Mule: “If I Don’t Six”

•9 juillet 2009 • Laisser un commentaire

Petit historique avant d’embrayer sur la chronique proprement dite: Mule est un trio composé de deux ex-Laughing Hyenas (James Kimball, qui a aussi tapé dans Jesus Lizard, à la batterie et Munro à la basse), et P.W. Long à la guitare, qui n’est autre que le frère de Brannon, au micro chez les Laughing Hyenas. Relations incestueuses et courte existence, de 1992 à 1994, laissant deux albums et un EP au compteur, plus l’habituel poignée de singles et de splits. Mule était originaire du Michigan, plus particulièrement de Detroit.
Et pourtant, ce trio m’a toujours évoqué une autre partie de l’Amérique. Celle, aride, des petites villes isolés au fin fond du trou du cul de ce pays, où le temps passe lentement, où les journées se répètent à l’infini, et où l’ennui se fait aussi profond et lourd que l’écrasante chaleur qui y règne. Ce genre d’ennui qu’on ne trompe qu’en buvant à longueur de journée, histoire que le temps passe plus vite, ou en essayant de tirer la copine du voisin, parcqu’on a que ça à faire. Atmosphère transmise par les mots de P.W. Long, toujours ancrés sur le même thème (cul, alcool, mort), et fabuleusement mis en musique par le groupe. C’est la six-cordes de Long qui attaque la première, après la quinzaine de secondes d’orgasme féminin qui ouvre l’album (le tien ne va pas tarder, t’inquiètes pas), et qui prend aux tripes tout au long de cet album, à coups d’accords tordus, agressifs, ferrailleux et brûlants. Une musique qui vient puiser ses racines dans celle traditionnelle américaine (blues, country et folk), mais terni de crasse par le trio, ambiance de cul terreux, celui-ci n’hésite pas à charcuter à coup de dissonances bien placées pour trouer le tien. Et, même avec ça, Mule reste pétri d’une classe folle, d’une élégance sublime, avec ses riffs de carrure massive et délétère et son groove tranquille; encore plus quand le combo daigne se calmer (”A Hundred Years“) avec la voix pincé et éraillé du sieur Long. Bref, ”If I Don’t Six” est un gros classique de la noise des années 90, et sonne encore de la mort aujourd’hui. Tout frais, unique, ce genre de groupe à forte personnalité comme il en pullulait à cette époque devenu malheureusement bien trop rare. Ouais, ça pue le cliché, mais pour conclure cet article, épreuve qui relève parfois de la torture mentale, j’ai pas trouvé mieux… 

Mule – If I Don’t Six (1994, Touch And Go)

  1. Hayride
  2. X & 29
  3. The Beauteous
  4. Nowere’s Back
  5. Obion
  6. A Hundred Years
  7. Spearfish
  8. Piano
  9. Pent

Mule

Lightning Bolt: “Hypermagic Mountain”

•3 juillet 2009 • Laisser un commentaire

Ce groupe est une erreur, une boursouflure. Une mutation qui aurait mal tourné, qui réecrirait inlassablement le même morceau, même riffs supersoniques, même patterns de batterie épileptiques, tout ça répété jusqu’à l’infini. Deux Brian, Gibson à la quatre-cordes (dont une de guitare), Chippendale à la batterie, et toujours le même schéma: mélodies à air comprimé; lignes de basse célestes, stellaires, envoûtantes et massives comme une planète, d’une puissance à peine soutenable. Le tout mis sur orbite par l’autre Brian, derrière ses fûts, martelant ceux-ci avec une vigueur thermonucléaire stupéfiante, ne semblant jamais pouvoir s’arrêter, ou même ralentir quelques secondes, ne serait-ce que pour taper quelque chose de compréhensible sur sa batterie merdique (ride, caisse claire tâchée de sang, tom medium, tom basse et des troncs d’arbres pour baguettes). Non. Aucun compromis. Ce bougre trace tout droit, vitesse maximal, comme si sa vie en dépendait, que son cœur s’arrêterait de battre s’il ne faisait que tempérer sa folie polyrythmique. Fascinant, branché sur pile atomique durant toute la longueur d’”Hypermagic Mountain“, il trouve même le temps de placer quelques vocalises enfantines, incantations vaudou (”Megaghost“, le calme avant la tempête) au travers de son célèbre masque de catcheur qui lui permet de maintenir son micro à portée de lèvres. Mélangez ces deux Brian, et vous obtenez Lightning Bolt. Désaxé, de la musique qui pousse la tension sonore dans ces derniers retranchements, n’attendant pas que ça casse, mais jouissant juste de l’intensité que cela peut procurer: “Magic Mountain“, point culminant, simplement incroyable, électrisant, extatique, quatre notes qui t’envoient dans l’hyperespace, en transe, pendant les trente dernières secondes. Cinquante minutes sauvages, primitives, de bruit, de fureur, de rythmes incompréhensibles, de vocalise frissonnantes, de riffs turbo-virils et on en ressort frais comme un gardon. “Hypermagic Mountain” est le quatrième album des frères Brian, et, à part, évidemment, te conseiller d’aller le choper aussi vite que possible, je te demanderai juste avant d’aller vérifier les quelques vidéos live du duo qui traînent sur la toile, pour te filer une idée de ce que peut donner l’attaque de psycho-spermatozoïdes assaillant un ovule épileptique.

