No Age: « Weirdo Rippers » / « Nouns »

Paru l’an passé chez Fat Cat, Weirdo Rippers est le premier témoignage long format des californiens de No Age, soit encore un groupe tournant régulièrement autour du club The Smell (Los Angeles). Il s’agit en fait plutôt d’une compilation d’EPs, puisque tous les morceaux sont en réalité déjà parus sur une série d’EPs sortis sur différents labels, en 2007 également. D’ailleurs, ce n’est pas non plus vraiment un long format, puisque le disque dépasse à peine les trente minutes. Un rapide coup d’œil à la longueur des morceaux nous signale que très peu de titres durent plus de trois minutes, on s’attend donc à un punk urgent et expéditif.

Le démarrage surprend pourtant… Every Artist Needs A Tragedy démarre en effet sur une plage ambiente de deux minutes puis, alors qu’on s’y attend le moins, le riff et la batterie attaquent, avant des explosions fulgurantes. Et en fait, on se rend vite compte que Weirdo Rippers, c’est précisément cela: un mélange pour le moins original de punk supersonique, d’ambient, voire de shoegaze, de noise, le tout à la sauce lo-fi. Des riffs distordus, des explosions foudroyantes, des attaques qui débarquent sans prévenir: on a rarement entendu ça, mais surtout, c’est diablement efficace et le duo guitare/batterie (avec un batteur chanteur, fait assez rare pour être signalé), échappé des défunts Wives (presque une légende urbaine), fait mouche sur l’ensemble de ces douze compositions. Certains morceaux sont d’ailleurs assez incroyables, comme un My Life’s Alright Without You à la construction parfaite mais surprenante, les tubes potentiels que sont Boy Void et Everybody’s Down (quelle explosion!), le beau Neck Escaper ou encore l’introduction Every Artist Needs A Tragedy. Les interludes planants, comme I Wanna Sleep, crescendo de trois minutes, ou Sun Stops, saturé à souhait, ne sont pas en reste.

Au-delà d’une simple compilation d’EPs, c’est bien une ambiance d’album qui se dégage de ce Weirdo Rippers: plus qu’une suite de titres, on a l’impression d’avoir affaire à une construction cohérente, dans une atmosphère globalement similaire tout au long de l’album (tant au niveau de la production crade que des compositions), malgré les multiples variations et explosions qui surgissent dans chaque morceau. On ne tombe jamais dans le bourrin malgré des riffs assez simplistes (Dead Plane, presque uniquement un accord par section) – à vrai dire, on ne leur demande pas vraiment d’être des fins techniciens. L’énergie qui se dégage des passages les plus agités est assez impressionante, tandis que le groupe sait calmer le jeu quand il le faut. Lorsque l’album se termine, à peu près comme il a commencé, c’est à dire dans des nappes de saturation, une envie urgente de presser la touche Play (ou le clic gauche de votre souris, pour être plus moderne) se fait sentir.

No Age – Weirdo Rippers (2007, Fat Cat)

  1. Every Artist Needs A Tragedy
  2. Boy Void
  3. I Wanna Sleep
  4. My Life’s Alright Without You
  5. Everybody’s Down
  6. Sun Spots
  7. Loosen This Job
  8. Neck Escaper
  9. Dead Plane
  10. Semi-Sorted
  11. Escarpment

Et moins d’un an après, Dean Spunt (le batteur / chanteur) et Randy Randall (le guitariste) remballent, chez Sub Pop cette fois-ci, avec ce Nouns. Et la première écoute est décevante, voire très décevante, pour les amateurs de Weirdo Rippers: où est passé le côté ambient lo-fi du groupe? Il semble totalement éclipsé au profit d’un punk beaucoup plus mélodique, presque pop, beaucoup mieux produit, et si le timing est presque identique (douze titres, trente minutes), l’impression que le groupe a perdu son originalité, qu’il s’est banalisé, se fait sentir.

