Animal Collective, 2007

Depuis sa formation, Animal Collective n’a jamais été un groupe comme les autres – différent par définition, pourrait-on dire. Et ceci, à tous les niveaux. Ainsi, lorsqu’en 2006, tout le monde se prépare à des concerts centrés sur leur dernier album en date, Feels, le groupe dévoile au contraire tout une panoplie de nouvelles compositions qui constitueront leur album suivant, le fantastique Strawberry Jam (Peacebone, Cuckoo Cuckoo, Chores, For Reverend Green, la géniale face B Safer…). De même, en 2007, alors que tout le monde s’attend légitimement à entendre des compositions du Strawberry Jam à venir, le groupe, qui se présente sous la forme d’un trio, puisque Deakin a pris une pause d’un an, joue plus d’une dizaine de compositions qui devraient, si tout va bien, sortir en album à la fin de cette année 2008. Une tournée est sur le point de commencer (elle s’arrêtera d’ailleurs à plusieurs reprises en France), on peut parier qu’elle dévoilera à nouveau son lot de surprises – d’autant que Deakin devrait normalement être de retour.

Mais revenons plutôt sur les morceaux joués l’an dernier, qui sont précisément le sujet de ce texte… En effet, ces nouvelles compositions, qui s’orientent globalement dans une tonalité beaucoup plus électronique (ce qui n’est pas étonnant, puisque sans Deakin, les concerts du groupe l’an dernier ne comprenaient presque que des instruments électroniques, à l’exception d’une batterie et, de temps en temps, d’une guitare) et planante que précédemment. D’une manière générale, je pense pouvoir dire que ces morceaux se rapprochent beaucoup plus de la période Feels que de la période Strawberry Jam, puisqu’on y retrouve donc ce côté planant, mais aussi un travail intéressant sur les harmonies vocales, Panda Bear chantant désormais beaucoup plus. Tous ces morceaux sont vraiment excellents, et l’on peut déjà dire qu’Animal Collective a de quoi signer à nouveau un grand album avec des compositions de cette qualité.

Quelques notes plus détaillées sur les chansons elles-mêmes:

Dancer: centré autour d’une mélodie de synthé hypnotique, c’est certainement l’un des titres les plus « classiques » parmi ces nouvelles compos. Il n’en reste cependant pas moins excellent, la splendide ligne de chant y étant pour quelque chose. Très calme globalement (même si une percussion discrète vient instaurer une certaine tension) et superbe au passage, en particulier lorsqu’un synthé plus psychédélique vient s’ajouter à partir du moment où Avey chante  » He said sometimes I guess I have to miss my wife. ».

Grace: construite en deux parties (elle est d’ailleurs généralement séparée en deux pistes sur les enregistrements de concerts), cette chanson est très étonnante. Elle débute de façon très ambiante, autour d’une sonorité irréelle et d’un chant contemplatif, puis un riff de flûte de pan fait son apparition de façon totalement imprévue, et le morceau prend une autre couleur, beaucoup plus rythmée, avec un chant qui s’envole soudainement. Très surprenant donc, et encore une fois très réussi.

Brother Sport: parmi ces morceaux, un de mes préférés. C’est surement le plus rythmé de tous, il commence directement avec un rythme electro assez rapide, sur lequel viennent peu à peu se superposer des couches de sons cristalins. Peu à peu la mélodie se met en place, et finalement une double partie chant assurée à la fois par Avey Tare et Panda Bear, assez semblable dans le style à celle de Chores par exemple, dans le genre tribal. Cette première partie s’achève dans un déluge de cris hystériques de la part d’Avey Tare, pour laisser la place à une seconde section, plus posée bien que toujours plus tendue que la plupart de ces autres morceaux, dans la mesure où une mélodie de synthé plus marquée y fait son apparition. Le chant est toujours double, les deux chanteurs assurant d’ailleurs un tour de passe-passe assez remarquable (pendant que l’un chante une partie aigue, le second chante une partie plus grave, puis les deux intervertissent à chaque phrase).

Daily Routine: autre morceau très posé, qui tourne autour d’une mélodie très proche de celle du très expérimental #1. Après une courte introduction, Panda Bear vient placer sa voix en alternance avec cette mélodie, surplombant un accompagnement ambient splendide. Absolument magnifique, Daily Routine est également l’un des meilleurs morceaux de ces sets…

Nomorerunnin’: ce morceau calme et lancinant rappelle par sa forme le splendide Safer (face B du single Peacebone). Très intimiste, il est basé sur une mélodie de piano simple mais belle, et du chant très lyrique cette fois-ci d’Avey Tare. Il est accompagné à partir du premier refrain (uniquement composé de la phrase No More Runnin’) par Panda Bear, qui fait des harmonies vocales ou reprend ses phrases comme un écho. Calme et splendide.

