Animal Collective + Atlas Sound @ Le Grand Mix, Tourcoing, 25/05/08

Ce concert, je l’ai attendu avec impatience. Animal Collective, l’un de mes groupes préférés, qui passe juste à côté de chez moi, avec en première partie Atlas Sound, side-project du leader des excellents Deerhunter, il y avait de quoi, il faut l’avouer. Depuis le début de la tournée d’Animal Collective, j’ai suivi avec attention toutes les setlists de leurs concerts pour appréhender les morceaux joués (j’ai même été jusqu’à me réveiller à cinq heures du matin pour voir leur concert retransmis en direct de Coachella sur Internet, pour la petite histoire) – tout en sachant très bien que quoiqu’il arrive j’allait être surpris; et tant mieux, car il n’y a aucun intérêt à voir un concert que l’on connait déjà par cœur; c’est Animal Collective après tout.

Le grand soir arrive et c’est avec une certaine agitation que j’entre – accompagné de deux amis et d’un frère, ça aide pour le côté convivial, il faut le dire – dans Le Grand Mix (qui se démarque une nouvelle fois par sa programmation exceptionnelle…)… Le matériel est déjà installé sur scène, le jeu de lumières particulier du groupe inclus (des sortes de néons placés en fond de scène). Après trente minutes d’attente (durant lesquelles on aura vu Avey Tare passer dans la salle), Bradford Cox, leader, et seul membre d’Atlas Sound sur cette tournée (sur la tournée américaine, il était accompagné d’un backing-band composé de membres de divers groupes de Kranky), entre sur scène, et surprend probablement la grande partie du public, puisqu’il s’assit par terre, plié en deux, et jouera tout son set de cette manière. Autant dire que c’est typiquement le genre de projets pour lesquels on peut se poser la question de l’intérêt d’une reproduction live: comment ont ressenti le concert toutes les personnes du fond de la salle ou tout simplement qui ne voyaient pas? Une question à laquelle je ne répondrais pas, puisque j’étais moi-même très bien placé (quatrième rang, en plein milieu, et personne de grand devant moi), et ai donc pu profiter du set dans les meilleures conditions. Cox nous abreuve donc pendant trente courtes minutes et six morceaux, parmi lesquels j’ai reconnu Cold As Ice (complètement retravaillé) et Recent Bedroom issus de l’album, de parties de guitare très shoegaze, de vocaux éthérés, et de programmations électroniques de qualité… Les morceaux sont pour la plupart enchainés, ce qui accentue le côté expérimental du set. J’ai l’impression qu’une grande partie du public est restée très sceptique (ou tout du moins très calme – il faut dire que ce n’est pas le genre de musique sur laquelle on attend un pogo, certes), mais pour ma part j’ai fortement apprécié cette pop/electro noisy et psychédélique. Les deux derniers morceaux en particulier se révèlent assez hypnotiques, et le dernier contient une excellente rythmique electronica: c’est donc prometteur pour la suite du projet…

Le set s’achève donc et laisse place à l’attente du collectif animal. Avey Tare, Panda Bear et Geologist (qui est ce soir pieds nus) vont et viennent, procèdent à quelques tests, puis se mettent finalement en place, dans la même configuration scénique que sur les concerts depuis un an: Geologist à gauche manipule divers samplers, tables de mixages, Panda Bear en fait de même à droite mais alterne avec son kit de batterie réduit, tandis qu’Avey Tare, au centre, dispose de son micro, de claviers, de quelques percussions, de guitares… Le set s’ouvre sur des vagues ambientes qui laissent vite la place au magnifique Dancer, qui a subi quelques transformations au niveau des paroles depuis l’an dernier. La transe commence lorsqu’après les quelques déclamations d’Avey, l’explosion psychédélique du morceau, accompagnée par des jeux de lumière du plus bel effet, nous transperce le cœur par sa beauté. Le groupe enchaine ensuite des morceaux à fort potentiel énergisant: Who Could Win A Rabbit? tout d’abord (l’introduction rythmique en particulier est exceptionnelle), puis, après une courte plage ambiente, le désormais classique Peacebone, qui a un effet jouissif dès son introduction acide. Panda Bear prend pour la première fois possession du kit de batterie, tandis qu’Avey se démène au niveau de la partie chant. Lors de la partie criée (« Yatta! Yatta! Yatta! »), les enceintes semblent dégager des vagues d’énergie tant on devient réceptif à cette musique. Pour calmer le jeu, le groupe a alors le bon goût de nous jouer le magnifique House (aux harmonies vocales retravaillées), avant d’enchaîner avec Bearhug, probable futur single du groupe: si la version de l’an dernier pouvait laisser un gout d’inachevé au niveau des paroles (mais c’est réellement pour chercher le détail), l’édition 2008 du morceau est tout simplement imparable. Avec sa rythmique techno accompagnée d’une mélodie simple mais imparable, et une partie vocale à nouveau irréprochable, ce morceau est probablement le prochain Peacebone du groupe…

Après Bearhug arrive l’un des moments forts du set. Une rythmique tribale apporte une tension insoutenable qui laisse après un temps sa place au fantastique Song For Ariel. Et là, l’expression « transe chamanique » prend réellement tout son sens. Après la partie folk, c’est une véritable séance d’hypnose qu’organise le groupe, en étirant sur des minutes entières des fragments de voix, des sonorités exotiques, et toujours cette rythmique, cette rythmique entêtante qui reste scotchée dans votre crâne pour des jours après le concert, le tout subissant un traitement à l’écho: c’est tout simplement incroyablement captivant.

