et ennuyeux, dommage. On n’a pas trop à attendre pour Jackie-O, groupe dont je ne sais rien puisque je n’ai jamais osé m’attaquer à leur impressionnant corpus. Ils sont quatre ce soir : une batterie, un guitariste, un guitariste-chanteur et Valet au chant et aux effets. Jackie-O nous sert ce soit un folk blues de bon aloi qui va être progressivement déconstruit, reconstruit, soumis aux caprices des musiciens qui mènent leur musique aussi bien sur les sentiers du drone que de la noise, avec cet impressionnante montée de voix saturées à laquelle Inca Ore vient apporter sa contribution. On reste perché pendant trois quart d’heure, avant de redescendre dans le coton avec un morceau blues qui nous berce pendant les dernières minutes du concert. Vraiment très, très bien.

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~ par golden teeth sur 9 novembre 2008.

Une Réponse to “Les concerts de la rentrée”

  1. Bon c’est fait, je vous ai intégré à ma « proposition de parcours pour 15 minutes de lecture quotidienne » (qui deviendront bientôt 20 minutes si vous écrivez toujours autant.)
    Sylvain (pour le site collectif « On a Good Day »)

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