Dragons of Zynth + K-Branding @ Le Grand Mix (Tourcoing), 02/03/08

J’ai découvert les new-yorkais de Dragons Of Zynth en 2006, en lisant une interview de David Sitek de TV on the Radio qui leur faisait une très bonne publicité. Leur musique, mélange de punk, soul, shoegaze, hip hop, post-rock, noise, etc, m’a tout de suite accroché. La sortie de leur premier album Coronation Thieves fin 2007 avait confirmé mon opinion concernant ce groupe novateur, la plupart des morceaux de ce disque étant absolument détonnants, surprenants et intéressants. J’étais donc tout excité lorsque j’ai appris que, pour l’une de leur deux premières dates françaises, le groupe allait jouer au Grand Mix de Tourcoing (excellente salle, au passage). Je n’ai pas été déçu.

En première partie déjà, les belges de K-Branding se sont révélés absolument géniaux et méritent à eux tous seuls une mention plus qu’admirable. Durant les 30 courtes minutes de leur set et devant une quinzaine de personnes maximum, le trio (un guitariste, un batteur, un saxophoniste/claviériste/vocaliste/percussioniste) nous balance une sorte de harsh-math-jazz-core-noise-nowave de qualité, fascinant et oppressant du début à la fin. Pour introduire le concert, le batteur fait crisser sa cymbale en la frottant avec sa baguette, puis le groupe nous envoie une déflagration sonique monstrueuse en pleine tête. La guitare, torturée et trafiquée par les pédales d’effets, est complètement hallucinante, le saxophone, lui aussi bidouillé par les différents effets, et dans lequel le saxophoniste n’hésite pas à hurler, sonne comme une sirène d’alarme qui surplombe le chaos contrôlé créé par la guitare et une batterie impressionante de maitrise. Le groupe enchaine ses différents plans de façon inattendue, pourtant on rentre vraiment dans ce magma sonore délivré par le groupe. Le saxophoniste change régulièrement d’instrument en plein morceau, utilisant à de rares occasions un micro, plus souvent un synthétiseur, une tom basse et une cymbale supplémentaire, et même une cowbell durant une section! Le troisième morceau du set en particulier retiendra mon attention, le groupe parvenant, plus encore que sur les autres morceaux, à témoigner d’une alternance parfaite entre passages de tension retenue mais palpable, et explosions de furie relâchée. Commençant par une section chantée de façon lancinante par le batteur, le groupe, après un développement parfait, introduit une partie drone monstrueuse, dans laquelle le batteur s’empare d’une petite flûte pour rendre l’ambiance encore plus inquiétante. Toute la tension retenue finit par exploser, et le saxophoniste prend à la fin ses baguettes pour jouer sur sa tom basse, donnant un côté tribal au morceau. Le dernier morceau du set lui aussi se révélera parfait: commençant sur une section stressante guitare/synthé (incroyablement oppressant une fois de plus)/voix triturée, il finit de même par exploser et se terminera dans un chaos tribal incroyable. On est subjugué par ce groupe qui, même s’il rappelle bien sûr les premiers Sonic Youth, James Chance ou les Liars par exemple, arrive à être inventif et intéressant à la fois. Dommage que le set ait été si court, car on aurait bien redemandé un peu plus de ce magma sonore.

Après cette expérience incroyable, faire mieux semblait très difficile pour la tête d’affiche, Dragons Of Zynth, donc. Et pourtant, même si les deux groupes ne jouent pas du tout dans le même registre, les dragons se révéleront tout aussi bons que leurs prédécesseurs. Devant trente personnes maximum, le groupe va nous livrer un set une nouvelle fois très court, mais intense: accompagnés d’une nouvelle bassiste, les deux frontmen et le batteur vont nous livrer trois quarts d’heure de musique de très grande classe. Même si la reprise (des Ramones, me semble-t’il) en ouverture, puis le son assez brouillon (on ne distinguait pas très bien les voix) sur l’ultra-distordu Anna Mae pouvait laisser sceptique, le reste du concert nous emmènera en revanche très loin. Dès le troisième morceau, Get Off, le son se fait bien meilleur, le chant se distingue beaucoup mieux et l’on peut pleinement apprécier les explosions du refrain. Le groupe enchaine avec une nouvelle composition (ou une composition qui n’est pas apparue sur l’album), très syncopée, mais c’est lorsqu’après ce nouveau morceau, le riff acide de Breaker se fait entendre que le concert va vraiment décoller. L’explosion du début du morceau est foudroyante. La basse vous assène un riff punk vindicatif d’entrée, puis le groupe y alterne ses passages d’énergie punk et ceux d’accalmie (toute relative) soul – superbement bien chantés! – où le mélange des voix peut rappeller TV on the Radio, mais pour mieux repartir ensuite! Cette ambiance est confirmée lorsque l’on entend la mélodie de synthé introductive de Take It To Ride qui explosera une nouvelle fois de façon fulgurante, et le charisme des deux chanteurs s’y fait réellement sentir. Aku, tournoyant, dansant, se balançant dans tous les sens, attire tous les regards. Le groupe poursuit avec son « tube », War Lover, qui se révèle très distordu en live – et agrémenté d’une partie supplémentaire qui n’est pas sur la version album -, et encore une fois excellent, le chant étant vraiment d’une justesse à toute épreuve. Le concert atteindra son sommet lorsque, War Lover terminé, l’introduction de Who Rize Above fait son apparition. Après cette intro tendue, le groupe entame le morceau le plus intense de son set sur le cri d’Aku qui sera en transe et complètement déchainé tout du long du morceau, allant d’un bout à l’autre de la scène, haranguant le public, puis sautant dans la fosse, me prenant par l’épaule et chantant devant moi pendant quinze secondes! Lorsqu’il saute de son ampli, tourne sur lui-même ou entame des pas de danse, une évidence s’impose: les Dragons of Zynth ont la classe, la grande classe même. Le groupe annoncera malheureusement à la fin du morceau que le prochain sera le dernier: il s’agira de ce qui est probablement le meilleur morceau de Coronation Thieves, l’incroyable Rockin Star: après une longue partie soul très calme et posée, le morceau implose sans prévenir dans une explosion post-rock distordue magnifique, qui aurait pu durer plus longtemps mais qui était déjà parfaite ainsi. Le groupe, visiblement satisfait du public même s’il était très clairsemé, quitte alors la scène après 45 minutes, et malgré les applaudissements et cris répétés du public qui espère un rappel, les lumières se rallument et les enceintes jouent à nouveau une sélection musicale (King Eternal de TV on the Radio, justement).

Malgré sa courte durée donc, cette soirée aura été absolument géniale, tant en première partie qu’en tête d’affiche: deux groupes géniaux, inventifs, novateurs, excellents visuellement parlant (par le charisme des chanteurs pour Dragons of Zynth, par le mouvement sur scène pour K-Branding). Il n’y avait peut être que trente personnes maximum, mais je suis sur que ces trente personnes ont été conquises par ces deux groupes. Bravo.

Setlist Dragons of Zynth:

  • ??? (cover des Ramones ?)
  • Anna Mae
  • Get Off
  • ???
  • Breaker
  • Take It To Ride
  • War Lover
  • Who Rize Above
  • Rockin Star
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~ par SyrFox sur 3 mars 2008.

2 Réponses to “Dragons of Zynth + K-Branding @ Le Grand Mix (Tourcoing), 02/03/08”

  1. […] y a au moins autant de monde qui attend devant la salle qu’il y avait de monde pour le concert de Dragons of Zynth et K-Branding il y a deux semaines. C’est normal, car ce soit c’est Hot Chip en tête […]

  2. c’est bud, le programmateur du grand mix…heureusement que ya des mecs comme toi pour faire un review aussi enthousiaste qui permet de figer ces concerts qui marquent comme celui de DOZ….merci aux 30 personnes…et continuez de prêcher la bonne parole! a+ bud

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