Mogwai: « The Hawk Is Howling »

Récapitulons. En 1997, Mogwai publie son premier album, Young Team. Nous sommes maintenant en 2008, et entre temps, cet album a eu le temps de générer toute une vague de groupes fortement influencés par le groupe, rangés sous un carcan post-rock dont Young Team est donc un des albums fondateurs. Un genre, donc, qui, il faut le dire, tourne plutôt en rond de nos jours: sans vouloir généraliser, la plupart des groupes qui y sont rattachés se contentent malheureusement de répéter des ficelles déjà utilisées un nombre infini de fois dans le passé (mélodie calme, montée, explosion, mélodie calme, montée, explosion, vous connaissez le credo); même si certains groupes comme Redjetson montre que de belles choses sont toujours possibles.

Et Mogwai donc, qui mine de rien poursuit son petit bonhomme de chemin. Le groupe s’est, lui, peu à peu éloigné de son son original, en intégrant peu à peu des influences plus electronica atmosphérique à la Boards of Canada (nottament sur le magnifique Happy Songs For Happy People), tout en restant Mogwai – c’est d’ailleurs la critique la plus récurrente au sujet du groupe: Mogwai fait du Mogwai. Nous sommes ici en présence du septième album du groupe (ça dépend comment vous les comptez, pour ma part je considère la B.O. du documentaire sur Zidane – oui, je sais – comme un véritable album), et le constat est immédiat: Mogwai fait toujours du Mogwai. Ajoutez à cela des premières écoutes où le temps parait plutôt long, et un artwork littéralement atroce, et vous comprendrez qu’aux premiers abords, toutes les conditions sont réunies pour un disque authentiquement décevant.

Et pourtant, on parle bien de Mogwai. Alors on réécoute, et la magie de The Hawk Is Howling se dévoile. Le flou se dissipe autour des morceaux, et révèle des compositions magnifiques, à la beauté incandescente. Outre le trompeur single Batcat (réminiscent de Glasgow Mega-Snake, sur Mr. Beast) et le génial I’m Jim Morrison, I’m Dead (à mon goût, l’un des meilleurs morceaux du groupe, toutes époques confondues), placés en ouverture, et accessibles dès la première écoute (c’est finalement le défaut de cet album: ses deux premiers morceaux tapent trop fort, l’un par l’énergie, l’autre par la qualité), on découvre ainsi huit autres compositions de qualité, extrêmement mélancoliques (The Hawk Is Howling est d’ailleurs probablement l’œuvre la plus mélancolique des écossais), et qui, si elles ne révolutionnent pas vraiment l’univers du quintet, n’en sont pas moins propices à vous donner des frissons. Le groupe nous propose en effet ici un bon paquet de mélodies absolument imparables, nottament sur I’m Jim Morrison, I’m Dead (réellement impressionant), donc, mais aussi celles de Danphe And The Brain, I Love You, I’m Going To Blow Up Your School (notez au passage que les titres sont toujours aussi réussis), ou encore un Kings Meadow qui montre que Mogwai sait toujours composer un titre superbe tournant simplement sur cinq ou six accords répétés durant cinq minutes.

Cela dit, dire que Mogwai ne propose pas ici la moindre once de changement serait également faux. Si l’on n’assiste pas à des bouleversements majeurs, on peut tout de même noter que le piano et les claviers se font ici encore plus présents et importants que sur Mr. Beast: un bon nombre de mélodies (Local Authority, Danphe And The Brain, Thank You Space Expert, …) sont complètement basées sur ces instruments – et c’est une grande réussite, car Mogwai les intègre véritablement à merveille dans sa musique -, sans compter le vraiment surprenant The Sun Smells Too Loud, placé en milieu d’album, qui se démarque des autres morceaux par un parti pris complètement electro, très synthétique, mais aussi par une basse touchant au drone et une batterie très tribale au milieu du morceau. Plus qu’intéressant. Remarquons également que le format « calme/tempête » est ici plus que jamais éclaté – à y réfléchir, on ne trouve d’ailleurs qu’une seule véritable explosion dans ce disque, dans le bien nommé I Love You, I’m Going To Blow Up Your School. On assiste tout de même à quelques crescendos comme Mogwai sait si bien les faire, mais ils sont ici employés d’une manière plus originale: quand ce n’est pas tout simplement le morceau entier qui est basé autour du crescendo (Scotland’s Shame, par exemple, est uniquement composé d’une montée tout en tension de six minutes avant de laisser place à un coda plus calme; de même, The Precipice est construit tout en montée, assez malsaine au départ puis tout simplement superbe), le groupe s’en sert pour introduire de nouvelles sections (comme dans I’m Jim Morrison… ou Danphe…), dans une atmosphère assez irréelle. La production très brumeuse (écoutez les motifs de guitare floutés dans la mélodie de Local Authority…) sert d’ailleurs à merveille cette ambiance irréelle tout au long de l’heure que dure cet album.

Ainsi, si en apparence Mogwai se contente ici de reproduire ce qu’il a déjà fait par le passé, le groupe nous propose en réalité, outre dix compositions sublimes, quelques éléments qui lui permettent tout de même de progresser, comme il l’a toujours fait. Si je comprends très bien que cet album puisse déçevoir (il ne faut pas se voiler la face, The Hawk Is Howling est tout de même loin d’être révolutionnaire) certains fans, je trouve personnellement cet album magnifique. A l’écart des autres, le groupe poursuit son chemin, et nous livre, mine de rien, un grand album de plus, dominant de loin toute concurrence dans le domaine. (Pour finir, notons que la version limitée de l’album inclut un DVD qui, outre le clip, de Batcat, nous propose un film documentaire d’une demie heure sur le groupe, dirigé par Vincent Moon, et qui se révèle très sympathique et joli, même s’il n’est pas indispensable – ça relève un peu le niveau des artworks du disque tout de même)

Mogwai – The Hawk Is Howling (2008, Wall Of Sound / PIAS)

  1. I’m Jim Morrison, I’m Dead
  2. Batcat
  3. Danphe And The Brain
  4. Local Authority
  5. The Sun Smells Too Loud
  6. Kings Meadow
  7. I Love You, I’m Going To Blow Up Your School
  8. Scotland’s Shame
  9. Thank You Space Expert
  10. The Precipice

Myspace: Mogwai (l’album y est actuellement en écoute)

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~ par SyrFox sur 18 octobre 2008.

2 Réponses to “Mogwai: « The Hawk Is Howling »”

  1. Sur le dépassement de l’alternance « calme-tempête » (dépassement qui me semble être la grande avancée de ce disque), je viens de poster une chronique qui me semble compléter la vôtre. Je mets le lien sous mon prénom. Au plaisir de nous lire mutuellement.

  2. […] 23. Mogwai – The Hawk Is Howling : Le retour controversé de l’un des pionniers du post-rock. Si cet album peut paraître fatiguant, et le groupe sembler stagner, ce Hawk Is Howling se révèle à mon avis être l’un des meilleurs disques de Mogwai, porté par une mélancolie omniprésente, tout au long de ses dix compositions. Ce disque est l’antithèse de son affreuse pochette: beau et soigné. _ […]

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