Cheveu: “s/t”

•27 décembre 2009 • 4 commentaires

“Jacob’s Fight”. Tes neurones grillent, tu ne t’en es même pas rendu compte. Inutile. Car “Clara Venus” vient de débouler en seconde position, et là, c’est tout simplement l’anarchie totale. La ville brûle, les pillards rodent, les cadavres jonchent les rues, tu ne peux plus rien faire, Clara Venus (et son ulcère à l’anus) t’empalent sévèrement et ce sans t’en aviser le moins du monde. Cette sensation, elle se répète sur tout la longueur de ce premier album sans titre du trio parisien. Premier LP, première réussite, comment en aurait-il pû être autrement à la vue de cette pochette pleine de funkiness? Car Cheveu, non content de placer une musique de branlos en phase terminale pour ceux qui n’ont plus rien à perdre, se permet des moments de bravoure sur quasiment tout les morceaux de ce premier effort. Haine rentrée et digerée pour t’être sournoisement recrachée à la gueule avec une force et une maîtrise dépassant allègrement les limites du jouissif, chaque seconde de ce garage robotiquement fun mais houleux pue le laisser-aller brûlant et crasseux, électrique et mouvementé. Un capharnaüm de distorsions partant dans tout les sens, simplement centré sur toi histoire de cramer ton cerveau, pour te faire passer un sale quart d’heure. Tout ce bordel surplombé par cette voix respirant la lose et l’apathie à plein nez ne peut de toute façon que taper droit, juste, et en plein dans le mille. Encore un coup de maître de Born Bad qui ne fait qu’aligner les bonnes performances depuis quelques temps (Magnetix, Intelligence, Jack of Heart… ) et dont je mettrai certainement du temps à m’en lasser.

Cheveu – Cheveu (Born Bad, 2008)

  1. Jacob’s Fight
  2. Clara Venus
  3. Happiness
  4. Dog
  5. Herman Choune
  6. Superhero
  7. A Great Competitor
  8. Lola Langusta
  9. Hot
  10. Hello Friends
  11. Unemployement Blues

Cheveu

Interview The Rubiks

•27 décembre 2009 • Laisser un commentaire

C’est à la faveur d’un excellent premier LP que The Rubiks s’était imposé comme la technologie de pointe en matière de rock multiculturel racé lyonnais, ce trio guitare-basse-batterie ne pouvant de toute façon que taper dans le mille vu la qualité de sa composition. C’était donc avec un courage non-dissimulé et des pieds complètement pétrifiés par un froid bien piquant que je suis allé les titiller avec deux-trois questions bidons de mon cru, à l’occasion de leur date à l’Epicerie Moderne de Feyzin, en compagnie de Black Heart Procession.

 

Q: première question, sur votre LP, y’a un morceau de vingt minutes (‘Manhattan’), et j’aimerais connaître le pourquoi de ce morceau de vingt minutes.

Radix: il s’agit tout simplement de plusieurs morceaux et, à force de les jouer, on s’est dit «ah tiens mais après ça on pourrait enchaîner tel bout de plan qu’on bossait depuis un moment et qu’on savait pas où foutre» et ainsi de suite, voilà, et au bout d’un moment on s’est dit: «putain, mais en fait faudrait faire un morceau hyper long, ce serait génial» et en gros c’est-ce qu’on a fait quoi. On s’est pas dit dès le départ qu’il aurait fallu faire un super long morceau, mais en partant de la fin de «Manhattan», avec la partie un peu Black Sabbath, plus ça allait, plus on voyait qu’on pouvait coller des trucs avant, après, au milieu, puis bon, à force de répètes et de concerts ça a fini par faire huit, puis douze, puis quinze, puis vingt-trois minutes.

Poisson: …et tout ça au bout de plusieurs années.

Radix: ouais, carrément.

Q: vous avez pas mal de projets à côté des Rubiks, et j’aimerais également que vous me donniez les noms de ces autres projets

Andrew: à côté, je fais Duracell, Chewbacca, Ours Bipolaire et… ouais, c’est les trois trucs qui sont pour l’instant capable de jouer en concert, après, les autres trucs, ils restent encore dans le local

Poisson: Je joue dans Ned mais sinon rien de plus qui soit sorti du local… Sinon, j’ai topé de quoi joué un peu de musique traditionnelle turque mais pour l’instant c’est pas montrable…

Radix: Je joue aussi dans Kabu Ki Buddah, avec deux autres personnes, c’est le seul groupe que j’ai avec the Rubiks, c’est largement suffisant. Je fais pas mal de musique chez moi aussi, des trucs plus persos, après, je sais pas si ça verra le jour… un jour. Et je travaille aussi avec un buzuki pour faire de la musique traditionnelle arménienne dans le but de faire chier Nico (rires)… histoire de faire un battle avec lui

Q: comment vous voyez the Rubiks par rapport à vos autres projets? C’est plus «récréatif»?

Radix: ça l’était mais ça ne l’est plus… c’est-à-dire qu’on se retrouvait quand on y pensait, on faisait quelques répètes et des concerts quand on nous le demandait. Puis petit à petit, on se retrouvait de plus en plus, et puis Kabu Ki Buddah et Ned, le groupe de Nico, nous prenaient un peu moins de temps, du coup on s’est un peu plus boostés à répéter. La sortie de l’album a aussi pas mal fait avancer l’histoire… donc du coup, c’est plus du tout récréatif, on bosse comme des malades, on se fait chier… (rires)

Q: et The Rubiks, ça a commencé comment?

Radix: alors là… c’était encore l’époque ou y’avait «Pop Star» à la télé… et le grand gourou lyonnais qu’est Olivier Gignoux (grand monsieur bouclé qui organise des concerts sur Lyon), qui était grenoblois à l’époque… un intello hippie…

Poisson: …intello-crust plutôt (rires)

Radix: (rires)…intello-crust, ouais, qui nous a dit “allez, on a qu’a faire pareil dans l’underground, moi, le groupe de mes rêves, c’est lui, lui et lui… et allez vous trois, j’aimerais trop que vous fassiez un groupe ensemble et si vous êtes d’accord, je vous invite chez moi, je vous nourris, je vous trouve un endroit où jouer, et vous avez rien à faire d’autre que faire de la musique pendant une semaine”. On s’est dit «ouais, allez ok» et on est revenu une semaine plus tard avec une K7 de répèts, il l’a écouté le soir suivant et puis il a trouvé ça pourri (rires)… et il trouve toujours ça nul (sourire)… mais il a hâte d’entendre les nouveaux morceaux. On se connaissait déjà tous bien, on avait déjà plus ou moins joué ensemble parfois mais jamais sur un truc précis quoi.

