Nervous Cabaret + HEALTH + Caribou + Birdy Nam Nam + No Age @ Les Nuits Secrètes, Aulnoye-Aymeries, 10/08/08

Les Nuits Secrètes, c’est un festival plutôt sympathique qui se tient tous les étés à Aulnoye-Aymeries, ville d’environ 10 000 âmes (les Aulnésiens, comme me l’apprend Wikipédia) située à environ une heure de Lille en voiture – pour la petite anecdote, c’est à ce festival que j’ai vu mes premiers concerts il y a deux ans, avec !!!, les Bellrays et Radio 4. Organisé par la ville, il peut sans aucun doute prétendre avoir une programmation très intéressante, riche à la fois en tête d’affiches et en groupes plus underground, dans des styles très différents, sur pas moins de trois scènes différentes (sans compter les Tractors, scènes attachées à des tracteurs – oui oui – et les Parcours Secrets, dont le concept est effectivement de prendre un bus pour aller voir un concert, sans connaitre l’artiste que l’on va voir – cette année, on pouvait tomber tout aussi bien sur Elysian Fields que Didier Super): ainsi cette année, le festival avait comme grosses têtes d’affiches Girls In Hawaii, Vitalic, Tiken Jah Fakoly, Camille, et monsieur Alain Bashung, mine de rien. Pour ma part, j’avoue avoir été surtout attiré par la dernière journée du festival, qui regroupait, outre HEALTH et No Age qui sont deux groupes que j’apprécie énormément, Nervous Cabaret, Caribou, Birdy Nam Nam (et de nombreux autres artistes bien entendu, mais ça, c’était le programme que je m’étais prévu).

J’arrive sur les lieux aux alentours de 19h20. Le temps de se ballader quelque peu dans la ville sous une pluie battante (qui s’estompera bien vite heureusement), à la recherche de la Maison du festival (il faut bien se procurer les places…) et de voir au passage passer Bob & Lisa des Bellrays, puis Curry And Coco, en concert sur des tracteurs, j’achète les places et c’est parti pour cette soirée. J’arrive tout juste à temps à 19:45 sur la première scène payante, Le Jardin, pour le concert de Nervous Cabaret, qui attaque son concert au moment précis où je m’installe.

Le quintet new-yorkais attaque directement avec le Gravity du premier album, et on sent d’emblée, dans ce morceau tout en crescendo et en accélération, l’énergie dégagée par le groupe. Cette énergie permet d’ailleurs au groupe de compenser les faiblesses qu’il a sur album – il faut le dire, même si c’est bien sympa, c’est un peu répétitif. C’est un joyeux foutoir sur scène, le chanteur / guitariste Elyas assure parfaitement, avec son chant typé et ses mélodies déglinguées, n’hésitant pas à lorgner vers la no-wave par plusieurs reprises, le batteur et le bassiste sont sur la droite de la scène, tandis que le centre est occupé par le trompettiste et le tromboniste/percussioniste/tape sur tout ce qu’il trouve sous la mainiste. Tout ce beau monde s’agite follement sur les compositions barocks (admirez le jeu de mots) du groupe et l’on passe vraiment un bon moment. Je découvre au passage les compositions du dernier album en date, Drop Drop, que je n’ai pas écouté, et je reconnais divers morceaux de l’éponyme, dont Mel Gibson et le moment fort du concert – et le meilleur morceau du premier album à mon avis -, Instant Lady, qui sera ici agrémenté de sections noisy du plus bel effet. Une très bonne introduction au festival donc, surtout que je n’attendais pas forcément grand chose de ce groupe, qui sur disque est sympathique sans être extraordinaire.