Lightning Bolt – Hypermagic Mountain (2005, Load Records)

  1. 2 Morro Morro Land
  2. Captain Caveman
  3. Birdy
  4. Riffwraith
  5. Megaghost
  6. Magic Mountain
  7. Dead Cowboy
  8. Bizarro Zarro Land
  9. Mohawkwindmill
  10. Bizarro Bike
  11. Infinity Farm
  12. No Rest For The Obsessed

Lightning Bolt

Wolves In The Throne Room + Enablers + Snowman + Microfilm + Team Ghost @ Nouveau Casino (Paris, 20/06/09)

•1 juillet 2009 • Laisser un commentaire

Dedans le sauvage

Ce soir, première soirée Dedans le Sauvage. Un principe mis en avant, celui de l’éclectisme, et on peut dire qu’à cette tâche, ces bougres n’ont pas failli, réunissant pas moins de cinq groupes proposant tour à tour shoegaze, post-rock, post-punk, noise et black-metal.
 
“Bonsoir, on s’appelle Burzum”: voilà comment Team Ghost, premier groupe à s’élancer sur la scène du Nouveau Casino, se présente. Trio guitare/basse/batterie tout récemment formé, avec en son sein un ex-M83, ces parisiens ont l’air d’être encore en phase de rodage. Grosses couches rêveuses de guitares avec blips électro mélancoliques en sus pour un shoegaze venant se caser entre My Bloody Valentine et Boards Of Canada, mais sans malheureusement atteindre l’intensité des deux groupes sus-cités. Car le groupe donne presque l’impression de trop hésiter sur scène, trop hésiter à réellement balancer la sauce et lâcher les décibels quand il le faut. Et même si ce détail n’empêche nullement d’apprécier la teneur du set du combo, il aurait certainement pû le faire décoller plus haut que ce que Team Ghost a présenté ce soir. Sympa, donc, sans plus.  

Nico / Team Ghost  par Philippe ABDOU / Photographe.

C’est Microfilm, groupe de Poitiers, qui prend la relève. Groupe qui vient de sortir son second long format, le fabuleux “Stereodrama”, et composé de quatre illustres membres (deux guitares, une basse, un batteur) de la scène française (ex-Seven Hate et Myra Lee). Et autant le dire tout de suite, je m’attendais pas à une telle claque. La musique de Microfilm te transportes littéralement, post-rock, mais pas au sens éculé où on l’entendrait aujourd’hui, car ces types n’ont pas oublié que dans “post-rock”, il y avait “rock”, et le quatuor ne s’est pas gêné pour le démontrer.

Microfilm par Philippe ABDOU / Photographe.

Toujours sous tension, sur le fil, d’une intensité constante, leur musique s’impose en jouant sur les ambiances et les structures, maîtrisées et finement ciselées, incroyablement captivantes, que ce soit lors d’explosions ou de moments d’attentes, mais toujours empruntes de mélodies délicatement taillées qui vont droit au cœur. Des vidéos sont projetés au fond, derrière les musiciens, accompagnées de samples de dialogues de films, mais le tout devient presque inutile tant la musique du combo se suffit à elle-même. Concert de grande classe, et Microfilm peut se targuer d’avoir remplacé sans problème From Monument To Masses qui était initialement prévu ce soir.

Snowman a déja commencé lorsque je sors de l’exigu fumoir qui accueillait ma pause goudron. Quatre types qui débarquent du fin fond de l’Australie (d’un bled nommé Perth) mais qui se sont récemment installés à Londres, et auteur d’un excellent second album: “The Horse, The Rat and The Swan”. On s’en tape, ils sont déja à fond dedans, surtout le gnome à lunettes derrière son synthé, complètement en transe, gigotant, hurlant, transpirant sur son clavier, tabassant avec vigueur le tom basse à sa disposition, sautant dans la fosse pour haranguer le public; celui-ci assure l’attraction visuelle du show.

Snowman par Philippe ABDOU / Photographe.