Q: donc ce fait de mélanger pas mal de styles, ça découle de lui? Ou c’est vous qui l’avez décidé?

(réponse groupée) Non, c’est nous ça…

Radix: Y’a pas quelque un qui vient avec une compo, enfin très rarement… mais la plupart des morceaux, on est là, on jam un peu, on dit «allez, ça c’est bien» et puis on part dans ce sens là… et puis le principe du groupe c’est si un riff bien, et même si ça te fait vraiment penser clairement à un style de musique, voir même à un groupe en particulier, c’est pas grave. Tant mieux si nous on le joue avec la référence et que les gens qui l’entendent, ils pensent à ça quoi…

Q: en fait c’est ça The Rubiks, vous vous limitez pas quoi…

Radix: ouais mais après on essaye de faire en sorte qu’en mélangeant un peu tout ce bordel on obtienne un truc à peu près cohérent quoi…

Andrew: On essaye de faire un morceau qui est cool à écouter et à jouer, on essaye de rester cohérent même si à chaque fois on va intentionnellement vers un cliché…

Q: ok, et c’est pour ça que dans l’insert de votre premier LP y’a pleins de noms de groupes par rapport à vos références…

Poisson: c’est un peu les noms de code de nos riffs en fait…

Radix: ouais c’est ça… on aurait aimé même mettre plus précisément les groupes et puis tel morceau où le riff a été piqué, mais c’était trop compliqué… (rires)

Q: ok… maintenant j’aurais bien aimé que vous me parliez de la scène lyonnaise, un petit état des lieux si c’est pas trop relou…

Radix: un état des lieux… en fait c’est pas facile…

Poisson: c’est une scène assez vaste…

Q: ouais, plus au niveau de l’organisation de concerts en fait…

Andrew: c’est difficile parcque la scène dub, par exemple, elle se mélange pas avec la scène DIY, qui se mélange pas avec la scène electro, etc… donc du coup, parler de scènes c’est assez chaud, faudrait parler que d’une seule scène alors…

Radix: On connaît pleins de gens dans pleins de groupes différents qu’on apprécie ou pas, ou machin, voilà quoi, après je peux te parler des groupes que j’aime bien de Lyon mais parler de la scène… c’est assez agréable, c’est pas trop grand Lyon, donc du coup t’arrives à connaître un peu tout le monde, à force et avec les années, tu peux connaître à peu près toutes les orgas de concerts, la plupart des groupes, bien qu’il y’ait pleins de groupes que je connais pas encore…

Poisson: Quand tu dis état des lieux… pour moi en tout cas, c’est assez difficile de répondre à ça parcque que j’ai l’impression, sans vouloir faire le vieux con, que notre scène à nous, c’est un peu l’ancienne quoi… y’a pleins de nouveaux groupes que j’ai pas pris le temps d’aller voir en concert encore, même si j’aimerais bien le faire. La scène actuelle, je sais qu’elle existe, même si je l’ai pas encore rencontrée… je vois des gens qui démarrent, qui ont mon âge, d’autres qui redémarrent des trucs et je connais peu de personnes qui sont encore au stade du «on a joué qu’une fois ou deux, en première partie de un tel, au Grrrrnd Zero ou au Sonic, ou alors dans quelques bars ou squats» et ceux-là j’ai l’impression qu’ils sont en train d’arriver mais je pourrais pas décrire. Je pourrais très bien dire ce qui nous rassemblait quand on était activistes, quand on était le showbiz local quoi (rires)… mais aujourd’hui j’ai quitté ça… donc je pourrais pas le décrire malgré le fait que je sais qu’il y’a quand même pas mal de gens qui y vont, des jeunes, mais que j’ai pris la peine d’aller voir en concert…

Andrew: en tout cas, un lieu comme Grrrrnd Zero s’est bien renouvelé depuis deux ans là, et ça fait des envieux… (rires)

Q: en fait je posais cette question par rapport au différentes salles de Grrrnd Zero, avec Vaise (pour plaintes du voisinage à cause du volume sonore) qui va se faire saquer et Gerland (haut lieu de l’underground lyonnais qui regroupe la plupart des QG des assos musicales et artistiques et squattant des bâtiments désaffectés près de Gerland  et risquant de se faire expulser sous peu)  aussi… donc je me posais la question par rapport au renouvellement…

Andrew: ouais mais c’est prévu tout ça…

Poisson: y’a pas de surprises quoi…

Andrew:… donc on sait parfaitement quand est-ce qu’il y’a une date de fin

Radix: ce qu’il faut c’est que les gens s’épuisent pas quoi… que les groupes et les activistes s’épuisent pas… parcqu’à force de faire des trucs à droite à gauche on peut vite en avoir marre. Mais j’ai l’impression qu’à Lyon c’est bien barré pour ça.

Andrew: en ce moment, ouais, je trouve que c’est vachement bien, enfin, y’a un concert quasi tout les soirs…

Radix: …et en même c’est un peu épuisant, tu peux pas aller tout voir, y’a parfois deux trucs dans deux lieux différents qui sont tout les deux «underground» où t’es là… fais chier…

Q: juste pour savoir, ce soir, vous jouez à Feyzin, et c’est la première fois que vous jouez sur une aussi grande scène?

Poisson: en taille, oui, je crois…

Radix: sûrement ouais, avec les Rubiks, mais de toute façons avec tout nos projets respectifs on est déjà blasés… (rires)

Poisson: mais c’est vrai que la scène de l’épicerie moderne est particulièrement grande en taille…

Radix: mais bon, on essaye de se rapprocher le plus possible pour faire comme si on était sur une petite scène quoi…

Andrew: …ouais mais on a pas de câbles assez grands (rires)

Q: et sinon, c’est quoi vos projets? Vous allez tourner hors de France?

Radix: bah là on revient d’un tour de dix jours France/Espagne, c’était assez cool.

Q: y’a des différences avec le public français par rapport à l’Espagne?

Poisson: en fait y’a pas de public espagnol… (rires)

Radix: (rires)… la tournée en Espagne était pas super, y’a qu’a Barcelone où c’était carrément ok, les deux autres dates était pas terribles. Sinon on a fait une autre date en Suisse qui était cool. On est en train de s’organiser pour essayer de partir plus de trois dates d’affilée…

Andrew: c’était notre première tournée et ça fait plus de dix ans que le groupe existe…

Radix: c’est vrai que ça fait longtemps mais on a rien branlé pendant des années, en même temps, c’est un peu honteux mais ça nous permet d’être un groupe, selon les retours qu’on a eu, assez mûr (rires) … on est en train de composer de nouveaux morceaux, il nous en faudrait 3-4 de plus, mais si on continue de répéter à ce rythme là, on y arrivera assez vite… mais on se dit que vaut mieux pas presser les choses et sortir un bon album dans 2-3 ans qu’un album moyen tout de suite

The Rubiks

The Fall: “The Unutterable”

•13 décembre 2009 • Laisser un commentaire


 
The Fall. Oui. The Fall. Tu sais, le groupe avec Mark E. Smith. Le groupe DE Mark E. Smith. Line-up instable, musique constante, c’est bien le regretté John Peel qui avait prononcé cette phrase ultime: “la musique de The Fall, toujours la même, toujours différente”. Effectivement, cet espèce de vieux pochtron bien croulant, au micro depuis plus de 30 ans, se fout de notre gueule à un point tellement terminal qu’il peut se permettre de nous ressortir le même album tout les ans, et ce avec une cadence vigilante et rudement millimétré. Et ça, je vais pas m’en plaindre tellement la formule The Fall est absolument inarrêtable: riffs d’une vigueur toute mécanique, tournés en boucle, garage motorik profond, crasseux à souhait mais pourtant d’une classe scandaleuse, accompagné de cette base rythmique toujours aussi rigoureuse et surplombée par ce chant canardeux infâme, gouailleur, hautement alcoolisé et d’une arrogance je-m’en-foutiste absolument grandiose. C’est lui qui donne cet âme aussi flamboyante que pitoyable à The Fall. Mark E. Smith est The Fall. “If it’s me and your granny on bongos, then it’s a Fall gig”. C’est lui qui le dit et on ne peut pas lui donner tort. Hargneux, ronchon, toujours prêt à faire chier son monde, proche de la cinquantaine, toujours aussi alcoolique. Minable, misérable, mais tellement légendaire et au-delà de toute critique qu’on ne peut qu’adhérer. Il y a Mark, mais il y a aussi son backing band. Ses backing bands plutôt, un par album, Smith virant à chaque fournée ses membres pour les remplacer par d’autres avec une sévèrité toute stalinenne. Tout ça, c’est The Fall, et je t’inviterais même, si tu désirerais en savoir plus après ce paragraphe assomant, à te diriger vers l’excellente BD du sieur Luz sur le personnage de Smith, absolument géniale.
 
Pardonne-moi d’enchaîner aussi directement, mais, comme je l’ai déja sous-entendu, ce bon vieux Mark te pisse à la raie. Sévèrement. Quand Mark décide de faire de la merde, Mark le fait avec application, mettant toute son énergie afin que le titre en question ne ressemble à rien (“Devolute”). Quand Mark daigne être de bon poil, et décide de balancer un titre à peu près audible, Mark ne se gène pas et te lacère les oreilles (“Sons of Temperance”). J’oubliais, on cause bien ici de “The Unutterable”, sorti en 2001, perdu au milieu de la gargantuesque discographie mancunienne. Pourquoi cet album plutôt qu’un autre? Parcque. Parcque celui-ci se révèle être une petit bombe, allant aisément chatouiller, si ce n’est carrément occuper, le top 10 de The Fall. Peut-être aussi parcque celui-si s’écarte légèrement de la bonne vieille formule habituelle, Mark et ses copains ayant découvert la technologie, les ordinateurs, tout ça, ce qui permet au combo d’alors de nous délivrer plusieurs missiles à haute teneur électronique (“Two Librans”, “Serum”). Album appréciable également pous son lot de déchets inutiles réduits au minimum (2 ou 3, tout au plus), et ses petites incartades sympathiques, tel le chaloupé “Pumpkin Soup & Mashed Potatoes” ou l’étrange mais saisissant ”Midwatch”. Puissant et envoûtant, “The Unutterable” reste un putain d’album. Mais ne surtout pas oublier que The Fall est toujours actif, les albums récemments sortis sont tous supérieurement qualitatif, et un nouveau LP est déja prévu pour 2010.

The Fall – The Unutterable (2001, Eagle)

  1. Cyber Insekt
  2. Two Librans
  3. W. B.
  4. Sons Of Temperance
  5. Dr Bucks’ Letter
  6. Hot Runes
  7. Way Round
  8. Octo Realm/Ketamine Sun
  9. Serum
  10. Unutterable
  11. Pumpkin Soup & Mashed Potatoes
  12. Hands Up Billy
  13. Midwatch
  14. Devolute
  15. Das Katerer

The Fall

Karma To Burn + Sleepy Sun + Anaerobie @ Ground Gerland, Lyon (30/11/09)

•8 décembre 2009 • Laisser un commentaire

Enfin, j’arrive en retard, enfin, assez tard pour que le premier groupe ait déja entamé son set. Joie. J’aurai pu d’ailleurs arriver encore plus tard, grace à Anaerobie, duo guitare-batterie du pays de la moutarde officiant assez piteusement dans le sous-Karma To Burn tout mou à coup de riffs entendus à peu près des dizaine de milliers de fois et porteur de handicaps aussi futiles qu’agaçants (enlève-moi ces trois cymbales et ce deuxième charley qui servent à rien, essaye de mettre un peu plus de conviction quand tu joues, pousse le volume la prochaine fois que tu viens ici et on verra). Le combo bière + clopes + discussions débiles ne menant à rien est donc rapidement choisi, et se trouve être assez captivant pour patienter jusqu’à Sleepy Sun.
 
Mais, problème de taille, ma situation de pauvre esclave moisi et fidèlement attaché à jamais au mirifique Grrrrnd Zero m’oblige, par pure volonté du devoir, à poser mon séant dérrière cette table pour faire les entrées. C’est donc les trois bons quarts de Sleepy Sun qui me passent sous le nez, mais la relève arrive à temps afin que je puisse assister aux trois derniers morceaux du sextet. Deux guitares, une basse, une batterie, deux moustaches, trois tignasses délavées, un batteur et un doublé de voix masculin-féminin pour un rip-off de Led Zep sournoisement opiacé et fort bien ficelé. L’homme chargé de ces solos bien psychédéliques me bute à chaque fois, sur chacune des montées orgasmiques que j’aurait le temps de voir, accompagné par ce superbe croisement de voix, mention spéciale au petit bout de femme qui se trémoussait dérrière son micro et possédant un organe vocal absolument impressionnant. Trois courts morceaux qui me l’ont carrément bien fait, dommage d’avoir raté plus de la moitié de leur set; je suis d’ailleurs pas le seul à penser que ces types ont du potentiel, la salle, bien remplie, en redemandera avec force et véhémence, mais restera vaine devant les trois Karma To Burn venant à leur tout installer leur matos.
 
Karma To Burn, trio essentiel du stoner pesant et grassouillet, que j’avais évidemment loupé comme une burne lors de leur passage de reformation à Paris, nous fait l’honneur de déposer leur van ici, à Lyon, devant le magique Grrrrnd Zero. Date inloupable, surligné 3784 fois au Stabilo dans mon agenda, que je ne pouvais me permettre de rater. Bref, le trio s’installe doucement, le batteur enlève sa combi et sa grosse chapka pour instantanément se retrouver en slip, le bassiste branche sa quatre-cordes tout en remontant ses lunettes de soleil sur son crâne tandis que le guitariste réajuste sa casquette avec précision et justesse: tu l’auras compris, la tension est juste à son maximum. “Oh shit… We’re Karma To Burn”. BOUM! C’est “Eight” qui vient de me péter à la gueule, si je ne m’abuse, et j’ai déja commencé à taper le headbang sauvage, massif et vrilleur de nuque en diable. Et ce sera comme ça tout le concert, à coups de riffs tueurs, ronds et gros comme une planète, absolument démentiels, d’un groove dantesque et phénoménale, juste vitale, prenant, magique… ça va, t’as eu assez de superlatifs ou t’en veux encore? J’avais oublié à quel point ce batteur à la tête de savant fou était complètement excellent dérrière ses maigres mais nécessaires fûts qu’il castagne avec une vigueur et une rudesse totalement bienvenues. Les deux autres, aux cordes, font leur boulot à merveille, le bassiste prend ses poses de bikers, mate à peu près toutes les trentes secondes le public pour jauger le taux de headbanging et bien s’assurer que “oui copain on aime bien ce que tu fais avec ta basse copain”, le guitariste restant plus sobre et se contentant de lâcher ses riffs écrasants à la pelle. Tout ce que j’aime dans Karma To Burn est réuni pour que ce concert soit jouissif: puissance de feu, chaleur harassante et groove d’enfer pendant quarante-cinq minutes de purs tubes décadents et frondeurs, que demander de plus? Final incroyable sur l’énorme “Twenty”, pas de rappel, et un sourire débilitant qui ne veut pas quitter ma face en prime. Concert de l’année.

Karma To Burn

Sleepy Sun

Anaerobie

Bon Iver: “For Emma, Forever Ago”

•21 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Justin Vernon. L’homme arrive, se pose, pond dix morceaux magnifique et balance son album, comme ça, comme si de rien était, sorti de nulle part. Bon Iver, cassé en deux par l’abandon de sa copine, se retire aux fonds des bois, avec sa barbe, sa six-cordes et sa canne à pêche, le temps de méditer sur cette rupture. En ressort dix chansons, truffées de ces petites mélodies venimeuses qui te tuent à petit feu, qui s’insèrent si profondément en toi qu’il est difficile d’y résister, difficile de ne pas se laisser bercer, de ne pas céder à la tentation de se morfondre, de s’oublier, complètement, juste pour le plaisir presque coupable que ça pourrait apporter, juste parcque cette tristesse fait finalement du bien. Une voix haut-perchée, parfois démultipliée, portant parfois l’émotion si haut qu’il ne lui reste plus alors qu’à crier pour expier tout ce qu’il à, comme sur l’héroïque “Skinny Love”, mais toujours juste et jamais larmoyante. Neuf chansons d’une mélancolie pure, d’une profonde introspection, menant alors à un dénuement et une sobriété admirable. Mais au-delà de ces qualités, la véritable réussite de cet album est d’être tout simplement arrivé à capter une ambiance, une atmosphère, ce petit quelque chose qui fait que cette musique évoque un endroit bien particulier. Pas étonnant alors que ce soit la fôret que cet ensemble ravive, une forêt touffue, par plein hiver, froide mais d’une lumière pure, protectrice. C’est un voyage dans cette forêt, coupant du monde extérieur, que constitue cette album, un voyage dans la forêt de Justin Vernon, celle dans laquelle il nous racontera ses histoires, ses peines. Un  périple qui se termine sur les sept minutes de “Re: Stacks”, cocon d’une chaleur presque maternelle, de cette émotion diffuse, entre mélancolie, nostalgie et espoir, qui annihile tout espoir de tenter autre chose qu’appuyer sur la touche Repeat, encore et encore, jusqu’à l’infini.

Bon Iver – For Emma, Forever Ago (2008, Jagjaguwar)

  1. Flume
  2. Lump Sum
  3. Skinny Love
  4. The Wolves (Act I and II)
  5. Blindsided
  6. Creature Fear
  7. Team
  8. For Emma
  9. Re: Stacks

Bon Iver

Interview Fordamage

•9 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Gavage de week-end, non-professionnalisme latent; c’est armé de mon petit portable et marchant fièrement vers Mains d’Oeuvres que je me remémorais les question inutiles et chiantes que j’allais poser à l’excellent quatuor nantais Fordamage, digne représentant d’une scène noise-rock française trop peu mis en avant mais qui se révèle porteuse de pépites honteusement ignorés. Explications avec Anthony (bassiste), Vincent (guitare) et Pierre (batteur) qui rejoindra l’équipe en fin d’interview.

Q: Je voulais savoir si y’avait un LP qui allait sortir par rapport à votre dernier album, une sortie vinyl…
A: (rires) Alors c’est la grande question du moment… Parce que “Belgian Tango”, le deuxième disque qu’on a sorti chez Kithybong en mars dernier, on en a bientôt plus, ce qui est plutôt en soi une bonne nouvelle, mais du coup on se tâte à faire refaire un pressage et on se dit quitte à refaire un pressage, autant le faire en vinyl, mais on est en discussion…
V: Je trouve ça juste dommage de sortir un vinyl six mois après, et que les gens qui l’ont acheté en CD… ils se retrouvent coincés. En fait, on devait le faire avec quelqu’un, mais il a été étonné du virage un peu moins hardcore qu’on a pris sur le deuxième disque, du coup ça c’est pas fait… Et puis Kithybong pouvait pas tout faire, bien que ce soit sûr que le prochain sortira en CD et en vinyl… Mais il sortira… Quand on aura commencé à écrire des morceaux. (rires)
 
Q: Et la suite, c’est pour quand… ?
V: On commence juste à se remettre au boulot, on sait pas encore trop ce qu’on veut faire mais on a déja pas mal de sessions de répèts en vues… Il devrait tomber vers, début 2011, quelque chose comme ça.
 
Q: Vous étiez content des retombées du disque? Je veux dire, ça vous a surpris?
V: Surpris, je sais pas… On était content, quoi. En tout cas, on était hyper content du disque déja, par rapport au premier ou on avait pas mal de regrets, on savait plus ce qu’on voulait faire pour “Belgian Tango” et c’est ça qui nous a motivés
A: … On a pris beaucoup plus de temps pour le faire aussi
V: Oui, on a pris plus de temps, on a fait pas mal de concerts aussi, donc on a pas à se plaindre à ce niveau là

 

Q: Au niveau de vos concerts, d’ailleurs, vous avez tournez, si je ne m’abuse, en Angleterre et en Espagne, et j’aurai bien voulu savoir les différences de scènes avec la France, niveau accueil, public, facilité de jouer…
A: Forcément, c’est différent, c’est pas les mêmes assos qui organisent, mais en général, on a quand même été super bien accueilli, que ce soit en Espagne ou en Angleterre
V: Au niveau du public, les gens sont quand même plus oufs qu’en France, mis à part le concert que t’as vu à la Miroiterie (concert auquel j’ai assisté en juin dernier, à Paris, et ou le public était effectivement loin d’être statique et endormi), où on était hyper content parcque les gens réagissaient vraiment, c’est pas trop la folie. Alors que quand on va en Belgique ou en Allemagne, les gens sont vraiment contents et bougent un peu plus leur popotins,
A: Les gens sont un peu moins statiques qu’en France.
 
 
Q: J’aimerais que vous me parliez maintenant de la fortement active scène musicale nantaise, comment ça se passe là-bas? Y’a un vivier de groupes au potentiel assez fortement élevé, vous pourriez me le présenter? 
A: La première fois qu’on a tourné, c’était avec Room 204, un duo guitare-batterie de Nantes avec Emeric, le mec de qui gère Kithybong avec son frère, Anthony, et Marion. Donc, ouais, la scène nantaise est assez dynamique, ça bouge pas mal. Y’a ChooChoosShoeShoot, qui sont sur notre label, y’a Komandant Cobra, qui sont nos potes et qui sont vraiment chouettes, y’a aussi Papier Tigre avec qui on a fait pas mal de dates y’a deux ans, et il en reste pas mal d’autres. Non, c’est vraiment cool.
P: C’est une grande famille, tout le monde se connait et ça forme pleins de super groupes de copains finalement.
 
Q: Et dans cette famille, y’a un groupe qui vous tient particulièrement à cœur? Que vous préférez?
A&P: Room 204
A: Y’a aussi Perceval Music qui vient de sortir un super album, super groupe.
 
Q: Niveau assos, labels?
V: Force Béton, qui organise pleins de supers concerts de noise-rock française, comme Marvin, mais aussi étranger et qui possède aussi un atelier sérigraphie, ils ont une super façon de fonctionner. Y’a Yamoy aussi, un cran au-dessus maintenant avec le Soy Festival (festival qui se déroulait à Nantes y’avait quelques jours de cela avec une programmation bien plus qu’alléchante) où on a joué y’a deux jours. C’est d’ailleurs Amélie qui a fait l’affiche. Sinon, y’a le Ferrailleur ouvert depuis deux ans, et qui est une salle très active et celle de Thomas Nédelec qui a enregistré notre album. Il y a aussi le Fouloir, un lieu autogéré super actif, qui fait des concerts dans une piscine vide! Y’a un groupe qui nous tient à cœur aussi, mais ils sont de Rennes, c’est Möller Plesset. Ils sont vieux… mais ils jouent bien (rires).
 
Q: Vincent, au niveau de ton projet solo, My Name Is Nobody, j’ai appris que t’avais tourné aux US. Comment t’en es arrivé là?
V: J’avais rencontré un type d’un groupe qui s’appelle Pillars & Tongues y’a 4 ans à Nantes, puis j’ai tourné avec eux en France en Novembre dernier. Du coup, ils m’ont proposé de venir aux US pour que je fasse quelques concerts avec MNIN, c’est eux qui ont tout organisé, donc ça simplifie les choses.
 
Q: C’était bien? C’est différent par rapport à la France? T’as été surpris?
V: Tout est plus détendue, clairement, notamment au niveau des soundchecks: on a dû faire 2 balances pour 15 concerts. C’est plus de la débrouille, fait à l’arrache, malgré le fait que ce soit organisé dans des clubs, avec des sonos réglos. Les gens sont plus relax aussi, il viennent te parler plus facilement qu’en France, et puis tourner aux US, c’est vraiment cool rien que pour les paysages. On a fait pas mal de concerts là-bas, ça s’est super bien passé.
 
Q: C’est plus un groupe à géomètrie variable qu’un projet solo, non?
V: Ouais, effectivement, l’année dernière, je tournais avec Fordamage et My Name Is Nobody, du coup c’était Pierre qui m’accompagnait à la batterie. Peut-être que ce sera lui d’ailleurs pour les prochaine dates, si l’autre batteur qui doit venir travaille à ce moment. Y’a toujours une base fixe, quand je suis tout seul, mais souvent je suis rejoint par Faustine, au piano, et Benjamin de The Healthy Boy, à la basse, et parfois par quelques potes. Donc oui, on peut dire que MNIN reste un projet à géométrie variable.
 

Q: Retour à Fordamage: sur votre dernier disque, l’excellent “Belgian Tango”, vous avez fait un effort assez significatif au niveau de la basse, qui est beaucoup plus puissante qu’avant. C’est grâce à votre travail avec Thomas Nédélec, votre ingé son?
A: D’abord, c’est parcqu’on s’est achetés des vrais guitares, avec des vrais amplis (rires)… Mais quand tu compares avec le premier disque, qu’on a enregistré alors que ça faisait à peine 6-8 mois qu’on jouait ensemble, c’est très rapide. “Belgian Tango”, on a mis deux ans pour le faire, Thomas Nédelec est notre sonorisateur sur pas mal de nos concerts, donc il nous a enregistrés en connaissance de cause. Clairement, le son est meilleur, il est représentatif de ce qu’on voulait faire pour ce disque, et c’est pour ça qu’on en est content
 
Q: Dernière question: des projets de tournée à venir?
A: En avril 2010, petite tournée européenne qui passera par l’Allemagne, la Hollande, la Belgique et la France évidemment, avec Marvin de Montpellier. On a déja quelques dates de calé en France, une à Orléans, mais je me rappelle plus quand, et on joue à Paris le 3,  à la nouvelle Flèche d’Or!
 

 Fordamage

 My Name Is Nobody

Summery’s Birthday Party: Part Chimp + Shaky Hands + Get Back Guinozzi! + Fordamage @ Mains d’Oeuvres (Paris, 31/10/09)

•9 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Ce soir, c’est l’anniversaire de Summery Agency; joie, bonheur, gaieté et affiche aussi bigarré qu’alléchante au programme. Pointage à 18h30 pétantes pour l’interview des charmants Fordamage, puis agile déplacement vers la salle principale pour assister à leur concert.
 
J’avais déja entrevu le quatuor en juin dernier pour une date absolument époustouflante, ambiance de folie dans la défunte (?) Miroiterie, tension de tous les instants pour une centaine de personnes aux anges le temps d’un court set d’une demi-heure. Même ambition, ce soir, la musique des nantais pue toujours autant la classe, avec cette alternance entre parties mathématiques dissonantes et bien senties, à ma gauche, et charges frontales, à ma droite, de cette basse tabassant menu, visant droit direction l’estomac.

For_Damage_01

 Tous ensemble au micro ou chacun son tour, le groupe est à fond, jette tout dans la bataille, avec force et dignité, balancant avec un rythme soutenu les bombes de son petit dernier, “Belgian Tango”, mention spéciale à “Blitz To Target” et son incroyable, galopante et terminale intensité. Le son est aiguisé, clair, fin et précis comme il faut, prêt à distribuer mandales sur mandales.

For_Damage_03

Très bon concert, il manquait juste ce qui lui aurait pû faire atteindre un niveau supérieure, l’ambiance. C’est à dire, une ambiance plus propice au mouvement et à la transpiration que celle proposée par le maigre public de trente personnes qui remplit peu à peu la salle. Pas grave, le quatuor aura assuré comme il fau, pour mon grand plaisir.

Changement de plateau, c’est Get Back Guinozzi! qui prend les devants. Il sont chez Fat Cat, le label de Sigur Ros, et je n’aurai pas vraiment envie d’en savoir plus, leur pop gentille et guillerette ne m’attirant pas plus que cela, préférant m’encrasser les poumons à l’extérieur. Même constat pour The Shaky Hands, dans un registre plus rock’nroll, style Jet, pas neuf pour un sou et vite saoulant

Pause vidange, Part Chimp se met doucement mais assurément en place, le temps de papoter avec un mec de Fiend , apprenant qu’ils entameront une tournée générale très prochainement, pour entendre le riff tueur de “Trad”, issue de “Thriller” (oui, effectivement, comme celui de qui-tu-sais), leur petit dernier.

Part_Chimp_11

Part Chimp, y’a une semaine à Lyon, c’était hautement qualitatif niveau rouleau compresseur nucléaire. N’y pense plus, ce soir, c’est bouchée double. Leur son est d’une lourdeur dévastatrice, hallucinante, facilement digne d’une épaisseur Melvinsienne circa “Houdini”, à tel point que mon sandwich rillettes-cornichons (il était pas mauvais, le salaud) lutte pour se frayer un chemin à travers mon estomac, comprimé par la densité du son des écossais. Tu l’auras compris, la dimension physique de leur musique n’est pas resté backstage, c’est juste impressionnant. Chaque coup de cymbale porté par ce batteur à la crinière insoumise est follement pesant, marquant chaque riff étouffant vrillé par le groupe, appuyant ce côté brûlant et désertique présent sur le dernier album.

Part_Chimp_13

La voix de Tim, six-cordistes en chef, a du mal à sortir de tout ce bordel électrique, ce chaos guitaristique absolument jouissif et gras du bide, à l’image de ce second guitariste bedonnant au scintillant t-shirt Thin Lizzy. Trois-quarts d’heure lessivants, épuisants, rappelant à l’aise l’insouciance et la fougue d’un groupe comme Sonic Youth, dans ses jeunes années, mais d’une détermination et d’une puissance à couper le souffle, tout simplement impitoyable. Très gros concert des écossais, j’en aient les oreilles qui bourdonnent encore…

Part Chimp

Shaky Hands

Get Back Guinozzi!

Fordamage

Merci à Rad Party pour les photos!

Dinosaur Jr: “You’re Living All Over Me”

•17 octobre 2009 • Un commentaire

Loser-core. 1987, “You’re Living All Over Me”, second opus du trio, premier album sur le mythique label SST, premier chef d’oeuvre. Cette six-cordes crie, impossible de la faire taire; riffs cradingues d’une intensité incroyablement brûlante, brumeuse et irradiante, et, au fond de ce chaos guitaristique, de cet apocalypse électrique se pose la voix de Jay Mascis, branlos de première catégorie, peinant à sortir sa voix de tout ce bordel, presque éteinte, lascive, celui-ci préférant t’achever par le biais de mélodies d’une simplicité absolument scandaleuse, mais juste incroyable, de celles qui te chopent immédiatement et ne te lachent plus. Le contraste est posé: couches de guitares bruyantes, distordues, raclantes mais mélodies assassines, de très haute volée. Cet album pue l’énergie de la jeunesse, celle du rien à foutre, la beauté de l’insouciance; tête baissée, à fond, on verra ce qui se passera après. Le son est approximatif, le tout est branlant, bancal, tient à peine droit, mais lorsque le trio se décide à faire péter la disto, on ne rigole plus, la wah-wah dégouline, le mur d’ampli fait son effet, tes oreilles fondent, c’est absolument jouissif, j’en reveux encore. Lumineux, la tête dans le ciel, d’une joyeuseté brouillonne absolument géniale. Le pilier rythmique ne faiblit pas derrière Mascis, et pilonne comme il faut aux moments les plus opportuns, rendant justice à des joyaux mélodiques à tomber, à se flinguer, à se les enfiler en boucle jusqu’à la mort. “Kracked”, “Little Fury Things”, “Raisans”, “Sludgefeast”, impossible de ne pas tomber raide en se reçevant ça dans la tronche, d’une puissance sidérante pour l’époque, sale, et qui n’a pas vieilli d’un iota. Au même titre qu’un groupe comme Sonic Youth, Dinosaur Jr aura, presque sans s’en rendre compte, marqué au fer rouge tout un pan de l’indie-rock américain, sans lequel celui-ci n’aurait peut-être jamais été. Un groupe d’une importance capitale, vitale. Ecouter “Tarpit” à burnes et au casque devrait être quelque chose d’obligatoire.

Dinosaur Jr – You’re Living All Over Me (SST, 1987)

  1. Little Fury Things
  2. Kracked
  3. Sludgefeast
  4. The Lung
  5. Raisans
  6. Tarpit
  7. In A Jar
  8. Lose
  9. Poledo
  10. Just Like Heaven

Dinosaur Jr

Agent Ribbons + Raymonde Howard + At Anchor @ Ground Zero (Lyon, 04/10/09)

•14 octobre 2009 • Un commentaire

 

Soirée souple, détendu et funky en ce Dimanche 4 octobre à Ground Zero, organisée par l’inévitable équipe de gagnants Maquillage et Crustacés, et comportant à l’affiche trois groupes que je qualifierais de fort sympathique: les gazières d’Agent Ribbons accompagnées par Raymonde Howard et le quatuor lyonnais At Anchor. Un concert pour lequel je me devais d’arriver en avance étant ma donnée ma qualité de sous-fifre pour l’association précitée, et qui allait me faire découvrir les joies du bar et des entrées (mais aussi du backstage…). C’est donc à 19h30 pétantes que je débarque à Ground Zero, salle casée dans un bunker fort sympathique qui abrite moultes associations musicales et autres, en pleines balances du groupe qui ouvrira la soirée: At Anchor. Une heure passe, et At Anchor s’apprête à jouer pour de vrai. Premier concert du groupe, formation guitare-violon-xylophone-voix, le stress est légèrement palpable et il y a seulement quatre morceaux au compteur, mais on s’en fout, le quatuor s’en tirera de fort bonne manière. Dans une veine folk intimiste vaguement dépressive, At Anchor joue surtout sur ce sentiment assez jouissif et diffus situé entre la mélancolie et la nostalgie qui donne simplement envie de s’allonger dans l’herbe, de fermer les yeux et de se laisser aller rêver, de se perdre. Petites mélodies vicieuses qui savent trouver le chemin pour se nicher bien profondément au fond de toi, toucher le point sensible, te désarmer, parcourant l’échine de frissons, avec juste ce qu’il faut de retenue et de discrétion pour rester classieux; surtout pour l’utilisation du violon qui peut vite se révèler casse-gueule, ce qui ne sera pas le cas pour le type qui s’en chargeait ce soir. Une sobriété élégante et touchante qui fait du bien, et qui arrive sans peine à convaincre l’assistance que quatre morceaux, c’est vraiment trop court, ils auront donc le droit d’en rejouer un. Ce qui m’amène tout naturellement à penser que pour une première représentation, At Anchor s’en tire avec les honneurs, bravo mérité à eux.

C’est Raymonde Howard qui prend la relève, mais malheureusement ma situation d’esclave m’appelle derrière le bar, je ne verrai donc presque rien du set de la stéphanoise en goguette, mais de là ou j’étais, ça avait plutôt l’air affriolant. Ma mission terminée avec force et véhémence, c’est après un rapide passage aux toilettes que je m’installe d’un pas rapide et assuré devant la scène (qui n’en est pas une: la soirée se déroulera au sol, et non pas sur la scène du Ground Zero comme je l’aurais pensé) pour assister au set d’Agent Ribbons, trio féminin guitare-violon-batterie qui m’était alors complètement inconnu avant l’annonce de ce concert. Tenues chamarrés et pleines de couleurs, cheveux retapissés par un pot de peinture rouge vif pour la donzelle tenant la guitare, plus de sobriété du côté de la violoniste et de la batteuse, le combo se met en place rapidement et entame son set avec vigueur. Indie-rock racé, chaloupé et marin, Agent Ribbons impose avec aisance et moults tubes son petit univers excentrique, décalé et coloré, m’évoquant à plusieurs reprises de longues traversées d’océans par d’immenses bateaux à la recherche de nouvelles contrées encore inconnues (ouais, mon imagination était au top ce soir-là). Le trio se complète à merveille, l’absence de basse ne se fait pas remarquer, et c’est avec classe que ce termine ce set, classe qui amènera le groupe à présenter un rappel, à la demande générale, expédié vite fait bien fait, mais toujours le sourire aux lèvres.

Agent Ribbons

Raymonde Howard

At Anchor

Cheveu + Minuscule Hey + Computer Truck + Opéra Mort + BFL @ Mains d’Oeuvres (Paris, 25/09/09)

•2 octobre 2009 • Laisser un commentaire

Encore perdu dans Saint-Ouen. C’est pas possible, Mains d’œuvres, je connais, j’y ai été fuckfesté, mais mon pitoyable sens de l’orientation me joue encore des tours. Fort heureusement, après moults tergiversations avec l’ami qui l’accompagne, son flair se révèle finalement de haute teneur et Mains d’œuvres s’ouvre à nous.
 
Et BFL a déja commencé. Petite particularité, une scène a été installée dans le resto, étroite planche de bois surélevée mais qui peut néanmoins contenir le quatuor dans son entiereté. Quatuor biscornu, d’ailleurs, pourvu d’instruments bizarres, et jouant une musique qu’on pourrait plus ou moins qualifier d’étrange. Paré d’oripeaux rétrogrades, peaux de bêtes et maquillage de rigueur, les quatre énergumènes sont accroupis et balancent, pour les deux titres que j’ai pu voir, une musique païenne, primaire, bassement intellectuelle et parfaitement jouissive. C’est assez dingue comme quatre types maniant une flûte, un synthé de gosse, une cymbale et un micro peuvent générer un son aussi simple qu’entraînant. Mention spéciale au malade mental déguisé en loup qui postillonnait de manière sonore dans le micro, les yeux grands ouverts, pour un dernier morceau aussi furieux qu’enfantin.
 
Pause goudron, et le public se transfère dans la salle pour assister à la prestation de Minuscule Hey, duo guitare/basse dont je ne sais absolument rien et qui ne me donnera guère envie d’en savoir plus. Leur pop, tellement décomplexée qu’elle en devient fadasse, n’atteindra mes chastes oreilles que quelques instants, histoire de mater leur chorégraphies et mimiques rigolotes, avant que je ne me décide à foncer d’un pas libérateur vers les toilettes. Pêche lâché, retour au resto afin d’observer avec attention Opéra Mort, duo bruitiste parisien (école Wolf Eyes), si je ne m’abuse, qui commence avec force et véhémence par moults stridences, bruits blancs et autres sons crispants mais néanmoins de très bonne facture, intense, partant sur une base rythmique simple et primitive, mais salvatrice pour ensuite envoyer la pâtée par palier sournoisement choisis. Envoûtant par sa violence, Opéra Mort se livre corps et âmes dans sa musique, le duo s’occupant avec soin de vriller nos esgourdes, se contorsionnant de manière dangereusement saccadé, les deux hurlant dans leur micros respectifs pour produire un son proche du sempiternel porc en phase de décapitation. Ca se finit dans la sueur et la transpiration pour nos compères, plus modestement dans la satisfaction pour moi et mon acolyte, et c’est d’un pas lent mais néanmoins agile que nous embrayons dans la salle afin d’aperçevoir ce qui représentait le plus gros morceau de la soirée pour moi: Cheveu.
 

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Cheveu donc, trio parisien coupable d’un des meilleurs méfaits de l’année 2008 (à l’artwork souple mais funky) que je n’arrêtais pas de louper à chacun de leur passage dans la capitale, une série noire qui fût mis à mal ce soir. Formation plutôt équilibré, l’aspect défensif étant représenté par l’homme assis retranché derrière une table sur laquelle se dresse son bordel mêlant clavier, laptop et autres machines déstinées à faire du bruit, tandis que l’aspect offensif était plutôt illustré par la voix (43024 micros + un synthé) et la six-cordes excentrée sur la droite.

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Deux morceaux inconnus au bataillon, histoire de se mettre en jambe, puis tout de suite, Cheveu ne rigole plus, et balance l’atomique nouveau single “Like a Deer In The Headlights”. Le message est passé, le public commence à s’activer, ça bouge bien, mais surtout, Cheveu dégaine son proto-punk nucléaire de manière punitive, et ça, c’est exactement ce que j’attendais. Musique de branlos inimitable, illustrant avec précision la célébration rituelle des chaudes heures de lose de ceux qui n’ont plus rien à perdre*, envahissante, magnétisante, d’un je-m’en-foutisme hautement appréciable, comme ce “Hello Friends”, tuerie de leur premier album joué à une vitesse indécente par rapport à son jumeau sur bande, mais ne perdant aucunement son potentiel hypnotique.

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Ce soir, c’est tube sur tube, quelque morceaux du sans-titre (“Lola Langusta”, l’intenable “Superhero”, le déliquescent “Clara Venus” et son ulcère à l’anus), mais surtout une poignée de nouveaux titres aussi dansants que jouissifs dans une salle où la température commence dangereusement à flirter avec l’intenable. L’ambiance est au mouvement, le rappel est expédié avec rapidité et rudesse, et je finis avachi comme une bête, mais dans un état de contentement fortement élevé.
 
Computer Truck prend de suite la relève, pas le temps de souffler, le gus installe son bordel constitué de multiples instruments pour bambins salement modifié afin de servir le carnage technoïde lancé par son laptop.

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Le principe est simple mais parfaitement efficace en cette fin de soirée: electro frontale et rigide saupoudrée de mélodies enfantines et délicieusement absures donnant ainsi furieusement envie de se secouer le tronc en rhytme, particulièrement sur cette reprise d’”I Wanna Be Your Dog” fatalement menée, rudement mis à mal. On danse, on se casse, l’appel du métro se faisant de plus en plus pressant. Ce fût sacrément bon.

* phrase irrésistible que je n’ai pu m’empêcher de voler à l’excellent LJ Batista officiant dans le non moins excellent magazine Noise, décrivant à merveille le groupe.

un gros merci à sylvie pour les photos!

Cheveu

Computer Truck

Minuscule Hey

Opéra Mort

BFL