Il est 20:50 et me voici fin prêt pour ce qui s’annonçait comme la tuerie sonique du festival, HEALTH. Après avoir amené le matos sur scène et effectué les balances, le quatuor de Los Angeles, attaque son set avec un Girl Attorney furieux à souhait (vous savez, le morceau de 40 secondes là), enchainé à Zoothorns, puis finalement au fabuleux Crimewave. Les trois guitaristes sautent dans tous les sens, se jettent par terre, ça chante, ça crie, ça sature, ça larsenise à droite et à gauche, ça change d’instrument toutes les secondes, le batteur est impressionant de maitrise, et surtout ça joue sans aucun répit, le groupe enchainant les morceaux les uns après les autres à un rythme toujours effrené. Les sons bien abrasifs sont bien présents, et les ingénieurs du son font, comme pour toute la soirée, un travail admirable: la batterie en particulier est incroyablement claire. La quasi intégralité du premier album du groupe y passe (il faut dire qu’il ne fait que 28 minutes) – cela dit, même si je connais cet album sur le bout des doigts, impossible de me rappeler la setlist, tout passe tellement vite que l’on a aucun moyen de retenir ce qu’on vient de voir. Le groupe nous présente également deux ou trois nouvelles compos, parfaitement intégrées au set, qui me paraissent moins déstructurées (la batterie en particulier est très groovy), aux accents plus pop (le chant se fait plus entendre), tout en n’oubliant pas cette noise tribale qui fait le charme du groupe. Un concert furieux, haletant, et dépassant même mes attentes.

Je pensais rater le début du set de Caribou (qui devait débuter à 21:45 sur La Grande Scène – autrement dit la scène gratuite du festival), mais finalement c’est juste à temps que j’arrive en face du groupe de Daniel V. Snaith, qui va nous abreuver pendant une heure de sa pop aux accents psychédéliques (ce côté est renforcé par les vidéos hypnotiques – vous voyez la pochette de Pulse Demon de Merzbow? Imaginez la même chose, qui bouge, tourne et zoome pendant une heure et vous y êtes – diffusées en fond de scène). J’avoue que je ne connaissais le projet que via le concert au Pitchfork Festival dont j’avais regardé le broadcast en direct, et j’ai décidé d’y remédier dès aujourd’hui, tant ce concert fut magnifique. Des perles pop délicates servies par le chant délicat de Daniel, véritable homme à tout faire qui passe de la guitare à la batterie, du synthé à une sorte de xylophone sur le bord de la scène, du sampler à la flûte, le tout en n’oubliant pas de chanter. Les meilleurs moments du set sont ces envolées soniques à deux batteries, rappelant quelque part Tortoise mais toujours avec cette sensibilité pop. Je retiens en particulier l’éblouissant final de plus de dix minutes, alternant entre breaks et reprises du fil conducteur hypnotique. Le génial Melody Day fut un autre temps fort du set; le refrain de ce morceau est véritablement une merveille du genre. Un groupe que je vais m’empresser de découvrir plus en détail donc.

Il est alors 23h, ce qui laisse une heure pour manger et se procurer des places pour La Bonaventure, dernière scène du festival sur laquelle se produira No Age à 1h30, car même si j’ai énormément de respect pour Tiken Jah Fakoly, je dois avouer que le reggae, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé – j’apprendrai par la suite que le concert a eu 45 minutes de retard, et qu’il a donc commencé en même temps que celui de Birdy Nam Nam, donc je n’ai pas de regrets.

Minuit, Birdy Nam Nam et leur mur de DEL au Jardin, donc. Le public semble être le plus conséquent de la soirée, en tout cas, c’était le plus agité sans aucun doute, toute la foule semblant danser au son du groupe. Au sujet du son, précisément, je m’attendais à un genre d’abstract hip-hop instrumental au vu des vidéos que j’avais regardées et de ce qu’on m’annonçait, et… ce n’était pas vraiment ça, mais plutôt un genre de techno très puissante, aux beats implacables et aux lignes mélodiques acid distordues. C’est extrêmement efficace et, si je n’écouterais pas ça tous les jours, ça passe vraiment bien en live. Les murs massifs de DEL dont je parlais plus haut permettent d’ajouter un côté visuel à la prestation des quatre DJs français (qui produisent presque toute leur musique à partir de platines – il y avait également quelques MacBook sur scène). Le troisième DJ est un peu énervant à force de nous parler du public de Cannes la veille, mais en se focalisant sur la musique c’est du tout bon. Des breaks, des montées, et ça repart, il y a tout ce qu’il faut pour passer un bon moment. Je dois tout de même m’éclipser avant la fin du tout dernier morceau afin de me rendre à la Bonaventure pour voir le groupe que j’attendais le plus: No Age.