A la première écoute seulement. Car au fil des écoutes, on se rend bien vite compte que ce Nouns, s’il est peut être moins original que son prédécesseur, n’en est pas moins composé de douze compositions exceptionnelles (bon d’accord dix, passons sur les deux morceaux plus atmosphériques). On se rend compte que les deux membres de No Age sont en fait de ces gens qui savent, en plaquant trois ou quatre accords, écrire une chanson fédératrice. Le genre de morceaux qui donne immédiatement envie de se lever de son siège, de sauter, et d’en parler partout autour de soi. Nouns est ainsi un album encore plus efficace, ce côté étant accentué par le fait que la majorité des morceaux sont joués au même rythme (à part quelques pistes où le groupe se fait plus calme, comme Things I Did When I Was Dead ou Errand Boy), effaçant les cassures de rythme omniprésentes – mais excellentes – par le passé. Lorsqu’explosion il y a, cette fois-ci, c’est toujours dans la continuité d’une structure précédente (par exemple sur Cappo), et si la surprise est moins présente, ces décollages paraissent du coup plus logiques.

Au-delà de leur potentiel à faire bouger les têtes, les compositions du groupe impressionent par leur qualité: si les riffs peuvent paraitre assez simples, c’est bien l’impression d’avoir affaire à de très bons songwriters qui prime ici. Et après une première partie d’album plus « classique » et plus propice aux singles (ce n’est pas un hasard si Eraser est le premier simple extrait de cet album), le groupe se permet une seconde moitié tout simplement époustouflante, ou comment démontrer tous ses talents en six titres redoutables, qui mériteraient tous leur propre chronique: Sleeper Hold, expéditif et imparable, Errand Boy dissonant à souhait, puis le superbe Here Should Be My Home à la construction impeccable, l’interlude planant Impossible Bouquet, présentant même des sonorités acoustiques, le grandiose Ripped Knees aux accélérations sublimes et au riff fulgurant, et en conclusion, Brain Burner et son bref solo improbable.

Sans nier la qualité des six premiers titres (Teen Creeps est même l’un des meilleurs moments de l’album), Nouns culmine réellement sur sa deuxième partie hallucinante: impossible de déterminer un meilleur morceau, tous semblent aussi bons – ou plutôt, tous semblent culminer au-dessus des autres (comprenez qu’à l’écoute d’un de ces morceaux, vous aurez l’impression que c’est de loin le meilleur – jusqu’à ce que vous passiez à un autre). C’est bien simple, on est ici en présence de grandes compositions, très grandes mêmes. Ajoutez à ça un packaging irréprochable, avec un livret de pas moins de 70 pages (à tel point qu’au premier regard, j’avoue m’être demandé où était le disque), entre photobiographie, images de tournées et autres monochromes, et vous comprendrez qu’on parle tout simplement ici de l’un des albums de l’année. Avec les félicitations du jury.

No Age – Nouns (2008, Sub Pop)

  1. Miner
  2. Eraser
  3. Teen Creeps
  4. Things I Did When I Was Dead
  5. Cappo
  6. Keechie
  7. Sleeper Hold
  8. Errand Boy
  9. Here Should Be My Home
  10. Impossible Bouquet
  11. Ripped Knees
  12. Brain Burner

Myspace: No Age

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~ par SyrFox sur 29 août 2008.

Une Réponse to “No Age: « Weirdo Rippers » / « Nouns »”

  1. […] 10. No Age – Nouns : Plus accessibles et moins bruitistes que par le passé, les punk rockeurs de No Age laissent ici la plupart du temps leur côté ambient au placard pour faire ressortir leur face la plus mélodique – et avec ça, leur potentiel. Si l’adaptation est difficile au début, le disque finit par dévoiler ses charmes, et au passage sa multitude de compositions géniales, en particulier cette exceptionnelle deuxième moitié d’album. […]

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