Eric Copeland: « Hermaphrodite »

Echappé de Black Dice pour ce premier album solo, Eric Copeland nous présente avec cet Hermaphrodite, paru chez l’excellent label Paw Tracks l’an passé, ce qui est sans conteste l’un des disques les plus intrigants (qui s’écrit bel et bien sans U, comme vous pouvez le découvrir ici :D) de ces dernières années.

Bien sûr, on retrouve ici cet assemblage sans fin de couches sonores auquel Black Dice nous a habitué: la plupart des morceaux comporte une multitude de strates, additionnées et superposées. Cependant, ces couches sont bien moins saturées que ce que l’on pourra trouver chez Black Dice: plutôt que de jouer en permanence la carte de la distortion, Hermaphrodite fait plutôt la part belle aux fields recordings, à des samples enregistrés on ne sait où. On a donc affaire à un disque très déstructuré et qui peut paraitre très déconstruit: il y a rarement une vraie rythmique, ou même un quelconque repère mélodique permettant de se raccrocher à une idée ou une autre, ce qui en fait un disque extrêmement difficile d’accès, et impossible à classer (pas vraiment noise, pas vraiment electro, pas vraiment tribal, pas vraiment…) ; des écoutes répétées sont ainsi nécessaires à l’assimiler correctement.

Mais une fois compris, Hermaphrodite se révèle être un fantastique voyage sonore: on est propulsés dans des demi-douzaines d’univers différents (parfois en même temps: si l’on tentait d’analyser La Booly Boo, on pourrait y trouver une rythmique tribale, une mélodie de fête foraine, de voix d’aliens, de la saturation au début du morceau, et encore probablement des montagnes d’autres éléments que seules des écoutes très attentives permettront de déceler; mais il est impossible ici de décrire tout ce qu’il se passe, car il faudrait presque un paragraphe complet pour chaque seconde d’un morceau), et si on se retrouve parfois en terrain connu (comme sur un Green Burrito, kaléidoscope miroitant d’écho qui semble tout droit sorti du Person Pitch de Panda Bear, ou sur l’introduction de Tree Aliens qui ramène aux expérimentations electro abstraites d’Autechre sur Confield par exemple), c’est la plupart du temps au beau milieu de l’inconnu qu’Eric Copeland nous transporte. On a l’impression d’assister à des transes incantatoires (Spaceland, au chant assez lo-fi), ce qui est renforcé par ces samples tournant en boucle durant des morceaux complet, jusqu’au vertige.

Si ces constructions sonores laisseront probablement la majorité des gens de marbre, d’autres (comme moi) y verront un véritable intérêt, dans le travail sur la texture sonore, mais surtout (et heureusement) dans les sensations qu’il provoque en permanence: entre étonnement et fascination, on est aussi touché par la beauté mystérieuse des virevoltants (et splendides) Oreo et FKD, par les notes fragiles de Dinca (peu à peu remplacées par un crescendo de sortes de cris comprimés, puis transformés et floutés), et par des dizaines d’autres éléments façonnant ces patchworks sonores, qui dévoilent lentement leurs secrets, leurs sons les plus enfouis, les plus cachés. Un album très difficile à appréhender donc, mais les écoutes multiples en valent la peine, car Hermaphrodite est une surprise permanente.

Eric Copeland – Hermaphrodite (2007, Paw Tracks)

  1. Hermaphrodite
  2. La Booly Boo
  3. Oreo
  4. Green Burrito
  5. Wash Up
  6. Spacehead
  7. Tree Aliens
  8. Scumpipe
  9. Dinca
  10. Mouthhole
  11. FKD
  12. Scraps

Myspace de fans d’Eric Copeland

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~ par SyrFox sur 29 juillet 2008.

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