Vibracathedral Orchestra: « Dabbling With Gravity And Who You Are »

Vibracathedral Orchestra

Dans le genre « musique barrée », le collectif anglais Vibracathedral Orchestra va loin, très loin. Et bien sûr, comme tous les groupes de leur type (No Neck Blues Band, Sunburned Hand Of The Man), leur line-up est à géométrie plus que variable et surtout, leur discographie est aussi dense qu’un morceau des Fiery Furnaces. A défaut de pouvoir passer en revue les dizaines de sorties du groupe depuis la fin des années 1990, attardons-nous simplement sur l’un d’entre eux, Dabbling With Gravity And Who You Are, publié chez VHF en 2002

Dabbling With Gravity And Who You Are

On ne peut pas dire que Vibracathedral Orchestra nous fasse beaucoup attendre: dès la première seconde (littéralement, il n’y a pas une seconde de pause au début de ce disque) le groupe nous envoie, sans introduction aucune, un tourbillon bruitiste incroyablement dense, construit de dizaines de sonorités indéfinissables, et de percussions multiples en fond sonore qui installent une tension qui ne faiblit pas, puisque cette tornade ne subit presque aucune variation durant les 4 minutes d’Hypnotism In Yr Hips. Des sonorités de plus en plus psychédéliques viennent se faire leur place dans ce mur du son, créant une sensation de vertige terrible. Alors que la fin du morceau arrive on se dit que l’on va pouvoir reprendre son souffle que le groupe s’est fait une joie de nous couper avec ce raz-de-marée bruitiste. En fait c’est loin d’être le cas puisque l’on passe au deuxième morceau sans pause aucune, l’atmosphère change progressivement mais le groupe persiste à s’appliquer à créer un chaos sans précédent, la rythmique varie progressivement. La fin du deuxième morceau nous laisse enfin respirer avec deux minutes plus ambientes, avant de repartir sur d’autres atmosphères, moins bruitistes mais encore plus expérimentales et psychédéliques. Des guitares acoustiques venues de nulle part viennent s’intégrer à la structure répétitive mise en place par le groupe, des sons inédits s’ajoutent peu à peu à ce torrent de bruit.

Tout au long de ce disque, Vibracathedral Orchestra jouera ainsi avec nos nerfs et nos sens en construisant un mur du son ininterrompu, avant de le déconstruire… pour mieux le relancer par la suite. Tous les morceaux sont enchainés, ce qui confirme l’impression que Vibracathedral Orchestra ne connait pas le silence, mais surtout d’avoir affaire à une gigantesque construction sonore, un monument sonique qui s’effondrerait et se rebâtirait en l’espace de quelques instants. Les morceaux démarrent et s’arrêtent sans prévenir et devraient plus être considérés, comme chez Godspeed You! Black Emperor par exemple, comme un mouvement d’une seule et même composition que comme des pistes séparées. Un morceau correspond ici à une variation de l’atmosphère, parfois très faible et sensible (comme entre les deux premières pistes), parfois plus radicale :le passage de Bombay Stores Disco qui nous emmène en Inde avec ses flûtes surprenantes au drone ambient de Fingernail R’n’B par exemple se fait sans aucune transition. Pareillement, à la fin de ce morceau, « The Body Is The Arrow, The Arms Form The Bow » détruit sans répit l’atmosphère dissonante que le groupe avait batie pendant 3 minutes, en nous attaquant à grands coups de batterie martiale. Au contraire d’autres groupes drone qui construisent des paysages soniques, Vibracathedral Orchestra construit donc un univers beaucoup plus bruitiste et tourbillonant, et au final beaucoup plus urbain. Cette musique rebutera probablement la grande majorité des auditeurs qui lui jeteront une oreille, même si elle est au final très loin d’être dénuée d’intérêt, à la fois par l’inventivité folle des musiciens (tout instrument ou objet semble possible et utilisable pour batir ces ouragans, par la recherche sonore impliquée (la variété des sonorités force le respect) et par les atmosphères créées. En cela, la pièce centrale du disque, The Body Is The Arrow, The Arms Form The Bow, est probablement la plus belle réussite du groupe: durant 14 minutes, le groupe nous attaque par de multiples vagues lancinantes, ces montées s’accompagnant de guitares montant dans les aigus avant de redescendre. Le nombre de sons utilisés dans ce morceau est purement hallucinant, en faisant attention vous y entendrez aussi bien ces guitares acides que des sons plus acoustiques, et la diversité des atmosphères diffusées est impressionante, on passe ainsi d’ambiances industrielles opressantes à des parties plus tribales, ou d’autres plus ambientes.

Ce disque n’est donc certainement pas à mettre entre toutes les oreilles, car le risque d’y perdre sa raison ou ses tympans y est présent à chaque instant – même si des morceaux comme Mutual Amnesia Sugar s’avèrent finalement peu bruitistes et presque entièrement acoustiques, se composant uniquement de guitares, de flutes et de percussions… Toutefois, pour peu que vous soyez amateur de musiques expérimentales, bruitistes ou simplement dérangées, cet album – et ce groupe – valent vraiment le détour. Pour ma part, je considère ce Dabbling With Gravity And Who You Are comme un excellent album, intéressant, novateur et impressionant.

Vibracathedral Orchestra – Dabbling With Gravity And Who You Are (VHF, 2002)

  1. Hypnotism In Yr Hips
  2. Let Steam Rule And Luck Lose
  3. He Play All Day Long
  4. Bombay Stores Disco
  5. Fingernail R’N’B
  6. The Body Is The Arrow, The Arms Form The Bow
  7. Mutual Amnesia Sugar
  8. Hall 7 Broke My Heart: True As God
  9. This Is Where No-One Worked Out
  10. Mystical Coughing
  11. Go’ng Out Intending To Dig
Publicités

~ par SyrFox sur 13 février 2008.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :