Mount Eerie, « No Flashlight, songs of the fulfilled night »

Après quatre albums et plus de cinq années passées aux commandes de The Microphones, Phil Elverum saborde son navire et disparaît dans la nature. Avec Mount Eerie l’album, il avait atteint une sorte de point de non-retour : d’une ambition insensée, tentant de s’ériger en mythe et de condenser sur  près d’une heure de musique les obsessions esthétiques, philosophiques et mystiques d’Elverum, Mount Eerie signait la fin de la carrière des Microphones, un an à peine après le premier chef d’oeuvre, l’insurpassable The Glow, Pt. 2. Le temps de sortir un album live, Elverum achevait donc les Microphones et partait passer l’hiver dans une cabine isolée dans le nord scandinave. C’est là-bas, en plein désert, que naît sa nouvelle identité, soit Mount Eerie, projet solo cette fois ci, clairement distinct des Microphones mais inscrit dans la continuité de son oeuvre. Mount Eerie, c’est Elverum, désormais élevé au rang de mythe, lui qui s’identifie au Mt. Erie, la vraie montagne, celle qui dominait la maison de son enfance à Anacortes. Plus fasciné que jamais par la nature et l’esprit qui l’habite, Elverum, poète spinoziste et musicien possédé par le génie, donne naissance à ce No Flashlight, premier et unique véritable album sorti pour l’instant par Mount Eerie (d’autres disques sont sortis, mais il s’agit plus de compilations ou de formats courts, donc rien qui possède la cohérence d’un véritable album selon Elverum).

Dès les premières minutes de « I Know No One », la rupture avec les Microphones est consommée : Elverum opère dans des territoires bien plus incertains, et le minimalisme austère de ce premier morceau tranche nettement avec l’indie d’un It Was Hot, so we Stayed in the Water. Folk glacé à peine peuplé de quelques percussions, la musique de Mount Eerie est bien moins accessible que par le passé. Sur le titre suivant, « I Hold Nothing », on est même accueilli par un feedback drone pesant, qui couvre de son ombre la première moitié de la chanson. Si par la suite les mélodies font une entrée discrète, la musique reste sur le fil, bien plus aride qu’auparavant. Adieu les love songs et les torpilles indie punk qui guidaient l’auditeur à travers les cathédrales ambitieuses des albums des Microphones, chez Mount Eerie la pente est bien plus raide, l’oeuvre moins immédiatement sympathique. Seule balise à laquelle s’accrocher aux premières écoutes, Elverum et sa voix, la présence toujours aussi sympathique du bonhomme et ses chères manies qui donnent quand même l’impression d’être en terrain ami.

Les textes d’Elverum sont souvent sublimes. Les paroles de « 2 Mountains », « No Flashlight » ou « The Air in the Morning » ne sont que poésie pure, et Elverum ne s’est jamais approché aussi près du Mystère. Métaphysiques voire mystiques, les paroles de No Flashlight évoquent une Nature secrète, dissimulée à l’homme , « qui ne voit que des reflets », prête à se dévoiler à celui qui osera parcourir la montagne « with no flashlight and no friends ». La fascination romantique d’Elverum pour une nature divinisée, émanation de Dieu, reflet de l’esprit humain ou inconscient de l’artiste, définit fondamentalement l’album et la question de la vie au sein d’un univers écrasant par son immensité se pose à plusieurs reprises (« The Universe Is Shown »), en même temps qu’Elverum se confie et lie l’universel et le particulier sur « I Hold Nothing », « No Inside, No Out » ou « What ? ». Elverum est clairement hors du temps, et sa quête artistique et philosophique ne trouve de résonance que chez quelques rares artistes.

No Flashlight n’est donc pas un simple album se résumant à quelques belles chansons, c’est une véritable oeuvre, musicale, poétique et graphique (l’édition originale du LP contenait un gigantesque poster dépliant, couvert de notes et de dessins), un reflet fidèle de l’imaginaire de son auteur. Il ouvre donc parfaitement la discographie de Mount Eerie, en attendant un nouveau chef d’oeuvre.

Mount Eerie – No Flashlight, songs of the fulfilled night (PW Elverum & Sun, 2005)

  1. I Know No One
  2. I Hold Nothing
  3. The Moan
  4. In the Bat’s Mouth
  5. No Inside, No Out
  6. (2 Lakes)
  7. Stop Singing
  8. No Flashlight
  9. (2 Mountains)
  10. The Air in the Morning
  11. The Universe is shown
  12. What ?
  13. How ?
  14. No Flashlight
  15. (2 Moons)
Publicités

~ par golden teeth sur 19 août 2008.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :