Interview Fordamage

•9 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Gavage de week-end, non-professionnalisme latent; c’est armé de mon petit portable et marchant fièrement vers Mains d’Oeuvres que je me remémorais les question inutiles et chiantes que j’allais poser à l’excellent quatuor nantais Fordamage, digne représentant d’une scène noise-rock française trop peu mis en avant mais qui se révèle porteuse de pépites honteusement ignorés. Explications avec Anthony (bassiste), Vincent (guitare) et Pierre (batteur) qui rejoindra l’équipe en fin d’interview.

Q: Je voulais savoir si y’avait un LP qui allait sortir par rapport à votre dernier album, une sortie vinyl…
A: (rires) Alors c’est la grande question du moment… Parce que “Belgian Tango”, le deuxième disque qu’on a sorti chez Kithybong en mars dernier, on en a bientôt plus, ce qui est plutôt en soi une bonne nouvelle, mais du coup on se tâte à faire refaire un pressage et on se dit quitte à refaire un pressage, autant le faire en vinyl, mais on est en discussion…
V: Je trouve ça juste dommage de sortir un vinyl six mois après, et que les gens qui l’ont acheté en CD… ils se retrouvent coincés. En fait, on devait le faire avec quelqu’un, mais il a été étonné du virage un peu moins hardcore qu’on a pris sur le deuxième disque, du coup ça c’est pas fait… Et puis Kithybong pouvait pas tout faire, bien que ce soit sûr que le prochain sortira en CD et en vinyl… Mais il sortira… Quand on aura commencé à écrire des morceaux. (rires)
 
Q: Et la suite, c’est pour quand… ?
V: On commence juste à se remettre au boulot, on sait pas encore trop ce qu’on veut faire mais on a déja pas mal de sessions de répèts en vues… Il devrait tomber vers, début 2011, quelque chose comme ça.
 
Q: Vous étiez content des retombées du disque? Je veux dire, ça vous a surpris?
V: Surpris, je sais pas… On était content, quoi. En tout cas, on était hyper content du disque déja, par rapport au premier ou on avait pas mal de regrets, on savait plus ce qu’on voulait faire pour “Belgian Tango” et c’est ça qui nous a motivés
A: … On a pris beaucoup plus de temps pour le faire aussi
V: Oui, on a pris plus de temps, on a fait pas mal de concerts aussi, donc on a pas à se plaindre à ce niveau là

 

Q: Au niveau de vos concerts, d’ailleurs, vous avez tournez, si je ne m’abuse, en Angleterre et en Espagne, et j’aurai bien voulu savoir les différences de scènes avec la France, niveau accueil, public, facilité de jouer…
A: Forcément, c’est différent, c’est pas les mêmes assos qui organisent, mais en général, on a quand même été super bien accueilli, que ce soit en Espagne ou en Angleterre
V: Au niveau du public, les gens sont quand même plus oufs qu’en France, mis à part le concert que t’as vu à la Miroiterie (concert auquel j’ai assisté en juin dernier, à Paris, et ou le public était effectivement loin d’être statique et endormi), où on était hyper content parcque les gens réagissaient vraiment, c’est pas trop la folie. Alors que quand on va en Belgique ou en Allemagne, les gens sont vraiment contents et bougent un peu plus leur popotins,
A: Les gens sont un peu moins statiques qu’en France.
 
 
Q: J’aimerais que vous me parliez maintenant de la fortement active scène musicale nantaise, comment ça se passe là-bas? Y’a un vivier de groupes au potentiel assez fortement élevé, vous pourriez me le présenter? 
A: La première fois qu’on a tourné, c’était avec Room 204, un duo guitare-batterie de Nantes avec Emeric, le mec de qui gère Kithybong avec son frère, Anthony, et Marion. Donc, ouais, la scène nantaise est assez dynamique, ça bouge pas mal. Y’a ChooChoosShoeShoot, qui sont sur notre label, y’a Komandant Cobra, qui sont nos potes et qui sont vraiment chouettes, y’a aussi Papier Tigre avec qui on a fait pas mal de dates y’a deux ans, et il en reste pas mal d’autres. Non, c’est vraiment cool.
P: C’est une grande famille, tout le monde se connait et ça forme pleins de super groupes de copains finalement.
 
Q: Et dans cette famille, y’a un groupe qui vous tient particulièrement à cœur? Que vous préférez?
A&P: Room 204
A: Y’a aussi Perceval Music qui vient de sortir un super album, super groupe.
 
Q: Niveau assos, labels?
V: Force Béton, qui organise pleins de supers concerts de noise-rock française, comme Marvin, mais aussi étranger et qui possède aussi un atelier sérigraphie, ils ont une super façon de fonctionner. Y’a Yamoy aussi, un cran au-dessus maintenant avec le Soy Festival (festival qui se déroulait à Nantes y’avait quelques jours de cela avec une programmation bien plus qu’alléchante) où on a joué y’a deux jours. C’est d’ailleurs Amélie qui a fait l’affiche. Sinon, y’a le Ferrailleur ouvert depuis deux ans, et qui est une salle très active et celle de Thomas Nédelec qui a enregistré notre album. Il y a aussi le Fouloir, un lieu autogéré super actif, qui fait des concerts dans une piscine vide! Y’a un groupe qui nous tient à cœur aussi, mais ils sont de Rennes, c’est Möller Plesset. Ils sont vieux… mais ils jouent bien (rires).
 
Q: Vincent, au niveau de ton projet solo, My Name Is Nobody, j’ai appris que t’avais tourné aux US. Comment t’en es arrivé là?
V: J’avais rencontré un type d’un groupe qui s’appelle Pillars & Tongues y’a 4 ans à Nantes, puis j’ai tourné avec eux en France en Novembre dernier. Du coup, ils m’ont proposé de venir aux US pour que je fasse quelques concerts avec MNIN, c’est eux qui ont tout organisé, donc ça simplifie les choses.
 
Q: C’était bien? C’est différent par rapport à la France? T’as été surpris?
V: Tout est plus détendue, clairement, notamment au niveau des soundchecks: on a dû faire 2 balances pour 15 concerts. C’est plus de la débrouille, fait à l’arrache, malgré le fait que ce soit organisé dans des clubs, avec des sonos réglos. Les gens sont plus relax aussi, il viennent te parler plus facilement qu’en France, et puis tourner aux US, c’est vraiment cool rien que pour les paysages. On a fait pas mal de concerts là-bas, ça s’est super bien passé.
 
Q: C’est plus un groupe à géomètrie variable qu’un projet solo, non?
V: Ouais, effectivement, l’année dernière, je tournais avec Fordamage et My Name Is Nobody, du coup c’était Pierre qui m’accompagnait à la batterie. Peut-être que ce sera lui d’ailleurs pour les prochaine dates, si l’autre batteur qui doit venir travaille à ce moment. Y’a toujours une base fixe, quand je suis tout seul, mais souvent je suis rejoint par Faustine, au piano, et Benjamin de The Healthy Boy, à la basse, et parfois par quelques potes. Donc oui, on peut dire que MNIN reste un projet à géométrie variable.
 

Q: Retour à Fordamage: sur votre dernier disque, l’excellent “Belgian Tango”, vous avez fait un effort assez significatif au niveau de la basse, qui est beaucoup plus puissante qu’avant. C’est grâce à votre travail avec Thomas Nédélec, votre ingé son?
A: D’abord, c’est parcqu’on s’est achetés des vrais guitares, avec des vrais amplis (rires)… Mais quand tu compares avec le premier disque, qu’on a enregistré alors que ça faisait à peine 6-8 mois qu’on jouait ensemble, c’est très rapide. “Belgian Tango”, on a mis deux ans pour le faire, Thomas Nédelec est notre sonorisateur sur pas mal de nos concerts, donc il nous a enregistrés en connaissance de cause. Clairement, le son est meilleur, il est représentatif de ce qu’on voulait faire pour ce disque, et c’est pour ça qu’on en est content
 
Q: Dernière question: des projets de tournée à venir?
A: En avril 2010, petite tournée européenne qui passera par l’Allemagne, la Hollande, la Belgique et la France évidemment, avec Marvin de Montpellier. On a déja quelques dates de calé en France, une à Orléans, mais je me rappelle plus quand, et on joue à Paris le 3,  à la nouvelle Flèche d’Or!
 

 Fordamage

 My Name Is Nobody

Summery’s Birthday Party: Part Chimp + Shaky Hands + Get Back Guinozzi! + Fordamage @ Mains d’Oeuvres (Paris, 31/10/09)

•9 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Ce soir, c’est l’anniversaire de Summery Agency; joie, bonheur, gaieté et affiche aussi bigarré qu’alléchante au programme. Pointage à 18h30 pétantes pour l’interview des charmants Fordamage, puis agile déplacement vers la salle principale pour assister à leur concert.
 
J’avais déja entrevu le quatuor en juin dernier pour une date absolument époustouflante, ambiance de folie dans la défunte (?) Miroiterie, tension de tous les instants pour une centaine de personnes aux anges le temps d’un court set d’une demi-heure. Même ambition, ce soir, la musique des nantais pue toujours autant la classe, avec cette alternance entre parties mathématiques dissonantes et bien senties, à ma gauche, et charges frontales, à ma droite, de cette basse tabassant menu, visant droit direction l’estomac.

For_Damage_01

 Tous ensemble au micro ou chacun son tour, le groupe est à fond, jette tout dans la bataille, avec force et dignité, balancant avec un rythme soutenu les bombes de son petit dernier, “Belgian Tango”, mention spéciale à “Blitz To Target” et son incroyable, galopante et terminale intensité. Le son est aiguisé, clair, fin et précis comme il faut, prêt à distribuer mandales sur mandales.

For_Damage_03

Très bon concert, il manquait juste ce qui lui aurait pû faire atteindre un niveau supérieure, l’ambiance. C’est à dire, une ambiance plus propice au mouvement et à la transpiration que celle proposée par le maigre public de trente personnes qui remplit peu à peu la salle. Pas grave, le quatuor aura assuré comme il fau, pour mon grand plaisir.

Changement de plateau, c’est Get Back Guinozzi! qui prend les devants. Il sont chez Fat Cat, le label de Sigur Ros, et je n’aurai pas vraiment envie d’en savoir plus, leur pop gentille et guillerette ne m’attirant pas plus que cela, préférant m’encrasser les poumons à l’extérieur. Même constat pour The Shaky Hands, dans un registre plus rock’nroll, style Jet, pas neuf pour un sou et vite saoulant

Pause vidange, Part Chimp se met doucement mais assurément en place, le temps de papoter avec un mec de Fiend , apprenant qu’ils entameront une tournée générale très prochainement, pour entendre le riff tueur de “Trad”, issue de “Thriller” (oui, effectivement, comme celui de qui-tu-sais), leur petit dernier.

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Part Chimp, y’a une semaine à Lyon, c’était hautement qualitatif niveau rouleau compresseur nucléaire. N’y pense plus, ce soir, c’est bouchée double. Leur son est d’une lourdeur dévastatrice, hallucinante, facilement digne d’une épaisseur Melvinsienne circa “Houdini”, à tel point que mon sandwich rillettes-cornichons (il était pas mauvais, le salaud) lutte pour se frayer un chemin à travers mon estomac, comprimé par la densité du son des écossais. Tu l’auras compris, la dimension physique de leur musique n’est pas resté backstage, c’est juste impressionnant. Chaque coup de cymbale porté par ce batteur à la crinière insoumise est follement pesant, marquant chaque riff étouffant vrillé par le groupe, appuyant ce côté brûlant et désertique présent sur le dernier album.

Part_Chimp_13

La voix de Tim, six-cordistes en chef, a du mal à sortir de tout ce bordel électrique, ce chaos guitaristique absolument jouissif et gras du bide, à l’image de ce second guitariste bedonnant au scintillant t-shirt Thin Lizzy. Trois-quarts d’heure lessivants, épuisants, rappelant à l’aise l’insouciance et la fougue d’un groupe comme Sonic Youth, dans ses jeunes années, mais d’une détermination et d’une puissance à couper le souffle, tout simplement impitoyable. Très gros concert des écossais, j’en aient les oreilles qui bourdonnent encore…

Part Chimp

Shaky Hands

Get Back Guinozzi!

Fordamage

Merci à Rad Party pour les photos!

Dinosaur Jr: “You’re Living All Over Me”

•17 octobre 2009 • Un commentaire

Loser-core. 1987, “You’re Living All Over Me”, second opus du trio, premier album sur le mythique label SST, premier chef d’oeuvre. Cette six-cordes crie, impossible de la faire taire; riffs cradingues d’une intensité incroyablement brûlante, brumeuse et irradiante, et, au fond de ce chaos guitaristique, de cet apocalypse électrique se pose la voix de Jay Mascis, branlos de première catégorie, peinant à sortir sa voix de tout ce bordel, presque éteinte, lascive, celui-ci préférant t’achever par le biais de mélodies d’une simplicité absolument scandaleuse, mais juste incroyable, de celles qui te chopent immédiatement et ne te lachent plus. Le contraste est posé: couches de guitares bruyantes, distordues, raclantes mais mélodies assassines, de très haute volée. Cet album pue l’énergie de la jeunesse, celle du rien à foutre, la beauté de l’insouciance; tête baissée, à fond, on verra ce qui se passera après. Le son est approximatif, le tout est branlant, bancal, tient à peine droit, mais lorsque le trio se décide à faire péter la disto, on ne rigole plus, la wah-wah dégouline, le mur d’ampli fait son effet, tes oreilles fondent, c’est absolument jouissif, j’en reveux encore. Lumineux, la tête dans le ciel, d’une joyeuseté brouillonne absolument géniale. Le pilier rythmique ne faiblit pas derrière Mascis, et pilonne comme il faut aux moments les plus opportuns, rendant justice à des joyaux mélodiques à tomber, à se flinguer, à se les enfiler en boucle jusqu’à la mort. “Kracked”, “Little Fury Things”, “Raisans”, “Sludgefeast”, impossible de ne pas tomber raide en se reçevant ça dans la tronche, d’une puissance sidérante pour l’époque, sale, et qui n’a pas vieilli d’un iota. Au même titre qu’un groupe comme Sonic Youth, Dinosaur Jr aura, presque sans s’en rendre compte, marqué au fer rouge tout un pan de l’indie-rock américain, sans lequel celui-ci n’aurait peut-être jamais été. Un groupe d’une importance capitale, vitale. Ecouter “Tarpit” à burnes et au casque devrait être quelque chose d’obligatoire.

Dinosaur Jr – You’re Living All Over Me (SST, 1987)

  1. Little Fury Things
  2. Kracked
  3. Sludgefeast
  4. The Lung
  5. Raisans
  6. Tarpit
  7. In A Jar
  8. Lose
  9. Poledo
  10. Just Like Heaven

Dinosaur Jr

Agent Ribbons + Raymonde Howard + At Anchor @ Ground Zero (Lyon, 04/10/09)

•14 octobre 2009 • Un commentaire

 

Soirée souple, détendu et funky en ce Dimanche 4 octobre à Ground Zero, organisée par l’inévitable équipe de gagnants Maquillage et Crustacés, et comportant à l’affiche trois groupes que je qualifierais de fort sympathique: les gazières d’Agent Ribbons accompagnées par Raymonde Howard et le quatuor lyonnais At Anchor. Un concert pour lequel je me devais d’arriver en avance étant ma donnée ma qualité de sous-fifre pour l’association précitée, et qui allait me faire découvrir les joies du bar et des entrées (mais aussi du backstage…). C’est donc à 19h30 pétantes que je débarque à Ground Zero, salle casée dans un bunker fort sympathique qui abrite moultes associations musicales et autres, en pleines balances du groupe qui ouvrira la soirée: At Anchor. Une heure passe, et At Anchor s’apprête à jouer pour de vrai. Premier concert du groupe, formation guitare-violon-xylophone-voix, le stress est légèrement palpable et il y a seulement quatre morceaux au compteur, mais on s’en fout, le quatuor s’en tirera de fort bonne manière. Dans une veine folk intimiste vaguement dépressive, At Anchor joue surtout sur ce sentiment assez jouissif et diffus situé entre la mélancolie et la nostalgie qui donne simplement envie de s’allonger dans l’herbe, de fermer les yeux et de se laisser aller rêver, de se perdre. Petites mélodies vicieuses qui savent trouver le chemin pour se nicher bien profondément au fond de toi, toucher le point sensible, te désarmer, parcourant l’échine de frissons, avec juste ce qu’il faut de retenue et de discrétion pour rester classieux; surtout pour l’utilisation du violon qui peut vite se révèler casse-gueule, ce qui ne sera pas le cas pour le type qui s’en chargeait ce soir. Une sobriété élégante et touchante qui fait du bien, et qui arrive sans peine à convaincre l’assistance que quatre morceaux, c’est vraiment trop court, ils auront donc le droit d’en rejouer un. Ce qui m’amène tout naturellement à penser que pour une première représentation, At Anchor s’en tire avec les honneurs, bravo mérité à eux.

C’est Raymonde Howard qui prend la relève, mais malheureusement ma situation d’esclave m’appelle derrière le bar, je ne verrai donc presque rien du set de la stéphanoise en goguette, mais de là ou j’étais, ça avait plutôt l’air affriolant. Ma mission terminée avec force et véhémence, c’est après un rapide passage aux toilettes que je m’installe d’un pas rapide et assuré devant la scène (qui n’en est pas une: la soirée se déroulera au sol, et non pas sur la scène du Ground Zero comme je l’aurais pensé) pour assister au set d’Agent Ribbons, trio féminin guitare-violon-batterie qui m’était alors complètement inconnu avant l’annonce de ce concert. Tenues chamarrés et pleines de couleurs, cheveux retapissés par un pot de peinture rouge vif pour la donzelle tenant la guitare, plus de sobriété du côté de la violoniste et de la batteuse, le combo se met en place rapidement et entame son set avec vigueur. Indie-rock racé, chaloupé et marin, Agent Ribbons impose avec aisance et moults tubes son petit univers excentrique, décalé et coloré, m’évoquant à plusieurs reprises de longues traversées d’océans par d’immenses bateaux à la recherche de nouvelles contrées encore inconnues (ouais, mon imagination était au top ce soir-là). Le trio se complète à merveille, l’absence de basse ne se fait pas remarquer, et c’est avec classe que ce termine ce set, classe qui amènera le groupe à présenter un rappel, à la demande générale, expédié vite fait bien fait, mais toujours le sourire aux lèvres.

Agent Ribbons

Raymonde Howard

At Anchor

Cheveu + Minuscule Hey + Computer Truck + Opéra Mort + BFL @ Mains d’Oeuvres (Paris, 25/09/09)

•2 octobre 2009 • Laisser un commentaire

Encore perdu dans Saint-Ouen. C’est pas possible, Mains d’œuvres, je connais, j’y ai été fuckfesté, mais mon pitoyable sens de l’orientation me joue encore des tours. Fort heureusement, après moults tergiversations avec l’ami qui l’accompagne, son flair se révèle finalement de haute teneur et Mains d’œuvres s’ouvre à nous.
 
Et BFL a déja commencé. Petite particularité, une scène a été installée dans le resto, étroite planche de bois surélevée mais qui peut néanmoins contenir le quatuor dans son entiereté. Quatuor biscornu, d’ailleurs, pourvu d’instruments bizarres, et jouant une musique qu’on pourrait plus ou moins qualifier d’étrange. Paré d’oripeaux rétrogrades, peaux de bêtes et maquillage de rigueur, les quatre énergumènes sont accroupis et balancent, pour les deux titres que j’ai pu voir, une musique païenne, primaire, bassement intellectuelle et parfaitement jouissive. C’est assez dingue comme quatre types maniant une flûte, un synthé de gosse, une cymbale et un micro peuvent générer un son aussi simple qu’entraînant. Mention spéciale au malade mental déguisé en loup qui postillonnait de manière sonore dans le micro, les yeux grands ouverts, pour un dernier morceau aussi furieux qu’enfantin.
 
Pause goudron, et le public se transfère dans la salle pour assister à la prestation de Minuscule Hey, duo guitare/basse dont je ne sais absolument rien et qui ne me donnera guère envie d’en savoir plus. Leur pop, tellement décomplexée qu’elle en devient fadasse, n’atteindra mes chastes oreilles que quelques instants, histoire de mater leur chorégraphies et mimiques rigolotes, avant que je ne me décide à foncer d’un pas libérateur vers les toilettes. Pêche lâché, retour au resto afin d’observer avec attention Opéra Mort, duo bruitiste parisien (école Wolf Eyes), si je ne m’abuse, qui commence avec force et véhémence par moults stridences, bruits blancs et autres sons crispants mais néanmoins de très bonne facture, intense, partant sur une base rythmique simple et primitive, mais salvatrice pour ensuite envoyer la pâtée par palier sournoisement choisis. Envoûtant par sa violence, Opéra Mort se livre corps et âmes dans sa musique, le duo s’occupant avec soin de vriller nos esgourdes, se contorsionnant de manière dangereusement saccadé, les deux hurlant dans leur micros respectifs pour produire un son proche du sempiternel porc en phase de décapitation. Ca se finit dans la sueur et la transpiration pour nos compères, plus modestement dans la satisfaction pour moi et mon acolyte, et c’est d’un pas lent mais néanmoins agile que nous embrayons dans la salle afin d’aperçevoir ce qui représentait le plus gros morceau de la soirée pour moi: Cheveu.
 

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Cheveu donc, trio parisien coupable d’un des meilleurs méfaits de l’année 2008 (à l’artwork souple mais funky) que je n’arrêtais pas de louper à chacun de leur passage dans la capitale, une série noire qui fût mis à mal ce soir. Formation plutôt équilibré, l’aspect défensif étant représenté par l’homme assis retranché derrière une table sur laquelle se dresse son bordel mêlant clavier, laptop et autres machines déstinées à faire du bruit, tandis que l’aspect offensif était plutôt illustré par la voix (43024 micros + un synthé) et la six-cordes excentrée sur la droite.

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Deux morceaux inconnus au bataillon, histoire de se mettre en jambe, puis tout de suite, Cheveu ne rigole plus, et balance l’atomique nouveau single “Like a Deer In The Headlights”. Le message est passé, le public commence à s’activer, ça bouge bien, mais surtout, Cheveu dégaine son proto-punk nucléaire de manière punitive, et ça, c’est exactement ce que j’attendais. Musique de branlos inimitable, illustrant avec précision la célébration rituelle des chaudes heures de lose de ceux qui n’ont plus rien à perdre*, envahissante, magnétisante, d’un je-m’en-foutisme hautement appréciable, comme ce “Hello Friends”, tuerie de leur premier album joué à une vitesse indécente par rapport à son jumeau sur bande, mais ne perdant aucunement son potentiel hypnotique.

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Ce soir, c’est tube sur tube, quelque morceaux du sans-titre (“Lola Langusta”, l’intenable “Superhero”, le déliquescent “Clara Venus” et son ulcère à l’anus), mais surtout une poignée de nouveaux titres aussi dansants que jouissifs dans une salle où la température commence dangereusement à flirter avec l’intenable. L’ambiance est au mouvement, le rappel est expédié avec rapidité et rudesse, et je finis avachi comme une bête, mais dans un état de contentement fortement élevé.
 
Computer Truck prend de suite la relève, pas le temps de souffler, le gus installe son bordel constitué de multiples instruments pour bambins salement modifié afin de servir le carnage technoïde lancé par son laptop.

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Le principe est simple mais parfaitement efficace en cette fin de soirée: electro frontale et rigide saupoudrée de mélodies enfantines et délicieusement absures donnant ainsi furieusement envie de se secouer le tronc en rhytme, particulièrement sur cette reprise d’”I Wanna Be Your Dog” fatalement menée, rudement mis à mal. On danse, on se casse, l’appel du métro se faisant de plus en plus pressant. Ce fût sacrément bon.

* phrase irrésistible que je n’ai pu m’empêcher de voler à l’excellent LJ Batista officiant dans le non moins excellent magazine Noise, décrivant à merveille le groupe.

un gros merci à sylvie pour les photos!

Cheveu

Computer Truck

Minuscule Hey

Opéra Mort

BFL

Stars Of The Lid: “…And Their Refinement Of The Decline”

•22 septembre 2009 • Un commentaire

 

Stars Of The Lid est, comme vous devriez tous le savoir, un duo composé par Brian McBride et Adam Wiltzie (Windsor For The Derby). Duo qui peut se targuer de posséder maintenant une certaine assise dans le milieu de l’ambient, un genre dans lequel mon niveau de connaissance est malheureusement à peu près aussi puissant que dans celui de la vie sexuelle des opossums au Honduras. Cependant, nul besoin de s’y connaitre pour apprécier la dernière sortie de la paire américaine, double album conséquent et majestueux de deux fois soixante minutes, portant le nom d’”…And Their Refinement of The Decline”.

Car si la musique créée par Stars Of The Lid ne se révèle pas aussi vite qu’un Usain Bolt sous ecstasy, l’attention, la concentration porté à cet effort pendant plusieurs écoutes payera à coup sûr. Brian McBride à révélé un jour dans une interview qu’ils avaient choisi ce nom de groupe en réfèrence à “ton propre cinéma, celui disposé entre ton œil et ta paupière”. Et toute la force de ce duo réside ici, dans sa capacité à créer une histoire. Un flux et reflux de nappes sonores finement ciselées, résonnant alors dans l’infini, et construisant un univers, un cocon si puissant qu’on aimerait se jeter dedans à bras ouverts, s’y installer, y vivre. Le travail sur le son est remarquable, car précis, fin, pure et permet alors au duo de fare naître de somptueuses mélodies, souvent mélancoliques, de celle qui désarment et vont droit au cœur. Un voyage de deux heures porteur d’une certaine quiétude, de ce sentiment diffus de mélancolie et de nostalgie, réconfortant, flottant, fœtal, chaleureux; un sentiment déja transmis par les couleurs chaudes de l’artwork, mais difficile à cerner mystérieux, céleste, toujours plus proche des étoiles. Silencieux mais pourtant grouillant de vie. Jamais une musique ne m’avait paru si évocatrice, suggestive, aussi magnifiquement cinématographique, les images défilant avec une facilité déconcertante, et cet album ne devient alors en définitive qu’un noble support pour y construire ton propre film, un support grandiose, épique mais toujours juste et jamais grandiloquent, rappelant les travaux de Gavin Bryars, pour sa capacité à hypnotiser, à captiver, à amener loin, bien plus loin qu’on ne le pensait. Une épopée qui se conclut par l’imposant “December Hunting For Vegetarian Fuckface” (j’aime ce titre), final d’une vingtaine de minutes incroyablement ensorcelant, magnétique et prenant, pour un album absolument magnifique, que je n’hésiterai pas un instant à classer parmi les sorties les plus vitales de ce début de siècle.

Stars Of The Lid – …And Their Refinement Of The Decline (2008, Kranky)

  1. Dungtitled (in A Major)
  2. Articulate Silences Part 1
  3. Articulate Silences Part 2
  4. The Evil That Never Arrived
  5. Apreludes (in C Sharp Major) 
  6. Don’t Bother They’re Here
  7. Dopamine Clouds Over Craven Cottage
  8. Even If You’re Never Awake (Deuxième)
  9. Even (Out) +
  10. A Meaningful Moment Through a Meaning(less) Process
  11. Another Ballad for Heavy Lids
  12. The Daughters of Quiet Minds
  13. Hiberner Toujours
  14. That Finger on Your Temple Is the Barrel of My Raygun
  15. Humectez La Mouture
  16. Tippy’s Demise
  17. The Mouthchew
  18. December Hunting for Vegetarian Fuckface

Stars Of The Lid

cLOUDDEAD: “Ten”

•8 septembre 2009 • Laisser un commentaire

cLOUDDEAD est unique.
Après une première compilation de singles, le trio d’Oakland se décide enfin à sortir son premier et dernier album: “Ten”. Ce qui peut représenter une nouveauté dans l’univers du groupe, tant le reste que ce que le combo pouvait avoir produit paraissait décousu, désorganisé, sans fil conducteur, lachant alors l’auditeur dans une nature luxuriante et diapré, passant de surprises en surprises sans vraiment se retrouver.

“Ten” est un album qui peut paraître, au premier abord, étonnamment structuré. Morceaux de durée légitime (trois à quatre minutes), nombre de titre respectable, rien de particulièrement suspect. Au premier abord. Car “Ten” est un joyeux bordel, une jungle de sons foisonnantes avec ses harmonies étranges, enivrantes et droguées. Hip-hop perverti jusqu’à la moelle; cLOUDDEAD s’en joue, le détourne et s’amuse avec. Les idées fusent, toutes plus étonnantes, improbables et captivantes les unes que les autres, afin de créer un monde à part, hors de propos. Un rêve sucré, duveteux, flamboyant, mélancolique, lumineux, abscons; un déluge ensoleillé et aveuglant de couleurs enfantines intense, guidé de main de maître par le flow sautillant et précis de Doseone et Yoni Wolf, chefs d’orchestre aux paroles absurdes et décalées. Les deux MC’s servant alors parfaitement la production du troisième larron derrière les machines, Odd Nosdam. Ce LP est une erreur, un dysfonctionnement, une entité mutante qui se serait libérée de touts les carcans dans laquelle elle était confinée pour s’envoler et libérer alors son plein et magnifique potentiel.

cLOUDDEAD cultive autour de lui le même mystère et la même adoration qu’un groupe comme Boards Of Canada (ils se sont d’ailleurs remixés l’un l’autre à plusieurs reprises). Peu d’apparitions publique, ce qui renforce l’ombre autour du trio, mais laisse du même coup flotter une certaine magie autour de celui-ci. Une magie nécessaire à la pleine et entière appréciation d’un album tout simplement exceptionnel, point culminant de la carrière d’un groupe qui s’est sabordé aussitôt après sa sortie…

 ”This is cLOUDDEAD number 10 of ten”

cLOUDDEAD – Ten (2004, anticon.)

  1. Pop Song
  2. The Teen Keen Skip
  3. Rhymer’s Only Room
  4. The Velvet Ant
  5. Son of a Gun
  6. Rifle Eyes
  7. Dead Dogs Two
  8. Three Twenty
  9. Physics of a Unicycle
  10. Our Name

cLOUDDEAD

Do You Compute: “And We Are The Winners…”

•6 septembre 2009 • Laisser un commentaire

Do You Compute, c’est un all-star band à la française, avec dans ses rangs des ex-Gameness, Belle Epoque, Seanews et Customers.

Mais Do You Compute, c’est surtout un putain de groupe, du genre de ceux qui devraient compter, qui devraient attirer largement plus d’attention que le petit microcosme qu’il touche actuellement.

Parcque pour passer d’une démo, certes sympathique, mais qui ne déclenchait pas en moi un torrent de passion et d’adoration pour ce groupe à un premier LP de cette qualité, le quatuor parisien à certainement du fournir une dose de travail de niveau supérieurement qualitative. Vulgairement, on pourrait aussi dire qu’ils ont dû taffer comme des porcs pour en arriver là. Car ce “…And We Are The Winners” est un excellent album. 

Première bombe, “Erase The Mistakes“, qui commence lentement… pour mieux te briser fourbement la nuque par dérrière. Boum ! Le son est puissant, tendu, frontal servant à merveille le propos fougueux du combo; la machine s’emballe, passionnée, hargneuse, tout est joué à fond. Pas le temps de comprendre ce qui se passe, les coups de massues pleuvent, breaks, contre-breaks, les idées fusent, guitares et basse s’affirment, s’imposent, sautillantes, instables, dynamité par un batteur d’une brutalité scandaleuse. Par-dessus ce bordel, deux voix qui se débattent, courageuses, s’entrecroisant, se répondant, se succédant, l’une grave, l’autre plus relevé, finissant de t’achever, le sourire aux lèvres. Et c’est comme ça tout le long de l’album, le quatuor misant tout ce qu’il a sur une énergie punk impressionnante. Pure, brute, sauvage, sèche, rêche, une énergie que je n’avais pas entendu aussi profonde et frappante depuis longtemps; hypnotique, magnétique et déterminée. Impossible de choisir un morceau plutôt qu’un autre, le tout s’appréhende comme un bloc compact, massif, te démontant tout simplement la machoire d’un plat de la main efficacement placé. Seul petit défaut, récurrent chez ces groupes de notre contrée, un accent qui peine parfois à convaincre, mais on s’en fout, Do You Compute vient tout simplement de pondre un premier album fabuleux, et je les en remercie.