Son comparse guitariste n’est pas en reste, chantonnant, marmonnant entre les morceaux genre “j’ai un grain et j’ai envie que tout le monde le sache” en n’oubliant pas ses gestes étranges et désarticulés pendant les titres, alors que bassiste et batteur restent en retrait. Et la musique dans tout ça? Bonne, très bonne même, Snowman arrive à retranscrire toute la folie et la tension chargé dans son dernier opus, tribal, agressif, surtout avec la voix du mec à la six-cordes, hargneuse, proche de celle d’un John Lydon. Le groupe nuance ses ambiances, faites de montagnes russes, tendant vers le gothique mais sans jamais dans l’excès vaseux que ce genre peut sous-entendre. Très bon set des australiens, même si leurs attitudes sur scène pouvaient parfois être à la limite de la pose, la qualité de leur musique aura compensé.

On passe au gros morceau de la soirée: Enablers. Encore une fois, le groupe retrace une tournée en Europe, encore une fois, celle-ci passe par la France et franchement, je vais pas m’en plaindre. La dernière fois, c’était à la Mécanique Ondulatoire, petit bar qui convenait parfaitement au combo. Aujourd’hui, Nouveau Casino, vrai scène, de la place pour tout le monde, et je me demandais si cela n’allait pas affecter la représentation du quatuor, plus propice à jouer dans un bar miteux et enfumé que dans une salle de concert à proprement parler. “Santé”: traditionnel petit verre d’alcool fort avant de commencer, et Enablers se met en place. Goldring et Thompson aux extrémités, leur six-cordes à la main, Scharin, ex-batteur de June Of 44 , qui remplace Byrnes aux fûts et Pete Simonelli à l’avant, prêt à hypnotiser la foule. Ça commençe avec un morceau du dernier album, le superbe “Toundra”, et non, la magie et la puissance d’un groupe comme Enablers ne souffrent absolument pas d’une disposition dans une grande salle. Au contraire, leurs morceaux n’en deviennent que plus forts, grandis par un son qui fait la part belle aux guitares, aiguisées comme des lames de rasoirs. Ces deux guitares, magnifiques, dont les accords se rencontrent, s’entrecroisent, jouent ensemble, tour à tour mélancoliques, crépusculaires, tout simplement beaux, puis venant détoner dans un fracas métallique relâchant la tension alors accumulé au fur et à mesure, d’une intensité grandiose. Scharin, lui, ne déçoit pas, et donne une nouvelle dynamique au groupe par rapport à son prédecesseur, plus puissant, plus rock, et même si celui-ci perd du coup la superbe finesse de Byrnes, cela n’affecte en aucun cas la musique du groupe.

Enablers par Philippe ABDOU / Photographe.

Et ne surtout pas oublier Simonelli, à l’avant, déclamant ses poésies avec vigueur, se sortant tant bien que mal de l’instrumentation grondante de ses camarades. Car ce type est fascinant, ensorcelant, contant ses histoires de la vie quotidienne d’une voix chaude et posé, totalement pris par sa musique, dansant, s’adressant directement au public, captivant l’auditoire à ses pieds. Cette musique est belle, majestueuse, convoquant la nuit, l’obscurité. Cette atmosphère régnant dans les bars enfumés et assombris, parfaitement retranscrite dans des morçeaux comme “On Monk” ou “Output Negative Sapce” que le quatuor aura joué ce soir. C’est déja fini, et le groupe à encore donné un concert d’une classe phénomènale. Longue vie à Enablers.

On passera sur Wolves in the Throne Room, quatuor plongé dans le black metal, genre dont je ne suis absolument pas friand. Je ne suis apparemment pas le seul à ne pas en être client, la moitié de la salle s’est instantanément vidé, si bien qu’au début du set des américains régnait une ambiance étrange dans le public, comme si voir ce groupe relevait de la simple curiosité plus que par amour de la musique du combo. Bref, quelques secondes à supporter blast beats surhumains et autres growls de la mort, et je sors vite fait de la salle, avec encore la tête la superbe représentation d’Enablers.

Team Ghost

Microfilm

Snowman

Enablers

Wolves In The Throne Room

Stop!

•18 juin 2009 • Un commentaire

Un petit billet pour annoncer à ceux qui auraient l’amusante idée de suivre régulièrement ce blog que leur deux rédacteurs sont en pleine et joyeuse période de bac, et qu’il est donc difficile de dégager du temps pour déblaterer des inepties à propos de musique dont personne n’a rien à foutre.

Du coup, plus trop d’articles pour l’instant, mais on devrait reprendre dans une ou deux semaines.

Fordamage + Enob + Møller Plesset @ La Miroiterie, 11/06/09

•16 juin 2009 • Laisser un commentaire

Alléchante affiche qui se profilait ce soir, en ce jeudi 11 juin, à la chancelante Miroiterie: Fordamage, Enob et Møller Plesset. Début des hostilités 19 heures pétante précise le flyer, de quoi me motiver pour bouger mon gros cul et arriver à l’heure dite, pour ne pas rater une miette des Møller Plesset dont j’ai entendu pas mal de bien. Fier de moi, je pénètre dans la Miroiterie à 19h05, problème, c’était une feinte, le premier groupe n’est toujours pas prêt. Quelques minutes d’attente, et c’est parti. Ok, j’avoue, Møller Plesset, avec un nom comme ça, j’ai toujours cru qu’ils étaient du nord, pas de la France, mais plutôt de l’Europe, style Danemark, Norvège, Suède. Raté, ils sont de Rennes, tout simplement. On s’en fout, le constat est là, ces types sont très très bons.
Ouais, excellent même. Formation tourné vers l’offensive: deux guitaristes, un batteur et un type qui s’occupe du micro. Et le quatuor bute la où ça fait mal, à coup de riffs vicieux, mathématiques, raclants, entrelacés; des riffs qui rebondissent, s’entrechoquent, se retrouvent, complexes, mais qui n’oublient pas de taper dans les gencives au moment les plus opportuns, et dynamité par un batteur qui n’hésite pas à tataneraussi forts que possible ses fûts. Par-dessus le bordel s’ajoute l’homme au chant, plaintif, parlé, parfois hurlé et secondé par un guitariste aux moments les plus prenants. Puissant, convaincant, mais comme je suis qu’un sale connard jamais satisfait, vu ce que j’avais lu par-ci par-là sur la toile, je m’attendais à quelque chose d’encore supérieur, même si la prestation des quatre Rennais était de haut niveau.
En tout cas bien supérieur aux suivants, Enob, le groupe parisien de la soirée. Punk-rock basique, même si le combo passe par quelques incursions noise bien senties, mais trop rares pour m’ouvrir l’appétit, le tout peine à passer après la bonne claque Møller Plesset. Passable, si seulement le quatuor n’avait pas cette attitude de faux-branleurs-je-suis-plus-punk-que-toi-parcque-je-demande-au-public-de-m’insulter-entre-les-titres assez irritante, surtout quand les morceaux ne suivent pas. Torse-poils dès la deuxième chanson, prise de kung-fu et lunettes délires pour le bassiste, super, ça passe vite, tant mieux, place aux stars de la soirée, Fordamage.
Fordamage donc, quatuor nantais (deux guitares, une basse, un batteur) auteur d’un album foutrement excellent cette année, “BelgianTango”, fabuleux torpilleur nucléaire, mais qui se devait de révéler sa pleine puissance sur scène. Tout doucement, ils s’installent, et la salle commence à se remplir. Lancé. ”ABCD“, première ogive, et le résultat est sans appel: simplement puissant. Carrément poutralemême, le son est excellent, chaque instrument se fait parfaitement entendre, et c’est surtout cette basse, comme sur l’album, robuste, trapu et teigneuse, qui me ravit. Le reste ne se fait pas oublier, duel guitaristiques avec riffs dans la continuité de Møller Plesset: mathématiques, entrelacés, mais plus directs que chez nos amis rennais, sans oublier l’homme derrière les fûts, assurant le groove qu’il faut. Direct, c’est l’adjectif qui conviendrait bien à Fordamage, tant le quatuor donne tout ce qu’il a sur scène, intense, s’époumonant autant que possible sur chacun des titres joués ce soir, majoritairement issue de leur petit dernier. “Blitz To Target”, “No Dismissal Will Keep Us Alive”, “La Bagarre”, chaque morceau est d’une tension éprouvante, le public est à bloc et répond présent, ça gigote pas mal aux abords de la scène. Grosse intensité tout au long du set du quatuor, qui file à une vitesse indécente, ça fait longtemps que j’avais pas vu un concert filer aussi rapidement, c’est déja fini, les quatres sont en sueur, mais ont satisfaits une salle bien remplie pour l’occasion.

Fordamage

Enob

Møller Plesset

Villette Sonique: Jesus Lizard + Sunn O))) + Men Without Pants @ Grande Halle, Paris (27/05/09) // Lightning Bolt @ Folie P5 (Parc de la Villette), Paris (30/05/09)

•1 juin 2009 • Un commentaire

Villette Sonique

Jesus Lizard + Sunn O))) + Men Without Pants @ Grande Halle, Paris (27/05/09)

Ce soir, Mercredi 27 mai, première affiche de l’excellent festival français Villette Sonique. Festival au bon goût prononcé, tant la venue (et le retour) du Roi Lézard semblait inéspéré en cette année de grâce 2009. Une date immanquable, pour tous ceux qui s’étaient pris une claque de près ou de loin sur un des albums de Yow et sa bande, éclectiquement complétée par Men Without Pants et Sunn O))), et qui se déroule dans la Grande Halle de la Villette.