Bearhug: comme Brother Sport, l’une des chansons plus rythmées de ces compositions. Un peu dans le même style que Peacebone, il est construit sur une mélodie hypnotique de synthé, et un chant calme dans les couplets et beaucoup plus enlevé pendant les refrains (« I want to walk around with you! »). Au bout d’un moment cependant, le morceau prend une tournure inatendue, le chant se faisant tribal (comme dans Brother Sport), ce qui donne lieu ensuite à une interruption, puis finalement à un nouveau couplet chanté de façon plus aigue et intense.

House: certainement le morceau le plus épique et progressif de toutes ces nouvelles compositions. Il commence très calmement, des éléments s’additionnant petit à petit. La voix se met en place progressivement également, puis au bout d’un temps, des percussions de plus intenses apparaissent. Le chant finit par varier et laisser place à une section à nouveau plus calme, laissant entendre clairement le duo magnifique Avey Tare / Panda Bear, décidément plus présent dans ces compositions qu’auparavant.

The Dreamer: le chant se fait à nouveau la part belle sur ce morceau, puisqu’il est presque uniquement accompagné d’un rythme de batterie constant et rapide, ainsi que d’une partie ambiante très discrète. On peut donc dire que tout repose sur la voix d’Avey Tare, le morceau évoluant au gré de ses différentes intonations, plus retenues ou relachées selon les passages. Ce morceau se rapproche vraiment, un peu comme We Tigers même si les deux morceaux n’ont rien à voir entre eux, d’une cérémonie tribale, en particulier à cause de la rythmique hypnotique qui constitue l’arrière-plan sonore.

Song For Ariel: assez différent des autres morceaux, Song For Ariel est constitué d’une mélodie presque folk répétitive, d’un rythme syncopé et haletant très marqué, et encore une fois d’un travail impressionant sur la voix. Le tout est très déstructuré puisque entrecoupé de silences durant toute la première partie du morceau. Lorsque ces silences s’achèvent, le morceau prend en revanche une allure de transe, tout semblant soudain s’y répéter en écho, et le tout devenant de plus en plus irréel au fur et à mesure que de nouveaux sons toujours plus incroyables viennent se superposer, dans une sorte de crescendo frénétique. Le morceau finit par retomber sur ses pattes en retrouvant la partie déstructurée du départ, avant de finalement repartir dans une transe expérimentale. L’ensemble est complètement fascinant.

Taste: ce morceau semble être le prolongement logique de Song For Ariel. Il débute sur des sonorités similaires à celles de ce dernier morceau qui se métamorphosent vite en une mélodie rappelant celle de Dancer With Flowers In Her Hair, sans réelle introduction puisque la voix apparait anormalement tôt. Tout au long de la chanson, très minimaliste une fois de plus, un son indescriptible montant en fréquence vient ponctuer les paroles des deux chanteurs, ce qui donne à Taste une connotation vraiment expérimentale – largement confirmée dans la version enregistrée récemment pour les Concerts à Emporter!

Je pense avoir fait le tour de ces nouvelles compositions… Il faut noter également que le groupe jouait également l’an passé des versions réactualisées d’anciens morceaux, comme un We Tigers au tempo très accéléré, un Leaf House dont la mélodie a été radicalement modifiée, un Peacebone à la rythmique plus déstructurée, un Fireworks mixé avec Essplode ou encore un Who Could Win A Rabbit complètement remanié.
Ces nouveaux morceaux laissent donc vraiment supposer le meilleur concernant l’album à venir, et on peut déjà parier qu’Animal Collective se fera à nouveau une place de choix parmi les disques de 2008… A suivre de près!

De nombreux lives de 2007 sont en écoute sur Archive.org

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~ par SyrFox sur 1 mars 2008.

2 Réponses to “Animal Collective, 2007”

  1. Genial, merci de cet état des lieux des nouvelles chansons d’Animal Collective
    en ce moment je suis totalement sous le charme de dancer…

  2. […] titres et des éléments de certains morceaux ont été modifiés depuis cet article ; afin de pouvoir vous y retrouver dans les nombreux bootlegs des deux dernières années, voilà un […]

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