Le duo de Los Angeles, fraichement signé sur Sub Pop, arrive avec dix minutes de retard (peut être à cause du DJ set qui l’a précédé et m’a paru interminable) et après quelques préparatifs, attaque, après quelques minutes d’ambiance bien noisy assurée par le guitariste, avec le premier morceau de leur nouvel (et excellent) album Nouns, Miner. Si le début du set est déjà très bon, le groupe est un peu desservi par un son un peu déçevant, nottament au niveau de la voix beaucoup trop en retrait (il est d’ailleurs assez incompréhensible que le moins bon son de la soirée soit réservé à un duo jouant sur la seule scène en intérieur…), et par un public qui me semble-t’il était majoritairement venu pour les artistes techno/house qui les suivaient, Crookers et Brodinski. La déflagration attendue aura lieu sur le fantastique Every Artist Has A Tragedy qui ouvrait leur non moins excellent Weirdo Rippers, paru chez Fat Cat l’an dernier. Dès lors, le groupe ne relâchera plus la pression, et nous envoie ses tubes improbables – et mes morceaux préférés au passage – avec une puissance impressionante. My Life’s Alright Without You, Here Should Be My Home, Errand Boy, Teen Creeps, tout y passe et je reste subjugué par le talent du groupe. Sans compter que les membres sont vraiment sympas: le batteur/chanteur parle régulièrement au public – sans grande réponse de ce dernier ce soir malheureusement; durant une minute, il s’éclipsera pour aller chercher des photocopies d’une photo étrange en coulisse, avant de revenir les distribuer parmi l’audience – oui, j’ai fait mon hystérique et j’en ai pris un. Ils semblent prendre un plaisir fou à jouer leurs morceaux punk-2-minutes-chrono, et c’est franchement communicatif. Le guitariste viendra à un moment lâcher sa guitare sur la batterie, tandis que le batteur continuera à jouer – en tapant sur la guitare, donc. Après le décidément génial Everybody’s Down qui clôt le set, j’en suis convaincu: No Age est de loin l’un des meilleurs groupes de punk actuellement.

Il est 2h40 du matin et il est l’heure de retourner à Lille (les sets de Crookers et Brodinski ne m’intéressaient pas de toute façon, je doute qu’ils aient pu égaler Birdy Nam Nam dans le genre). Ces Nuits Secrètes ont donc tenu toutes leurs promesses, avec une programmation exemplaire, des excellents concerts, un son vraiment au-dessus de toute attente.

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~ par SyrFox sur 11 août 2008.

3 Réponses to “Nervous Cabaret + HEALTH + Caribou + Birdy Nam Nam + No Age @ Les Nuits Secrètes, Aulnoye-Aymeries, 10/08/08”

  1. ceux qui ont raté nervous cabaret on pourra les revoir le 28 aout à bruxelles au onze festival: http://onzefestival.be/index.php/28-08

  2. […] dont l’album tourne encore très régulièrement chez moi, et dont je me rappelle toujours la prestation l’été dernier aux Nuits Secrètes, mais aussi Pivot, auteurs en 2008 du furieusement addictif O Soundtrack My Heart, sorti chez Warp, […]

  3. […] tromboniste que je reconnais immédiatement, puisque je l’avais déjà vu jouer avec Nervous Cabaret l’an dernier aux Nuits Secrètes. D’emblée, la machine se met en marche, et je réalise que l’étiquette de […]

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