Trois plombes pour trouver cette foutue halle, plutôt foutu hangar, vu la tronche que ça tire, et il est très exactement 20h30 lorsque j’arrive dans la salle; c’est à dire pile poil une heure après l’horaire prévu pour l’ouverture des hostilités. Horaire qui n’est absolument pas respecté, aucun groupe sur scène, celui-ci arrivera un petit quart d’heure plus tard. Men Without Pants, c’est Dan The Automator avec le batteur du Blues Explosions, et c’est sous la forme de quintette qu’ils débarquent: deux guitares, une basse, un violon et une batterie. Je pensais avoir affaire à de l’electro-pop niaiseuse, raté, ce sera du garage niaiseux, mais quand même vachement bien branlé. Une palanquée de tubes qui fleurent bon l’insousiance et la joie de vivre, groovy à souhait. Ca dure juste assez longtemps pour éviter la saturation, parfait.

Pause vidange, le temps que le couple Anderson/O’Malley se mette en place. A mon retour, c’est un impressionant mur d’amplis qui se dresse sur l’estrade, sous mon nez, plongé dans un lumière bleuté du meilleur effet. Le public commence à s’amasser devant la scène, attendant fébrilement une orgie sonore qui ne va pas tarder à survenir. Ils sont là. Soutanes noires, encapuchonnés, guitare à la main, bibine dans l’autre, détérminé à provoquer syncopes et malaises aux doomsters présents ce soir, poing levés, avide de vrombissements et autres saturations meurtrières. Branchement. Premier riff…
Fascinant. J’ai dit orgie sonore? Rien, du vide, du vent. Deux notes tenues pendant près d’une heure, défiant les lois de la lenteur. Insignifiant. J’ai dit vrombissements et saturations meurtrières? On m’avait pourtant prévenu: “Tu vas voir, Sunn O))) live, c’est une expérience physique”. Mon ventre gargouille légèrement, et le sandwich que je viens d’enfourner met un peu de temps à passer, incroyable. Quinze minutes d’infrabasse auront raison de ma patience; pause clope, qui me permettra de constater l’énorme bordel du duo américain au merch comparé aux deux pauvres t-shirts de Jesus Lizard qui se battent en duel…

Jesus Lizard, c’est pour eux que j’étais venu. Jamais vu live, je jouais encore au petites voitures quand ils étaient à leur meilleur, et j’ai facilement lacher quelques gouttes quand j’ai su que ces types se reformaient pour une nouvelle tournée. Quand j’ai entendu pour la première fois “Gladiator” sur “Liar“, après m’être relevé par l’énorme claque que m’avait foutu la basse dans les dents, la seule pensée qui m’est venu à l’esprit est: “ce son, j’ai toujours rêvé de l’entendre”. Billet en poche, à décompter les jours jusqu’à cette confrontation avec le Roi Lézard, et me voilà dans les premiers rangs, à attendre la punition. Premiers rangs déja assez excité, alors même qu’il n’y a personne sur scène, ça s’agite et ça ne demande qu’à péter. Denison débarque sur scène, suivi du reste de la bande, chacun derrière son instrument. Tension. Explosion. “Puss” est son énorme riff en dents de scie vient à peine de tomber comme une masse que Yow est déja en train de faire copain-copain avec le public, porté, éructant dans son micro comme si il ne s’était jamais arrêté de tourner avec ce groupe. Explosion qui gagne aussi le public massé devant la scène, putain d’ambiance, bon enfant, ça secoue, ça bouge, des types commencent à monter sur scène, sourire aux lèvres, ça s’annonce bien. Je vais pas te faire un dessin, la set-list est composé uniquement de tubes, de tout ces fabuleux morceaux d’une intensité incroyable. Denison aligne ses riffs meurtriers un par un, placide, levant rarement les yeux de son manche. Ce mec est un tueur, avec un jeu unique, tout simplement. Sim, quant à lui, est légèrement plus actif, relevant sa basse à chaque chataîgne envoyé dans l’estomac, tandis que McNeilly forge tout ce qu’on peut attendre d’un batteur de noise-rock: tabasser ses fûts et cymbales avec un groove de feu. Plus incroyable encore est David Yow. Le contraste entre lui et le reste de la bande est d’ailleurs saisissant, c’est le jour est la nuit. Quand chaque membre du trio instrumental reste de marbre, concentré, Yow, lui est déchaîné. C’est lui qui peut faire tout basculer d’un instant à l’autre, lui qui donne sa part d’incertitude à Jesus Lizard. Et ce soir, il ne se privera de faire son show. Yow danse, hurle, se déshabille, saute dans le public (”I can’t swim!”), crache, arrache le t-shirt d’un mec, pousse les types qui tentent de monter sur scène, passe le micro à un gars de la foule qui finit brillamment une chanson, fait des pompes, dégueule sur les groupes de première partie (”j’ai chié des merdes qui étaient mieux que ces deux groupes”)… et chante aussi, quand il peut. Magistral. Seul le son n’est pas au rendez-vous, bien moyen, ça passe, mais c’était pas celui de Shellac l’année dernière, dans la même salle. Pas grave, Jesus Lizard m’a simplement fait prendre un pied imposant, dix ans après ce groupe n’a pas pris une ride. Ça finit sur “7 Vs. 8″, et c’est avec un putain de sourire con qui remonte jusqu’au oreilles que je donne mon meilleur pour tenter de choper ce dernier métro qui me permettra de ne pas dormir dehors.

Jesus Lizard

Sunn O)))

Men Without Pants

 

Lightning Bolt @ Folie P5 (Parc de la Villette), Paris (30/05/09)

Suite du festival Villette Sonique, ce samedi 30 mai, avec l’excellent duo ricain Lightning Bolt qui venait illuminer de sa présence, et ce gratuitement, le parc de la Villette. Un parc qui demeure pour moi un véritable labyrinthe, difficile de s’y retrouver, même avec un plan (ou alors mon sens de l’orientation frise le ridicule… je pense plutôt que c’est ça), et c’est avec un léger retard que j’arrive dans l’espèce de cuvette qui accueille le groupe. Cuvette déja remplie à ras bord, ça déborde de gens, autour du groupe (ils jouent à même le sol, faut-il le rappeler?), ainsi que sur le suppositoire métallique à l’arrière. “2 Morro Morro Land” est lancé, entendre, c’est tout ce que je peux faire pour l’instant, parcque je ne vois absolument rien, une foule compacte me barrant la vue. Deux morceaux plus tard, après avoir mouliné des coudes de manière sournoise, clés de bras en avant, me remémorant les cours du judo suivi lors de ma tendre enfance, me voilà enfin à quelques mètres du saint-graal. Deux Brian, côte à côte, et pourtant incroyablement différents. Gibson à la basse, droit, juste, placide, pas une mimique, à peine un sourire quand un des zozos dans le public se prend un tom dans les dents et une cymbale dans l’œil; ce type effectue simplement ce qu’on lui demande, c’est à dire torcher des lignes de basses subsoniques, hypnotisantes, furieusement électriques et menant jusqu’à la transe (”Dracula Mountain”, hallucinant). Transe qu’illustre à merveille l’autre Brian, qui se doit de suivre le bordel balancé par son compère en se sentant obligé d’en remettre une couche par-dessus. C’est simple, Chippendale vient se rajouter à la liste de tout les batteurs mutants que j’ai pu croiser en concert, aux côtés de Damon Che, le mec de Behold… The Arctopus, Zach Hill et j’en passe… Premier indice: ce type ne joue pas avec des baguettes, il tient des bâtons. Deuxième indice: sa batterie était giclé de sang à la fin du set du duo de Providence. Ça te suffit pas? Une batterie pourrie, deux cymbales, trois toms, une grosse caisse, mais il s’en tape, cet energumène masqué taille tout droit, à deux cent à l’heure, sans jamais s’arrêter, même lorsque les zozos sus-cités s’avachissent sur son kit, il reste droit, continuant de taper toujours plus vite, toujours plus fort. Tabassage intensif et frénétique de sa batterie, épileptique, tout simplement fascinant, et il trouve le moyen de blablater (son masque de catcheur n’est pas là que pour faire joli, y’a un micro qui est incrusté dedans) pendant les morceaux tout en jouant ses polyrythmies incompréhensibles, quand ce n’est pas pour demander au public de reculer, entre deux titres, pour éviter de se faire broyer par cette informe masse d’êtres avide de bruit et de fureur. Comme ça pendant une heure, sous un soleil de plomb, chapeau. Une heure de tubes bruitistes et dansants comme il faut, quelques uns que je reconnais, dont un magistral “Megaghost” (le sol tremble), d’autres qui me sont totalement inconnus mais qui ne se gênent par pour me convaincre d’entrée. Un petit rappel et c’est déja fini, Brian le batteur invite la foule à se diriger au merch pour acheter leur nouveau t-shirt moche, et je me retrouve tout penaud, à en vouloir encore. C’était trop court ! J’avais qu’à pas arriver à la bourre…

Lightning Bolt

Grand Final + SchoolBusDriver + You Will Never Appear On TV With Such A Face @ Pixi, 16/05/09 (Paris)

•20 mai 2009 • Laisser un commentaire

 

Encore à la bourre, mon piètre sens de l’orientation m’ayant mené à peu près à l’opposé du Pixi par rapport au métro duquel j’étais sorti avant de me rendre compte que je taillais dans la mauvaise direction. Bien joué.
Ce ne seront donc que deux petits morceaux de You Will Never Appear On TV With Such A Face qui atteindront mon système auditif: indie-rock de qualité, intense et prenant, puis place à SchoolBusDriver. J’avais déjà vu les quatre en première partie de Young Widows y’a trois mois de cela, ils m’avaient soufflés, et j’en attendais au moins autant ce soir. Même recette qu’au Klub: enchaînements de riffs aussi pervers que tendus de l’homme qui tient la six-cordes, pendant que le couple basse-batterie fait monter la sauce. Et toujours ce chauve débonnaire , déblatérant ses conneries en rythme derrière son micro. Aussi efficace que la dernière fois, malgré un tout petit reproche: j’ai l’impression que ça rentre moins dans le lard qu’en février, moins agressif, moins saillant. Ça, ou mon taux d’alcoolémie sévère qui commence à m’endormir malgré moi peu à peu.
Au tour de Grand Final, couple havrais sur scène comme à la ville, de péter la sono du Pixi. Problème, la pinte que je viens de consommer ne passe pas comme je l’aurais voulu; ça commence à peser par rapport à ce que j’ai déjà avalé avant de venir. Résultat: un souvenir assez flou du set havrais, même si ça envoyait assez rudement dans le genre. “Difficilement classable” en dit l’orga, pour moi, c’est juste du putain de rock brut et sans fioritures, avec riffs mastoc allant chatouiller Black Sabbath à l’appui. Les deux jouent réellement ensemble, faisant bloc, et mention spéciale à Doris Le Mat-Thieulen qui en impose derrière son micro, même si sa voix était un peu en retrait. J’ai eu l’impression que c’est passé hyper vite, l’horaire fatidique étant rapidement atteint. Pas de rappel, c’est déja fini, et je sens déjà que je vais avoir du mal à rentrer en restant debout.

SchoolBusDriver

Never On TV

 

 

Death To Pigs: “Carnal Carnival”

•19 mai 2009 • Laisser un commentaire

La France se réveille. De plus en plus d’excellents groupes germent sur notre territoire, accompagnés de labels toujours plus actifs et passionnés. Pas de liste, elle serait trop longue. Saches seulement que Death To Pigs fait partie d’entre eux. Pourquoi? Simplement parce que ces types jouent pour leur bon plaisir, sans se prendre la tête, ni rechercher une reconnaissance bidon. Celle-là, on a déja dû te la servir des milliers de fois, mais quand un groupe te sors son premier long format uniquement en vinyle, tu peux te douter que le filon est bon. Le CD, ça pue, c’est moche, c’est en plastique; ces gens sont réac’, c’est leur choix, c’est surtout un bon choix. Un premier 7″ lâché dans la nature, et voici le premier LP qui déboule sans crier gare, avec son Saddam Hussein à poil occupant la back-cover. Mauvais goût? Une légère pointe d’humour, fine et élégante, qui transparait également dans les titres de morceaux: “Burn, Corsica, Burn”, “Priapism Holocaust”, “Operation Sex Change”… Pour le reste, c’est directement dans ta face que tu le ressens. Voix, guitare, basse et batterie: aucun instrument ne se taille la part du lion, tous sont au même niveau, ensemble, pour tirer ces fusées cocaïnées à vitesse grand V. Guitare? Abrasive, aiguisée, raclante, sortant riffs vicieux sur riffs vicieux, te nettoyant le conduit auditif au besoin, insaisissable. Ce que tu saisis par contre, où plutôt ce qui te pète à la gueule, c’est le son de cette basse, absolument énorme dans le genre rouleau compresseur, pur style Rickenbacker. Reste l’homme derrière les fûts, au taquet, tabassant son kit aussi vite qu’il peut. Niveau vocal, le gonze tenant le micro s’en sort comme il peut, essayant de proférer ses insanités réjouissantes avec un débit aussi appuyé que possible. C’est rampant, vicieux, pervers, dépravé, jouissif. Les potards sont dans le rouge, tu danses comme un pingouin, mais le quatuor sait ralentir quand il le faut, rendant l’atmosphère encore plus étouffante, chevrotante. Seize bombes, autant dire que t’en as pour ton argent.

Death To Pigs – Carnal Carnival (2008, Gaffer Records/Down Boy Records)

  1. SS Slave
  2. Be Invisible
  3. Fat Free
  4. Dance (ESG)
  5. Smoke My Liban
  6. Mad Machine
  7. Burn Corsica Burn
  8. It’s Alive
  9. Big Sister
  10. Priapism Holocaust
  11. A Spit In The Washing Machine
  12. Alien Captor
  13. G Spot
  14. Operation Sex Change
  15. La Nuit Du Chasseur
  16. Carnal Carnival

Death To Pigs

Brainbombs

•15 mai 2009 • Laisser un commentaire

Brainbombs, ce n’est rien de moins que du punk-rock crasseux à la Stooges.