A ma grande surprise, le groupe n’enchaine pas avec son tout nouveau morceau, Lion In A Coma, joué sur presque toutes les dates (le morceau ne sera pas joué ce soir là; Grass, ressorti en version electro cette année, n’a pas non plus été entendu), et nous offre à la place la première pause du set. Avey prend alors pour la première fois sa guitare, et les premières notes du féérique Chocolate Girl, issu du premier album du collectif et réapparu cette année, se font alors entendre. Contrastant avec les accents hautement psychédéliques et acides des derniers morceaux, cette chanson pop/folk, ponctuée par les cris d’Avey durant le refrain, tombe vraiment au bon moment. Elle est logiquement enchainée avec Comfy In Nautica, extraite du génial Person Pitch de Panda Bear et contenant ici d’impressionantes déflagrations de basse.

Animal Collective nous livre alors un autre temps fort du concert, le genre d’instants qui vous met les larmes aux yeux: l’inattendu Grace, assez rare ces derniers temps. Ce morceau, qui était, même si je l’appréciais, l’un de ceux que je considérais comme les plus faibles parmi les dernières créations du groupe, s’est révélé en concert être probablement mon morceau préféré. La première section nous achève par sa splendeur, alors que la seconde partie, beaucoup plus lumineuse (les néons contribuent à installer cette ambiance), nous enchante, avec ces flutes de pan, cette rythmique déstructurée dont les basses résonnent dans tout votre corps. A peine sorti de ce voyage que le groupe nous fait à nouveau décoller, cette fois pendant plus de quinze minutes, avec le cocktail Fireworks / Essplode, habituel dans les setlists des deux dernières années. Le groupe y a apporté des modifications pour 2008, et c’est avec surprise que le morceau s’ouvre sur des rythmes très sombres, alors qu’Avey semble chanter dans une langue extraterrestre, d’une voix étrange (je pensais premièrement qu’il la filtrait par une pédale d’effet, mais ce n’était pas le cas), rappellant presque Sigur Ros! Autre nouveauté, un jam de guitare électrique très prenant est ajouté avant le retour à Fireworks, accompagné par des lumières épileptiques, et se révélant être le meilleur moment du morceau, nous envoyant droit à des attitudes stratosphériques. Le groupe achève son set avec l’excellent Brother Sport, qui est déjà considéré comme un classique du groupe alors qu’elle n’est pas encore sortie en album! Elle tient ce soir toutes ses promesses: la montée est géniale, l’explosion, foudroyante, alors que le groupe nous fait finalement redescendre avec l’incantation finale.

La scène est alors fortement brumeuse, installant une ambiance mystérieuse, alors que de nombreux hurlements se font entendre dans le public pour demander un rappel. Bien entendu, nos trois chamans reviennent bien vite sur scène, et entament un autre morceau imprévisible: le magnifique Nomorerunnin’, rare ces derniers temps, mais toujours aussi magnifique. Il n’a subi presque aucun changement par rapport à l’an dernier, mais il semble déjà tellement parfait que ce n’est vraiment pas un mal… Le groupe nous quitte alors sur le définitivement génial Leaf House, tribal à souhait. Malgré les cris soutenus du public, le groupe ne revient pas sur scène et les lumières finissent par se rallumer.

Je ne suis surement pas très objectif, mais j’ai réellement l’impression d’avoir assisté à un grand concert ce 25 Mai… Une setlist idéale (bien sur, on peut débattre sur le fait que Grass ou We Tigers, entre autres chefs-d’œuvres du groupe, mais on a tout de même eu la chance d’entendre les géniaux Grace, Dancer, Song For Ariel), une interprétation parfaite, un son sans faille (allez, pour pinailler, les voix auront peut être été un tantinet brouillonnes sur le début du set, mais ce n’était vraiment pas grand chose). Le genre de concerts dont on a envie de parler à tout le monde, dont on a envie de dire « j’y étais », « j’ai vu Animal Collective en 2008 » – c’est peut-être naïf, mais c’est comme ça. Animal Collective confirme sa place au panthéon des groupes actuels avec une prestation live incomparable, une véritable expérience dont on ne ressort pas indemne, tour à tour splendide ou jouissive, calme ou énervée, psychédélique ou planante… Près d’une semaine après le concert, les incantations d’Avey Tare et Panda Bear se répètent toujours en écho dans mes oreilles, et les souvenirs ne sont pas dissipés – et ne dissiperont probablement pas de sitôt.

Setlist d’Atlas Sound:

  1. ?
  2. Cold As Ice
  3. Recent Bedroom
  4. ?
  5. ?
  6. ?

Setlist d’Animal Collective:

  1. Dancer
  2. Who Could Win A Rabbit?
  3. Peacebone
  4. House
  5. Bearhug
  6. Song For Ariel
  7. Chocolate Girl
  8. Comfy In Nautica
  9. Grace
  10. Fireworks / Essplode
  11. Brother Sport
  12. Nomorerunnin’
  13. Leaf House
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~ par SyrFox sur 31 mai 2008.

3 Réponses to “Animal Collective + Atlas Sound @ Le Grand Mix, Tourcoing, 25/05/08”

  1. T’es un taré ! tu gère :)
    je vais lire ça quand j’aurais le temps

  2. Je te découvre, comme tu sais. Style superbe. Compte rendu réjouissant.

  3. j’ai rarement le courage de lire tes gros dossier mon ptit fox, mais t’as une ame de journaliste musical. tes gouts ultra space font toute ta personnalité change pas et continnue a voir les concerts d’animal collective (ils passeront un jour du coté de bordeaux?

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