Do You Compute – And We Are The Winners… (2008, Rejuvenation Records)

  1. Erase The Mistakes
  2. New Start
  3. The Bill
  4. Life Patterns
  5. Turnstile
  6. Fall Out
  7. Lucienne
  8. It Is Now
  9. Rad Party
  10. Solutions Inside

Do You Compute

Enablers: “Tundra”

•28 août 2009 • Laisser un commentaire

Cette musique est belle, frappante par son incroyable élegance.

Enablers continue son petit bonhomme de chemin et, après un sublime “Output Negative Space“, remet le couvert avec “Tundra“, troisième album du combo. Et rien a changé. On retrouve le quatuor de San Fransisco là où on l’avait laissé; deux guitares, une batterie, un poète, et toujours cette même et fascinante capacité à magnétiser et hypnotiser. Entrelacs de mélodies magiques, enivrantes, d’une exquise mélancolie, se dressant alors, fières, subtilement dynamisé par la batterie de Byrnes, au jeu toujours aussi fin, lorsque la machine s’emballe pour relacher toute la tension accumulé par la voix de Simonelli. Une voix dont je n’arriverai jamais à me lasser, d’une classe sans pareil. Posé, chaude, suave, chargé, s’insinuant doucement et lentement dans ton cerveau afin d’en captiver tout l’attention requise, contant alors ses histoires de la vie quotidienne, brumeuses, donnant l’impression de sortir d’un bar obscur, enfumé, terni par la nuit. Celle-ci s’élève alors, et, tel un chef d’orchestre, Simonelli permet à ses trois compères de se déchaîner dans un fracas sonore intense. Le système se répète alors inlassablement, continu, infini, magnifique. Cette musique est belle, toujours la même, toujours aussi difficilement cernable, particulière, presque mystérieuse, mais simplement majestueuse, d’une grâce aveuglante. Longue vie à Enablers

Enablers – Tundra (2008, Lancashire & Sommerset)

  1. A Blues
  2. The Destruction Most Of All
  3. Carriage
  4. -
  5. New Moon
  6. Februaries
  7. Tundra
  8. The Achievement
  9. Kosovo
  10. Bells
  11. Four Women

Enablers

Karma To Burn: “Almost Heathen”

•27 août 2009 • Un commentaire

Karma To Burn vient de se reformer, et, comme un couillon, j’ai loupé leur unique passage en France. Je suis déception. Car ce trio est, comme on dit, la “crème de la crème” niveau stoner-rock instrumental burné. Trois albums ont suffit à ce groupe pour s’imposer comme une valeur sûre du genre, et “Almost Heathen” demeure le petit dernier, pondu en 2001 par le combo américain. De cette manière, je dirai simplement avec sincérité sans mentir et sans détour que ce LP m’a foutu une torgnole profonde et puissante, et ce dès le premier riff des dix morceaux qui le compose. Car, il faut que ce soit souligné, Karma To Burn n’est pas le groupe le plus massif qui existe (malgré que certains riffs produisent un effet équivalent à celui de ton frêle corps projeté à 2G sur un mur bétonné (j‘exagère à peine)), qualité apprécié dans leur style, mais compense avec ce qui fait que j’aime ce putain de groupe: un groove incroyable, béni, magique, ultime, génial, profondément bandant, bref, tu l‘auras compris, un groove de grande classe qui définit ce groupe et qui constitue son essence même. “Almost Heathen”, c’est une succession à peine croyable de riffs brûlants, étouffant, s’enchaînant les uns après les autres, sans temps morts, et pendant cinquante minute avec un niveau rouleau-compresseur de qualité hautement supérieur qui serait capable de faire headbanger n’importe quel récalcitrant, de ton petit frère de 11 ans fan de tectonick à ta grand-mère de 95 ans parquée dans son déambulateur. Autre particularité du trio, celle de jouer la carte du tout instrumental. Particularité intéressante que n’avait pas réellement compris l’équipe de sous-doués mentaux officiant chez Roadrunner, à l’époque du premier album du trio, les obligeant à trouver un chanteur avant d’accepter de sortir ce premier effort (ce qui donna finalement le LP éponyme du groupe, enregistré avec le pizzaïolo du coin au micro). Plus de problème sur celui-ci, aucune voix ne se fait entendre, la musique du trio n’en ayant de toute façon pas besoin tant celle-ci se suffit à elle-même. Un format qui permet alors de savourer en toute tranquillité toute l’intensité électrique et la chaleur désertique et démoniaque magistralement insufflé par Karma To Burn dans cet album.

 

Karma To Burn – Almost Heathen (2001, Spitfire)

 

 

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Karma To Burn