Simplement, niveau crasse, je crois que la quintette suédoise surpasse largement Iggy et sa bande. Pas sûr? Je t’invite à jeter un coup d’oeil dans cette discographie conséquente pour constater la chose. Mon préféré, c’est “Ass Fucking Murder”, il sonne de la mort. Autant dire qu’avec des titres comme ça, le thème des paroles ne varie pas d’un iota pour chaque morceau: dépravation, violence, meurtres, sexe et tout le bazar. De la vrai poésie. Et l’instrumentation pour soutenir ces mots n’est pas en reste. On dirait que ces mecs cherchent à coller au plus près de leurs paroles, avec un seul but, un seul objectif en tête: l’aliénation. De la même manière que ces terroristes sonores de Whitehouse, Brainbombs veut te soumettre, te dominer, t’écraser, avilissant et mortifiant. Un riff, un seul riff par morceau, répété jusqu’à la transe, jusqu’à ce qu’il s’installe et s’incruste profondément dans ta cervelle. Un sax vient parfois se joindre au bordel, comme si l’ambiance n’était pas assez asphyxiante, se rajoutant à cette atmosphère dégeulasse et rampante. Et c’est comme ça toute la longueur de chaque album. Comme ça pour chaque titre. Te tape sur le crâne avec un marteau et t’en redemandes, t’en veut encore. Une pelleté de LP, EP, compilations, singles, 10″, impossible de ne pas trouver ton bonheur. Impossible de ne pas trouver le morceau qui te fera tourner la tête, celui sur lequel tu reviendras une dizaine de fois de suite, sans discontinUer, sans sourciller, relançant ce tube à chaque fois qu’il touche à sa fin, pour qu’il t’arrache enfin la tête une bonne fois pour toute. Jack the Ripper Lover. C’est le mien. Paumé sur un pauvre single sorti en 1989! Un faux départ couillon free-jazz, te laissant dans l’attente, le temps de t’endormir, puis la machine se met enfin en marche. Cette satanée slide arrive et lance un riff. Tu le sais maintenant, un riff, un seul, qui tourne, qui tourne, qui te grille le cerveau, pendant que l’autre pervers laisse doucement glisser ses insanités par-dessus ce bordel qui t’est envoyé directement dans l’estomac. On en sort lessivé et abruti, mais ça n’empêche pas de réappuyer sur play dès que ce foutu tube s’arrête. En hiatus depuis 10 ans, ce gang de psychopathes vient tout juste de balancer un nouveau LP finement appelé “Fucking Mess”, et dont ils sont venus en présenter la teneur il y a quelques mois lors de l’excellent festival Sonic Protest. Qui a dit que le punk n’était plus dangereux?

Brainbombs

Fordamage: “Belgian Tango”

•12 mai 2009 • Laisser un commentaire

Tango belge? Sur la noise furibarde des nantais de Fordamage? Si tu veux, mais avec ce deuxième effort, tu peux être assuré de finir cette danse droit dans le mur.
 
Car le quatuor breton ne lésine pas sur la puissance. Premier détail qui met en jambes, la basse ne se fait pas attendre, et poutre de façon assez sauvage dès les premières secondes. C’est elle qui guide les pas, qui rythme la cadence, robuste et autoritaire. Un vrai pilier. Par-dessus se loge  le couple de six cordes, démultipliant l’intensité des passages les plus puissants, lorsque ça charcle sévèrement, pour mieux brouiller les pistes quand celles-ci tricotent des accords tordus, mathématiques et dissonants. Structures alambiquées, Fordamage aime glisser des petits pièges, contre-pieds et autres plans à tiroirs, toujours sous pression, préparant avec minutie le prochain obus qui viendra te péter dans l’estomac. Ca taille vif, c’est rapide, les changements de parties sont fréquents, attention de ne pas perdre à la mesure. Les six premiers morceaux sont terriblement efficaces, absolument écrasants, tendus comme jamais. La suite est de très bonne facture, mais moins intense, moins prenante que cette première superbe salve, se hissant facilement au niveau des influences du quatuor, surtout piochée dans ce que la noise 90’s avait de meilleur, mais aussi avec des écarts rendant la mixture nantaise très personnelle. Le tout joué avec une hargne et une envie qui s’entendent. Fordamage joue la musique qui lui plaît, et le fait avec une application meurtrière. Un seul petit reproche, les voix (c’est tout le groupe qui s’y met) lorsqu’elles ne sont pas sorties du fond des tripes, peinent à convaincre, trop tendres. Pas grave, Fordamage vient de passer au niveau supérieur, et ce rude “Belgian Tango” s’impose comme un putain d’album de noise. Chapeau bas !

Fordamage – Belgian Tango (2009, Kithybong)

  1. Minefield And Cannonmen
  2. La Bagarre
  3. No Dismissal Will Keep Us Alive
  4. Providence Or Fortune
  5. Blitz To Target
  6. In The Ditch
  7. Bounce Up
  8. Monosourcil
  9. ABCD
  10. Clean Dirty Water

Fordamage