Abe Vigoda: « Skeleton »

La scène angeline (ou de L.A., si vous voulez faire classe) a décidément le vent en poupe: on ne compte plus les groupes affiliés au club The Smell, de HEALTH aux Silver Daggers, de No Age à The Mae Shi. Et Abe Vigoda, donc, qui signe déjà avec ce Skeleton son troisième album, mine de rien. Et dès le premier morceau, le changement se fait sentir: exit le ghost-punk sec et déjanté (il parait qu’on appelle ça du tropical punk) d’un Kid City, le quatuor laisse ici la place à des sonorités plus claires de guitare, en tintements aigus. Cela amène immédiatement une couleur beaucoup plus pop aux morceaux, une tonalité plus lumineuse.

Pour autant, le groupe n’a rien perdu de sa folie, toujours aussi communicative: les compositions, toujours en ruptures improbables, changeant de rythme à chaque instant, sont toujours aussi atypiques, alternant retenue et joie explosive. Le groupe se permet également quelques passages noisy bien sentis, par exemple sur Live-Long, placé à la moitié du disque. Les morceaux ne dépassent que très rarement les deux minutes trente, tout démarre au quart de tour, et les accalmies ne durent jamais très longtemps – tout est toujours joué dans l’urgence -, ce qui sied parfaitement au style du combo, et qui accompagne à merveille la voix du chanteur, loin d’être toujours très juste – mais cela fait partie de leur charme -, dans des intonations plus ou moins proches d’Arcade Fire ou Silver Mt Zion, en moins plaintif. Les guitares sont quelque peu dissonantes, mais toujours juste comme il faut – jamais dans l’excès qui ne conviendrait pas à ce genre de musique.

Du coup, le principal problème qui survient, surtout lors des premières écoutes, c’est qu’on a souvent l’impression d’entendre toujours le même morceau: à l’exception d’une plage de guitare distordue (Whatever Forever) et d’un interlude ambient (Visi Rings), tous les morceaux sont joués dans une tonalité un peu similaire, toujours avec ces arpèges brillants de guitare, cette batterie minimaliste sans jouer au simplisme (et finalement assez originale!), ce chant débraillé, ces structures déglinguées. Ce n’est pas vraiment gênant non plus, puisque le disque ne dure que trente minutes, mais quelques écoutes attentives se retrouvent du coup nécessaires pour démêler les mélodies barrées qui jalonnent cet album. Sans jamais tomber dans le médiocre, ce dernier présente tout de même quelques moments plus faibles (Hyacinth Grrls et Gates principalement), même si ces derniers contiennent suffisament de bonnes surprises pour rester sympathiques; mais également son lot d’excellents morceaux, comme un Lantern Lights tout en explosions et en rythmiques alambiquées, ce Cranes au riff franchement génial, le tourbillonant The Garden, et surtout le sommet de cet album, le fabuleux Endless Sleeper, qui débute avec sur une mélancolie perçante, palpable jusque dans le jeu du batteur, plus pesant que sur le reste du disque, avant de laisser la place à des montées bruitistes et, finalement, à un retour au ton enjoué de l’album – mais, globalement, presque tous les morceaux de ce Skeleton sont très bons.

C’est donc un très bon petit disque que nous signe Abe Vigoda: sans prétendre révolutionner la musique, sans prétendre être absolument génial, il se révèle tout de même vraiment bon et capable de faire passer de très bons moments – surtout, il possède un potentiel addictif assez important et on s’attache très vite à ces compositions -, et pourquoi pas de figurer au palmarès des meilleurs albums de l’année d’ici quelques mois? Pas vraiment le genre de disques que l’on écouterait pour accompagner des considérations et des errances spleenétiques, mais si toutes les pharmacies sont fermées et que vous ne pouvez pas trouver d’antidépresseurs, écoutez plutôt Skeleton, vous verrez, ça ira mieux.

Abe Vigoda – Skeleton (2008, Post Present Medium)

  1. Dead City / Waste Cilderness
  2. Bear Face
  3. Lantern Lights
  4. Whatever Forever
  5. Animal Ghosts
  6. Cranes
  7. Live-Long
  8. The Garden
  9. Hyacinth Grrls
  10. World Heart
  11. Gates
  12. Visi Rings
  13. Endless Sleeper
  14. Skeleton

Myspace: Abe Vigoda

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~ par SyrFox sur 25 août 2008.

Une Réponse to “Abe Vigoda: « Skeleton »”

  1. […] 16. Abe Vigoda – Skeleton : Issus de la scène de Los Angeles, Abe Vigoda ouvrent avec Skeleton leur “tropical punk” à un son plus pop et plus lumineux, mais toujours aussi barré: les splendides mélodies du groupe sont ainsi en permanence touchées par des changements de structures, par des explosions imprévues, ou par des dissonances. Rempli d’excellentes mélodies, ce Skeleton et ses nombreuses perles mérite toute votre attention. […]

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